Chapitre 22 - Nicolas

3 minutes de lecture

Louise somnolait dans la chaleur de cette fin d’après-midi, et fut réveillée par une voiture entrant doucement dans la cour. Ce n’était pas le vieux Land Rover de son père, ni la 205 de ses frères, elle ne reconnaissait pas le bruit de ce moteur. Dans sa position, face au paysage, elle tournait le dos à la maison et ne voyait pas qui arrivait. Elle entendit claquer une portière, puis le bruit des pas sur les graviers de la cour, qui finalement s’estompa : l’inconnu était donc arrivé dans l’herbe du verger et venait vers elle. Elle tenta de se retourner, tandis qu’Attila se mettait à gronder sourdement. Le cœur battant, Louise s’agrippa de sa main libre à la toile épaisse du hamac pour se hisser en position assise et se retourner, mais le mouvement trop brusque la déséquilibra tant qu’elle bascula tout à fait, et tomba lourdement. Gémissant sous le coup de la douleur, son bras plâtré coincé entre son corps et le sol, elle reprit ses esprits en entendant l’aboiement rauque et menaçant de son chien. Elle entreprit de ramper dans l’herbe, ce qui lui arracha un nouveau gémissement, d’impuissance cette fois. Aussitôt Attila se tut, hésitant entre aller voir si tout allait bien, et maintenir loin d’elle le danger qui approchait.

« Hé ben, Loulou, tu es tombée ? »

Reconnaissant la voix de celui qui venait de s’agenouiller près d’elle, Louise se sentit à la fois soulagée et prise de colère : « Mais tu pouvais pas le dire, que c’était toi ?

_ Je t’ai fait peur ? » demanda Gauthier en tendant les bras pour la relever, moitié amusé de sa réaction, et moitié inquiet qu’elle se soit blessée dans sa chute.

Elle le repoussa d’un coup de poing qui l’atteignit au biceps, tout en se concentrant pour refouler les larmes qui lui montaient aux yeux.

« Viens, Loulou, je vais t’aider…

_ Mais barre-toi ! » hurla-t-elle.

Comprenant qu’il était inutile d’insister, Gauthier se releva en lui disant qu’il allait chercher son frère.

« Hey, t’es déjà là ! Entre ! » l’accueillit Nicolas lorsqu’il frappa à la porte.

« Salut mec, y’a un soucis avec ta sœur : elle est tombée, et elle ne veut pas que je l’aide à se relever…

_ Merde… » marmonna Nicolas en levant les yeux aux ciel avant de courir jusqu’au verger, où il trouva Louise en pleurs, serrant Attila contre elle. Lorsqu’il voulut la prendre dans ses bras, il la sentit trembler de tout son corps. Il s’assit près d’elle et l’attira à lui pour la bercer. Elle enfouit le visage dans son cou, agrippant son T-shirt entre ses doigts fébriles, et Nicolas n’avait pas l’impression qu’elle entende ce qu’il lui disait. Cajoleries, paroles rassurantes, rien n’y faisait, elle pleurait toujours, reniflant entre deux sanglots sans vouloir s’expliquer. Attila regardait Louise, les oreilles dressées, en alerte. Par chance, il semblait mieux accepter Nicolas depuis leur marche forcée en tête à tête de la semaine précédente.

Comme la méthode douce ne semblait pas fonctionner, il tenta la force :

« Bon, ça suffit, maintenant ! Arrête de pleurer, et dis-moi ce qui se passe. »

Les sanglots redoublèrent, et Louise se serra encore plus contre lui, comme si elle avait pu se fondre en lui, se cacher complètement pour disparaitre à la vue. Nicolas soupira et reprit tendrement :

« Ca va aller, Lou, je suis là… C’est fini, je suis là… Tout va bien… Allez, accroche-toi, on rentre. »

Elle passa son bras valide autour de son cou dans un mouvement désormais familier, et il la souleva pour la porter jusqu’à la maison. Mathie et Gauthier discutaient, assis dans le salon aux volets tirés pour garder la fraicheur. Lorsqu’il les vit entrer, Gauthier quitta le canapé pour laisser la place à Louise, mais elle s’accrocha de plus belle à son frère et se remit à trembler en gémissant.

« Non, non… non !

_ Calme-toi, Lou… »

C’est le moment que choisit Virgile pour arriver dans le salon, où il tomba sur un drôle de spectacle, sa sœur se débattant dans les bras de Nicolas qui commençait à fatiguer, sous le regard étonné de Mathie et Gauthier.

« Ma Louison ! Qu’est-ce qu’il se passe ? » Il se précipita pour la prendre, et quitta la pièce trop peuplée à son goût, préférant emmener Louise dans sa chambre. Attila les suivait comme une ombre.

Il s’assit sur le lit, sa sœur toujours dans ses bras, et la berça doucement sans la lâcher, attendant la fin de la crise de larmes. Le chien avait posé les pattes avant sur le genou de Louise, et gémissait plaintivement sans la quitter du regard.

Annotations

Vous aimez lire Miss Marple ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0