La nuit du silence
Il entra dans la chapelle un soir d’orage. Tout semblait familier : les vitraux, les bancs, les cierges. Pourtant, chaque détail grinçait comme un mensonge. Les saints n’avaient plus de visages, leur orbites creusées semblaient le fixer, alors il s’agenouilla par réflexe.
Mais sa prière resta coincée dans sa gorge, comme si les mots étaient interdits ici. Puis, il entendit les autres : une litanie grave, gutturale, des voix humaines, mais tordues par une langue oubliée. Les fidèles se tournaient d’un seul geste, leurs yeux vides, leurs mains levées, n’adorant pas un dieu, mais une absence, un vide qui réclamait leur souffle.
Son cœur battait si vite à ce moment-là, comme si elle réclamait par contre la fuite, mais ses genoux refusaient de se lever par damnation silencieuse et brute. Il comprit alors qu’il n’était pas entré dans un sanctuaire, mais le sanctuaire qui était entré en lui, l’autel, les offrandes et le sacré détourné.
Dans la nef d’ombre, les statues saignent du coin de l’œil plus les incantations s’élèvent, invoquant l’esprit qui porte mille cornes et dont la gueule s’ouvre comme un gouffre. Des monstres à la peau cousue de cris d’âmes, ceux titanesques noyés dans les hurlements, leurs pas écrasant les autres comme des cranes vides.
Lieu où chaque battement de tambour est un cœur qu’on arrache, chaque coup de gong, un enfant qu’on égorge. Et quand la cloche finale sonne, l’église s’écroule dans son rire, et le diable, assis sur son trône de chairs, applaudit le festin noir où l’humain s’est offert en cendre pendant cette nuit du silence.
Fred kenny fotso

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