77 - Fermer les yeux

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Livia.


     Qu'est-ce que je fais là ? Pourquoi ai-je tête qui tourne autant ?

Livia, ce n'est pas ainsi que ça devait se passer, me souffle une voix lointaine. Tu as encore le temps.

— Depuis quand je suis là ? Pourquoi ?

     Où est ce qu'on est ?

     Viens plus près.

Livia ! Ce n'est pas l'heure, regarde l'horloge, Livia ! Regarde-la Livia !

— Tu n'as pas changé ... C'est fou !

     J'essaie de bouger. Rien.

— J'ai mal... pourquoi j'ai mal comme ça ?


***


— Où est-ce... que je suis ?

     C'est ma voix, ce son caverneux ? Oui, mais pas mon lit, je ne reconnais pas mon matelas. Aucun bruit. Simplement les pulsations agitées de mon cœur.

      Je veux ouvrir les yeux, je n'y arrive pas. Mes oreilles bourdonnent. Je veux tâtonner autour de moi, impossible. Tous mes membres sont engourdis, lourds ou mous, je ne sais pas trop.

     Qu'est ce qui se passe ?

     Mon pouls s'accélère, s'emballe, je déraille, oppressée dans mon propre corps. Enfermée dans ma propre prison de chair et d'os qui ne répondent pas au stimuli de mo cerveau brumeux. Je commence à hyper ventiler. Je ne sais pas où je suis. Je vais paniquer sans pouvoir lever le petit doigt.

      Mes poumons sont en feu. J'ai la migraine ; ma tête me fait si mal. Tout tourne en moi, j'ai comme un mauvais mal de mer, une affreuse nausée.

     Et j'ai mal.

     Ma bouche est pâteuse. Ma langue comme gonflée, ma gorge nouée, assaillie de plomb. J'ouvre la bouche, à peine. Ma mâchoire ne veut pas.

     Qu'est-ce qui m'arrive ?

     Je sais qu'il se passe quelque chose d'anormal, même penser est un martyre. Mon corps n'est plus qu'une masse de douleurs aigues, et plus mon esprit devient clair remettant les choses en place, plus j'ai mal à en hurler. Mais aucun son ne passe ma gorge verrouillée.

     Je dois me rendormir, je n'aurai plus mal.

     Voilà, je dois fermer les yeux, et dormir encore. Dormir, c'était mieux.

      Oui voilà, dormir. Fermer les yeux. Ah non, ils le sont déjà.

      Ça ne marche pas. J'ai mal. Bien trop mal. Tellement que je crois que je vais vomir, ou suffoquer de souffrance. Les deux.

      Je tremble, de chaud et de froid à la fois. Je me fais violence pour quitter ce lit, lentement, parce que je ne peux pas faire autrement. Je roule sur moi-même, grelotante et vacillante même allongée, mais une douleur sans précédent me terrasse, m'empêchant même d'inspirer.

     Chaque geste me coûte. J'attrape tant bien que mal mon portable sur la table de chevet puis essaie de me hisser jusqu'à une salle de bains que je perçois à quelques mètres. En vain. Au deuxième pas, se sens toute mon énergie me quitter, par vague, et le supplice m'envahir toute entière. Un tsunami qui me fige et me fait lâcher une plainte silencieuse. Mes jambes abdiquent. Je tombe à genoux, puis au sol.

      Je ne sais pas combien de temps je reste ainsi, recroquevillée, mais quand mon doigts parvient finalement à appuyer sur la touche 3, une brise de soulagement me frôle. L'appel se lance. Elle répond à la deuxième sonnerie :

— Allô Livia ? Mais où es-tu punaise ! Je t'appelle depuis trois quart d'heure ! Je t'avais dit dix heures ! Tu te fous de moi ?

     Je ne peux pas répondre. Quel jour on est ?

— Livia ?

     Ma tête va exploser. Ou imploser. Mes yeux me font mal, je sens mon pouls partout. Ma poitrine me lance. Tout me fait mal. Je crois même que des larmes coulent de mes yeux, je ne saurais dire. Mes pensées s'en vont.

— Ka.ty, articulé-je dans un souffle.
— Livy ?
— ...
— Livia ? Qu'est ce qui se passe ?
— Ka.te....
— Livia ? hurle-t-elle. Qu'est ce qui t'arrive ?

     Elle crie. Je lâche le téléphone, la douleur me scie, me déchire de l'intérieur, comme jamais auparavant. Je le vois.

— Il est... là. je... le vois..Kate. Il... est... là.
— Quoi ? Qui ? Livi...

     Le noir revient, le calme aussi.


***


— Livia ! Tu as eu un accident ? Où es-tu ?
— ...
— Livia réponds-moi s'il te plait ! Où es-tu ?
— Dor.mir...

      Impossible de rester éveillée. Et c'est le trou noir qui m'aspire, encore.


***


— Livia c'est quoi le code du portail ? Réponds-moi Livia !!!

     Ma tête est lourde, le silence a disparu, j'entends de nouveau la voix de Kate, mais je n'arrive pas à bouger d'un millimètre attraper mon téléphone au sol, trop loin de moi. Respirer est presque impossible. Mes yeux refusent de s'ouvrir. Mes dents claquent dans ma bouche.

—  Livia, ne raccroche pas surtout. Tu restes là, tu ne raccroches surtout pas ! Tu ne t'endors pas, écoute ma voix Livy...

     Elle me parle. Mais je ne comprends pas tout. Sa voix s'éloigne puis revient.

— Kate... j'ai... si mal.
— D'accord ma chérie, je comprends, ne raccroche pas.
—Hmm.
— Allo ? Janice, où est ma mère ? (...) Bipez là vite ! Il faut qu'elle me rapp...

     Un haut le coeur me fait me tordre.

— Maman, c'est Kate, il y a un problème avec Liv...

     J'entends par vague. Je crois que je suis sur une vague, d'ailleurs.

     Je ferme les yeux, je me coupe de tout. Je veux dormir. J'ai mal au crâne, j'ai mal partout, je veux juste dormir. Ne plus avoir mal. Pas comme ça. Partout à la fois.

— Dormir. Je... dois dormir.

Non Livia ! Reste éveillée

— Maman ? C'est bon elle doit t'entendre, nous sommes en conversation à trois.
— Livia mon bébé qu'est ce qui se passe ? Où es-tu ?
— Josh va arriver Livy ! Reste avec nous ! Parle-nous Livy...
— Ma...man.
— Elle réclame Vic ?

— Je ne sais pas Kate. Oui. Je crois.  Livia ? Livy ? Dis-nous oui ou non. Tu as eu un accident ?

— Ma...man.

— Honey, Vic n'est pas là, d'accord ?   Tu as eu un accident ? Josh est en route.

      Ma bouche est trop sèche. Je n'ai plus de forces. Je tremble fort au sol, noyée dans les douleurs qui déchiquettes mon corps, ma tête, mes pensées. J'ai atteints mon point de rupture, et je ne sais même pas pourquoi.

     Il est là.

C'est trop tôt, murmure-t-il à mon oreille. Tu as promis...

     Non. Oui. Ce n'est pas ma faute, j'ai essayé.

     J'ai vraiment essayé.

— Ma...man... j'ai telle...ment mal, telle...ment...mam...
— Livy, Josh...

     Enfin, je n'ai plus mal. Je n'entends plus rien et je m'endors, sereine.

     Enfin. Tout s'arrête. Tous mes maux. Tout. Y compris moi.


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FIN DU TOME 1

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