Chapitre 2
Elle ne criait pas.
Pas un son, pas un mot. Juste ses épaules qui tremblaient, à peine, comme si même son chagrin n’osait pas prendre trop de place.
Je fis un pas vers elle.
Puis un autre.
Ma main se leva, hésita dans le vide, suspendue entre nous deux comme une chose étrangère. Comme si je voulais la frapper. En vrai, j’aurais voulu la poser sur son épaule, comme on répare quelque chose de cassé. Mais je savais déjà que rien ne se réparait.
Pas ça.
Pas nous.
Elle recula.
D’un geste presque imperceptible, mais suffisant. Comme si ma simple présence brûlait.
Alors je laissai retomber ma main le long de mon corps.
Je l'appelai.
Ma voix se brisa avant même d’avoir existé.
Elle releva enfin les yeux vers moi.
Et je compris.
Ce n’était pas de la colère.
Ce n’était même pas de la haine.
C’était pire.
C’était du vide.
Un vide immense, propre, net. Comme si tout ce que nous avions été avait été soigneusement vidé de son sens.
Je sentis quelque chose céder en moi.
Quelque chose.
La vie toute entière.
Elle essuya ses joues du revers de la main, inspira, puis détourna le regard. Ses yeux glissèrent sur les noms, sur les autres danseuses, sur le sol… partout sauf sur moi.
— Bravo.

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