Renaissance
Le feu sous la peau
Elle ne voulait pas se venger.
Elle voulait qu’on l’écoute.
Elle voulait qu’on l’aime.
Mais le monde l’a condamnée au silence.
Je suis là, debout sur la rambarde, les orteils dépassant légèrement dans le vide. Le vent me murmure à l’oreille comme une vieille amie. En bas, la ville respire sans moi. Elle s’en fout que je parte. Elle ne lèvera même pas les yeux.
Je ferme les paupières.
C’est drôle. On pense toujours que le dernier instant est plein de peur. Moi, je sens juste… rien. Pas de haine. Pas de panique. Seulement ce vide qui m’accompagne depuis huit ans. Fidèle comme un chien mal dressé.
Je me souviens de ce qu’ils m’ont pris. De ce qu’ils m’ont cassé.
Mais je me souviens aussi de ce que j’ai tu : mes larmes, mes cris, mes appels.
Le monde n’a pas entendu. Alors j’ai arrêté de parler.
J’ai choisi de disparaître…
Je laisse mon corps basculer doucement vers l’avant.
Et dans ce battement de cœur suspendu, je crois entendre quelque chose craquer.
Un son dans sa tête, ou ailleurs.
Puis plus rien.
…et dans sa chute, elle est devenue
le feu qu’ils ne pourront jamais éteindre.
Le choc ne vient jamais.
À la place, une lumière. Un vertige inversé.
Quelqu’un me parle. Quelqu’un m’arrache.
Quelqu’un… me retient.
Et c’est là que tout commence.

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