73 - Hero

17 minutes de lecture

Hayden.

— Tu es un rabat-joie, mon fils !

— Tu te fais des idées maman, riposté-je pour la troisième fois au moins.

 Je m’en veux aussitôt, bien qu’il ne s’agisse que d’un demi-mensonge ; ou d’une demi-vérité, question de point de vue. Il y a du vrai dans ce qu’elle avance, mais tout ne l’est pas. Et je ne peux décemment pas expliquer à ma mère dans quoi je me suis lancé avec Livia. C’est une femme ouverte et ancrée dans notre époque malgré ses croyances spirituelles qui la rendent parfois trop optimiste, ou à tendances psychorigides sur ce qui touche à l’amour, qu’elle voit comme un but à atteindre pour être heureux. Une mère attentionnée avec qui mes frères et moi avons toujours pu parler de tout sans honte ni tabou, qui n’a d’ailleurs jamais hésité un seul instant à nous faire part de ses observations sur nos conquêtes et relations à tous les trois, mais aujourd’hui je sens que des limites s’imposent.

 Son regard malicieux s’éclaire plissant quelques minuscules ridule au coin de ses yeux bleus et son sourire malin s’élargit. Elle n’est pas croyable !

— Arrête ça maman. Je t’ai dit que…

— Rien n’arrive par hasard, contre-t-elle. Et ne me prends pas pour une idiote, j’ai des yeux pour voir.

— Tu interprètes.

— Je décrypte.

 J’adore ma mère, mais qu’est-ce qu’elle peut être têtue !

 Oui, je suis entouré de femmes butées et obstinées, c’est un peu l’histoire de ma vie. Entre celle que j’ai épousée mais qui dresse des murailles entre nous les trois-quarts du temps, celle qui m’a mis au monde mais a du mal a coupé le cordon et entend jouer les entremetteuses, et celle que j’ai quittée il y a des années qui me colle plus qu’un ciment à prise rapide, j’ai de quoi faire.

 Pour cette dernière, la moutarde commence sérieusement à me monter au nez. Kirsten revient inlassablement vers moi comme un mauvais boomerang. Elle et moi, c’est fini, définitivement, et notre liaison est plus enterrée qu’un pharaon dans son sarcophage au fond d’une pyramide enfouie sous les sables du désert. Malheureusement pour moi, elle se rappelle à mon bon souvenir dès qu’elle n’a plus de pigeon à se mettre sous la dent, c’est-à-dire souvent, puisqu’aucune de ses relations ne dure. Le temps qui passe aurait dû avoir raison de son obstination, mais il semblerait qu’elle se soit transformée en véritable obsession pour combler son temps libre, comme si j’allais un jour oublier comment elle et moi ça s’est terminé.

Tu aurais dû écouter ta mère.

 Or, plus elle persévère, plus je m’acharne à foutre de la distance entre elle et moi, et pas toujours avec les formes, mais visiblement mes « non » ne sont pas encore assez fermes et explicites. À croire que nous ne parlons pas la même langue alors que c’est ma femme, la française, pas mon ex.

 Je ne suis pas du genre à me laisser prendre deux fois dans les filets d’une femme et cette poissonnière n’a clairement pas l’attirail qu’il faut pour me pêcher, plus maintenant ; encore moins maintenant. La vie m’a montré que nous ne sommes pas faits l’un pour l’autre, il va falloir qu’elle ancre cette vérité absolue dans sa tête de sangsue siliconée une bonne fois pour toute. Je vais l’y aider s’il le faut, et plus tôt que tard. Je n’ai rien manqué du regard condescendant qu’elle a jeté à Livia quand elle a débarqué tout sourire avec Joey. Lui aussi, je le retiens. De toutes les femmes à qui il aurait pu demander de l’accompagner à la place de la sienne, c’est cette morue qu’il a choisie.

 Je vais lui payer une thérapie, j’ai de plus en plus de mal à suivre mon manager. Qu’il bosse avec elle est une chose, business is business, mais qu’il nous la colle sous le nez durant notre temps privé, c’est un magistral NON. Pas ici, pas pour le mariage-fiançailles de Scott. Pas après que je lui ai expressément ordonné que je ne veux plus qu’il essaie de me rabibocher avec sa pouliche.

— C’est une très belle jeune femme, mais si réservée. En décalage. Comme si elle ne devait pas être là. Elle est là sans y être, je l’ai observée. Son histoire m’a touchée, tu sais. J’espère qu’un jour elle s’ouvrira.

 Ma mère me tire de mes pensées en me ramenant dans le vif du sujet qui occupe toutes les siennes depuis qu’elle sait ce qu’il s’est passé à Vegas : ma femme.

 Et le divorce. Encore plus depuis qu’elle a fait la connaissance de Livia via son piège malvenu. Oui, Livia semble mettre un point d’honneur à rester discrète, pourtant, on ne voit qu’elle. Et je ne suis pas le seul à le penser. Ni à le dire.

— Ne l’embarrasse pas, maman.

— Oui, elle est très belle, confirme-t-elle en la regardant danser avec Kate faisant fi de ma remarque.

— Tu radotes, tu es trop jeune pour ça, plaisanté-je pour détourner son attention. Et elle est fatiguée, elle doit fantasmer sur son lit.

— J’insiste.

— Maman, on tourne en rond, là, soupiré-je.

— Nous dansons Hero, s’amuse-t-elle de la situation.

— Fin de la valse, chuchoté-je en embrassant sa joue à la dernière note. Ne l’embête pas maman, s’il te plait. Passe à autre chose et va dégoter un mari à ton autre fils.

— Je ne l’embête pas, Hero Hayden William Miller ! s’offusque-t-elle faussement en quittant mes bras. Nous en reparlerons, et j’ai ton frère à l’œil aussi.

 Ma mère hors de mon champ de vision, je pivote sur moi-même cherchant Livia qui s’est déjà évaporée, la repère de dos prenant la tangente et parviens enfin à attraper mon petit volcan avant qu'elle ne retourne s'asseoir. Elle sursaute lorsque je la retiens par le bras, exécute une pirouette vive pour me faire face, me mitraille du regard puis s’adoucit, étonnée de me trouver là, visiblement.

— Pas si vite Trésor.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

Je la rapproche de moi puis je lui glisse contre ses cheveux aux effluves de noix de coco pour qu’elle soit la seule à m’entendre :

— Tu as dansé avec ton prétendant tout à l'heure, alors tu peux bien danser avec ton mari, non?

— Hayden, grommelle-t-elle tandis que ses iris reprennent les armes. Tu plaisantes là? Pas sur cette chanson, tu es fou ! Plus tard si tu veux, peut-être, je ne sais pas, mais là… non.

 Elle tente de se débattre en silence tandis je tends plus l’oreille à la musique qui emplit la salle et semble être un problème pour elle, ou plutôt la chanson amorcée par le chanteur sur scène. Hero. Je comprends son embarras, ce qui m'arrache un sourire sardonique, mais non, je ne cède pas pour autant et ne la laisse pas filer. L’occasion est bien trop belle, et cette musique presque providentielle. Interdite, ses yeux s’écarquillent de stupeur quand elle comprend que je ne compte pas abdiquer, pas cette fois, même si elle me promet sans un mot des représailles à la hauteur de l’affront que je lui fais. Ça va être drôle de la voir piquer le fard le plus long de son existence !

 Je la guide à ma suite, elle tire sur son bras. Son poids plume contre ma carrure n’a aucune chance.

— Hero, heu Hayden, se reprend-elle immédiatement.

— Oui ?

— Lâche-moi tout de suite, hèle-t-elle entre ses dents, déjà troublée. Tout le monde nous regarde. Tes parents… et tes frères sont morts de rire, oh mon Dieu… j’ai dit non…

 Je regarde dans leur direction. En effet, ils nous ont vus.

Encore.

— Non, Trésor, lui dis-je à voix basse, je ne te lâcherai pas avant la fin. Tu es ma femme, rappelle-toi. Et…je me suis mis à genoux à Londres, c'est ma revanche bébé.

— Hayden…

— Hmm ?

—Tu as eu ce que tu voulais, à Londres. Allez…

 Je ne regrette pas un seul instant d’avoir capituler. C’était la plus belle et mémorable défaite de toute ma vie.

— Je te garde.

 Elle s’empourpre sous les néons colorés de la piste et baisse les yeux, toute témérité envolée quand sa timidité prend le pas sur son assurance. Je pose chastement l’une de mes mains au milieu de son dos nu, ni trop haut ni trop bas, aux antipodes de ce que j’ai réellement envie de faire, et la ramène plus vers moi. Sa peau contre la mienne réveille un désir jamais vraiment endormi, qui guette la moindre occasion d’entrer en contact avec celle qui obnubile pas mal de têtes, apparemment. La mienne d’avantage depuis son malaise dont elle refuse de parler.

 Livia est plutôt du genre taciturne à l’inverse de sa sœur expansive -sauf pour m’en dire plus sur Livia, dommage-, et de Jess et Zoey qui n’ont jamais leur langue dans leurs poches. Son avarice de mots ne disparait qu’en de rares occasions, comme s’il lui fallait le reste du temps stationner dans un coin, pour ne pas faire de vague.

 Elle suit doucement mes pas, sans rien dire, blêmissant ensuite à vue d’œil au fur et à mesure que les paroles défilent. Moi ? Je me délecte de la situation, et doublement. Ici, elle ne peut pas m’échapper, et il était hors de question qu’elle me refuse ce moment. Pas à moi. Surtout pas à moi, après qu’elle ait accepté tous les autres, y compris celui qui essaie par tous les moyens de la mettre dans son lit. J’inspire son parfum qui flotte dans notre bulle, astreins durement mes doigts à ne pas naviguer sur son épiderme doux dont je connais le goût vanillé. Tant de paires d’yeux braquées sur nous ne rateraient rien du geste intime, et si je me plais à la tenir ainsi en joue pour avoir ce que je veux, je ne peux pas alimenter plus les soupçons de ma mère.

 Jordan ne dira rien de ce qu’il a vu ou sait ; pas à nos parents. Je m’attends par contre à ce que Jamie lance sous peu les offensives pour grapiller des infos. Je n’aime pas mentir à mes frères et pour le moment, j’élude ses inquisitions tant bien que mal.

 Depuis Londres, il est suspicieux mais les choses se passaient par téléphone, mais ce soir, alors que lui et sa famille sont de retour à Los Angeles, je vais avoir des difficultés à anguiller. Zoey me couve des regards narquois depuis son arrivée et enquête. Jamie doit faire à peu près la même chose, rassemblant des indices avant de me confronter franchement. Je pourrais faire semblant mais comme je l’ai dit à Livia, je n’en ai pas envie. Elle m’attire, m’aimante de son aura et me harponne par ses sourires, et ses colères, aussi, parce qu’elle est nature. Et ils finiront par tous comprendre qu’elle et moi, ce n’est pas simplement un accord amical scellé à Paris pour sauver les meubles, un jeu étrange qu’on leur sert en public pour créer des preuves irréfutables d’un lien. Il y a quelque chose de plus qu’un partenariat.

 Les choses seraient beaucoup plus simples si ma femme acceptait de ne pas rester planquer dans un placard à balais, comme si nous faisions quoi que ce soit de répréhensible.

 Une amitié qui se germe petit à petit, même si elle n’est pas facile en affaires et m’échappe la plupart du temps avec son caractère de volcan toujours prêt à rentrer en éruption, comme quand elle m’a planté avec Joey, comme quand elle me claque la porte au nez par SMS ; qu’elle refuse de débriefer de la situation avec mon agent, aussi, comme si cela n’avait aucune forme d’importance. Lui et moi marchons encore sur des charbons ardents depuis, et pas sur les mêmes sentiers que Livia et moi. Quant à ce qu’il se passe dans l’intimité de sa chambre, mais pas que, je sais que c’est pour le moment mon seul véritable chemin d’accès à elle.

 Livia gigote, essaie de s’éloigner de moi pensant pourvoir profiter de son manque, sa réaction aux paroles m’amuse. Je retiens difficilement un fou-rire.

(...)

Would you tremble if I touched your lips?

[Tremblerais-tu, si je touchais tes lèvres ?]
Or would you laugh? Oh, please tell me this

[Ou rirais-tu? Oh s’il te plait dis-moi ça ]

Now would you die for the one you love?

[Maintenant mourrais-tu, pour celui que tu aimes ?

Oh hold me in your arms tonight

[Oh tiens-moi dans tes bras, ce soir ]

I can be your hero baby

[Je peux être ton héros baby ]
I can kiss away the pain

[D’un baiser je peux éloigner ta peine ]

I will stand by you forever

[Je resterai pout toujours à tes côtés ]
You can take my breath away

[Tu peux emporter mon souffle ]

— Oh mon dieu ! couine-t-elle rouge de honte. Hero… Hayden, merde, allez ça suffit... qui a prévu ça dans la playlist bon sang ?

 Elle cherche sa sœur du regard, la coupable, hilare à la même table que Jordan et Jamie.

Would you swear that you'll always be mine?

[Jurerais-tu, que tu seras toujours mienne ? ]
Or would you lie?

[Ou mentirais-tu ? ]
Would you run and hide?

[Fuirais-tu pour te cacher ? ]

Am I in too deep?

[Suis-je tombé trop profond ? ]
Have I lost my mind?

[Ai-je perdu la tête ? ]
I don't care, you're here tonight

[Je m’en fous, tu es là, ce soir ]

— Hayden s'il te plait, on arrête la casse là, rit-elle soudain, allez, lâche-moi !

 Je m’exécute, à contrecœur, mais tout aussi déridé, qu’elle de la voir moins stricte. Contre toute attente, elle dézingue de nouveau ma raison en venant me frôler, son regard plein d’aplomb qui n’annonce rien de bon et chuchote lascive à l'oreille, terminant de rameuter mon érection :

— Ça va, tu as bien joué ? À moi maintenant, Miller…

 Sans un mot de plus, elle nous abandonne à notre sort, ma trique qu’elle n’a pas pu manquer et moi, en tournant les talons pour filer en direction de notre table où Jordan discute -comprenez se bidonne comme un phoque- avec Laura, Zoey et Jamie, pendant que Scott rejoint la piste sa mère à son bras. Je vois Jamie proposer à la femme de la soirée de danser avec lui, et Livia en profite pour glisser un objet dans la main de Jordy. J’avance, me demandant ce qu’elle mijote encore. Elle se courbe sur son épaule, un sourire canaille sur son visage radieux, sa tête fomentant déjà sa vengeance, lui parle à l’oreille. Un frisson traverse mon échine, je me rapproche encore, gêné par les corps. Je vois mon frère hocher la tête et me fixer, d’abord les yeux ronds, puis amusé.

 Mais qu'est-ce qu'elle va inventer encore pour me faire enrager, la petite peste ?

Du haut niveau, mon vieux.

 Je n'ai pas le temps d'atteindre mon frère que la sangsue Kirsten vient se ventouser à moi, sortie de nulle part, littéralement.

— Bon Hayden, maintenant que tu as dansé avec le petit peuple, je peux peut-être avoir ton attention ? Et je t'assure que moi mon chéri, je n'essaierai de m'enfuir comme une enfant apeurée, me susurre-t-elle sensuellement en posant sa main sur mon pectoral gauche, qu'elle descend ensuite en caressant mon ventre à travers ma chemise.

 Je suis obligé d'arrêter sa balade avant qu'elle ne s'aventure sous ma ceinture et ne se fasse des idées sur le pourquoi de mon état peu religieux.

 Elle en serait capable, de me tripoter en public pour marquer ce qu’elle revendique à tort comme son territoire.

 Stop. « Le petit peuple ? » De qui parle-t-elle là ? De Zoey, de Kate, de ma filleule ou… de Livia ?

Question purement rhétorique.

— Honnêtement Kirsten, le seul petit peuple que je vois ici, c'est toi et ta bassesse, rétorque-je sèchement en me dégageant de ses gestes qui me hérissent le poil jusqu’à la moelle.

Mais cela ne la décourage pas le moins du monde.

— Oh c’est bon Hayden ! s'exclame-t-elle acerbe, tu me fais quoi là ? Une crise de la trentaine à regarder des gamines à peine pubères ? Je croyais que tu en avais fini avec le style groupie énamourée, et cette fille, c'est une gamine. Même pas sûr qu'elle ait déjà vu le loup avec son air sage!

 Bordel, comment ai-je pu sortir avec cette fille, et si longtemps ?

Elle devait avoir des atouts.

 La bonne nouvelle, en particulier pour Joey, c’est qu’il a tenu sa langue d’enfoiré lunatique car si elle savait dans quelle position compromettante il nous a surpris hier matin, elle ne traiterait pas ma femme de jeune vierge ingénue. Et Livia n'a rien d'une gamine au lit, bien au contraire. Elle est bien plus assumée que certaines femmes plus mûres et elle m'a fait prendre mon pied comme aucune ne l'avait fait avant elle. Elle au moins est naturelle et spontanée pendant nos ébats déments. Elle ne joue pas les chiennes en chaleur ni les stars du porno à l’instar de la casse-couille ici présente, comme si elle était en plein tournage même en baisant.

— Si c'est de Livia dont tu parles, tu as tout faux Kirsten. Elle n'a rien d'une groupie ni du petit peuple. Et elle n'en a rien à foutre que Scott et moi soyons un top dix des acteurs les mieux payés du show-biz, ton opposé en tout point, en somme. Et impossible qu’elle ait ton tableau de chasse sexuel, c’est clair, mais ce n’est pas elle que cela dessert, si tu veux mon avis, dis-je sarcastique. Donc maintenant, tu arrêtes ton cinéma, tu me fatigues. Tourne la pa…

— Ah vous vous êtes trouvés finalement ! nous interrompt Joey. Kiki, quel dommage que tu n'aies pas été retenue au casting du show. Tu aurais été parfaite pour jouer Anya.

Quoi ? je m'étrangle mentalement. Parce qu'elle avait passé le casting ? C’est quoi, cette blague ? Il n'aurait plus manqué que ça, que je doive la supporter plusieurs semaines pour le tournage. Elle, sa tête de garce manipulatrice mal baisée, ses grands airs d’impératrice à qui tout est dû et sa voix de pimpêche. Non, c’est au-dessus de mes forces, et aucun cachet ne sera jamais assez haut pour que je puisse supporter un tel cauchemar. Heureusement mon frère, à qui j'ai révélé ce matin notre mésaventure d'hier matin à Livy et moi avec Joey et qui était à deux doigts d'aller lui coller son poing dans la figure pour avoir traité sa nouvelle copine de «petite pute vénale », vient à ma rescousse.

— Excusez-moi, s’incruste mon sauveur en posant sa main sur mon épaule, signe du soutien dont il sait que j’ai besoin, doublement. Hayden, je peux te parler ?

— Bonsoir Jordan, l’interpelle Kirsten qui ne supporte pas qu'on la snobe, comment vas-tu ?

— Kirsten. Je suis debout, donc je vais bien, Je ne m’attendais pas à te voir ici, la rabroue-t-il un sourire hypocrite cloué sur ses lèvres avant de détourner le regard. Hay…

— Eh bien ça fait longtemps que je ne t’avais pas vu et tu es aussi injoignable que ton frère. Tu es très occupé en ce moment ? J'aurais voulu que nous déjeunions ensemble, continue-t-elle comme s’il en avait quelque chose à foutre d’elle, je voudrais changer d'avocat. Maître Wangers est bien, mais je n'ai pas l'impression qu'elle se donne à fond pour moi, alors que toi, je sais que tu es un requin, exactement ce dont j'ai besoin. La version lawyer de mon manager !

Là où elle est une version low-cost de la starlette hollywoodienne.

 Bah voyons. Elle ne recule vraiment devant rien. Pour une femme qui a une si haute opinion d’elle-même, elle manque parfois cruellement d’estime envers sa personne. Elle cherche surtout à faire ami-ami avec mon frangin et retrouver ses bonne grâces, si tant est qu’elle les ait déjà frôlées, mais c’est mission impossible ! S’il la filtre tout comme moi, c’est parce qu’il ne veut rien avoir à faire avec elle, même pour du pognon.

Ou pour tout l’or du monde.

 Zoey et Emmy se joignent à nous. Emmy inspecte le groupe puis nous demande en signant :

— Elle est où Livia ?

— Qu'est-ce qu'elle dit ? piaille Kirsten qui ne connait pas un seul mot du langage des signes.

Tiens, ça m'étonne qu'elle n'ait pas tenté d'apprendre pour m'impressionner.

— Elle cherche Livia, traduit Zoey.

 Joey marmonne un truc dans sa barbe et Kirsten se tend comme un string, puis roule des yeux au plafond, excédée que les choses ne tournent pas autour d’elle.

— Décidément, tout le monde cherche cette fille ce soir ! Il y a un type qui a passé son dîner à parler d'elle à la table d’à côté, à la guetter du regard comme un chien surveille sa gamelle, mais bon, il a peut-être enfin réussi à avoir ce qu'il voulait puisqu'elle n'est plus là et lui non plus, enquête-telle visuellement. Espérons pour elle qu'elle voit enfin une queue ce soir, ça la décoincera.

 Joey, qui n’est pas le plus blanc de peau aussi, blêmit à vue d’œil, c’est tout juste s’il ne nous fait pas une syncope. Je serre les poings, Jordan me fait reculer, sentent que ça risque de mal tourner entre mon ex et moi. Mais alors que j’allais suivre le conseil de ma femme, Zoey voit rouge. Je sais ce qui va suivre. Elle se tourne et vocifère tandis que je couvre les oreilles chastes de ma filleule :

— Mais t’es malade ma pauvre fille ! Y’a une enfant ici !

— Oh elle est sourde, rétorque-t-elle mauvaise, que tu veux-tu qu'elle comprenne ?

— Elle est malentendante ! précise Jordan, pas sourde, Kirsten, et elle est bien plus intelligente que toi quand il s’agit de comprendre les choses. Ma puce, lui signe-t-il, Livia a dû gérer quelque chose mais elle sera bientôt de retour, tu la reverras avant que ta nounou ne vienne te chercher, ne t’inquiète pas. Tu viens danser avec oncle J ?

 Ma nièce lui saute dans les bras et il me fait signe de les suivre. Je ne me fais pas prier. Zoey délaisse aussi Kirsten à ses médisances avant de s'énerver et que cela ne se termine en combat féminin et crépage de chignons.

— Quoi ?

— Livia m'a demandé de te faire passer un message, m’énonce-t-il à voix basse tout en reposant Emmy au sol.

 Il me tend une clé magnétique que j’observe sans comprendre et ajoute :

— Chambre cinq cent huit. Mon petit doigt m’a murmuré que tu as perdu un pari à Londres et tu lui dois un gage. Je ne sais pas encore à quoi tu as perdu exactement, mais je le saurai compte là-dessus p'tit frère.

— Pas tes affaires, grogné-je.

— Ouais, ça confirme un peu l’idée que je me fais de votre pari, raille-t-il. Quoi qu’il se cache derrière votre secret, Livy a tenu à ce que je sache que tu es très beau quand tu te mets à genoux devant une femme, et que tu fais cela très bien !

 La garce ! Elle a osé ?

Ça t’étonne ?

— Allez file Don Juan, me donne-t-il un coup d’épaule, vous n'aurez pas beaucoup de temps. J’assure vos arrières, mais quoi qu’elle attende de toi, bougez-vous !

Quoi qu’elle veuille… j’espère que c’est la même chose que moi.

— Merci Jordy.

 Je dépose un baiser sur la joue de ma filleule et m’éclipse avant de me faire encore aborder. Mon seul objectif maintenant, c’est de découvrir ce qu’elle prépare pour moi. Et j’espère, pour nous.

___________

Notes :

Hero. Interprête : Enrique Inglesias

Paroliers : Mark Taylor / Enrique Iglesias / Paul Barry

Paroles de Hero © Emi April Music Inc., Metrophonic Music Ltd., Enrique Iglesias Music, Pb Songs Ltd., Hipgnosis Songs Fund Limited, Hipgnosis Sfh I Limited

____________

Oui, la suite arrive.

Line

Annotations

Vous aimez lire Line P_auteure ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0