Lettre à Madame Milhet

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Chère Mme Milhet, vous qui vous êtes fait une spécialité des phénomènes étranges, j’aurais besoin de vos conseils sur une affaire mystérieuse qui est arrivée à une connaissance (ma voisine en cours de lettres) : Sofia BEAUVAL. J’aimerais que vous me répondiez le plus rapidement possible, car si ce qui s’est passé tient du surnaturel, ma vie est menacée.

Tout commença le 15 juillet en cours, Sofia proposa de me prêter un livre. Sa demande me surprit grandement par sa spontanéité. De plus, elle ne me spécifia même pas de quoi parlait le livre. Mais malgré tout, j'aquiescais. Elle me suggéra d’aller chercher le plus vite possible le livre chez elle. J'acceptais , malgré mon étonnement, de passer le prendre le jour suivant.

Le lendemain, en me rendant chez Sofia pour récupérer le livre, le concierge m’apprit son décès dans des circonstances troubles. Tout portait à croire qu’elle avait été assassinée. Cet homme me montra un cliché de la chambre de Sofia où l’on distingue nettement des plantes sortir de l’ouvrage que Sofia semblait vouloir absolument me prêter.

Il m’invita à rentrer dans la chambre de Sofia pour que je puisse observer : sur le lit, on pouvait apercevoir le livre, une feuille et un peu de terre qui sentait l’humus. Des traces de strangulation étaient encore visibles. L'on aurait dit qu’elle avait été étranglée avec une liane, car on pouvait observer des traces vertes avec une forme de corde autour de son cou.

Je pris alors le livre d’où l’on voyait un papier dépasser où mon nom était écrit.

Sur sa table de chevet, je découvris son journal intime et quand je compris qu’il parlait de cet ouvrage, j’en déchirais les pages qui m’intéressaient et que je vous envoie aujourd’hui.

Je vous prie de lire les extraits joints maintenant.

9 juillet 1928 à Paris :

Aujourd’hui, en allant me promener en ville, j’ai trouvé un bâtiment que je n’avais jamais vu : une bibliothèque. Je suis entrée et c’est bien la plus grande bibliothèque que j’ai vue de mon existence (19 ans quand même). Seulement ce lieu vide, silencieux, sombre et sale n’avait rien de beau ni d’accueillant. Quelques livres poussiéreux prenaient la place sur des étagères grinçantes. Au milieu trônaient une table d’acajou et un fauteuil en bois d’if recouvert de velours rouge d’où me fixait le bibliothécaire, un certain Monsieur Linden. L’inquiétant personnage continuant de me regarder sans dire mot, je lançais un timide « Bonjour » pour briser l’oppressant silence qui régnait dans la pièce. Il répondit, impassible, un sec « Bonjour ». Étrange personne… Cet homme paraissait imperturbable, stoïque, presque aussi transparent qu’un spectre. Il était bien cinq heures lorsque je suis rentrée chez moi, car, malgré l’ambiance morbide, les rares livres qui traînaient dans cette étrange bibliothèque étaient passionnants.

12 juillet 1928 à Paris :

À force de fréquenter la bibliothèque de Monsieur Linden, j’ai fini par remarquer quelque chose de mystérieux. Ce dernier me laisse aller partout, lire tous les livres sauf un que je n’ai même pas le droit d’approcher. Cet ouvrage était certainement précieux ! C’est décidé, demain, je lui prendrai et je verrai de quoi il s’agit. Seulement, comment ? J’y ai réfléchi sur le chemin du retour.

13 juillet 1928 à Paris :

Aujourd’hui, ça y est ! Je lui ai pris le livre. Je suis entrée discrètement, me suis approchée silencieusement de l’étagère et pris le livre sans bruit. Je me suis déplacée vers la porte à pas feutrés et alors que je n’étais qu’à trois mètres de la sortie, Monsieur Linden qui, jusque là, semblait somnoler, ouvrit brusquement les yeux, se leva et cria :

« Reposez immédiatement ce livre, Mademoiselle ! »

Lui qui était si calme d’habitude fulminait, n’était que rage, fureur. Son regard était celui d’un dément, d’un fou. Il hurla de nouveau :

« Reposez ce livre ! ».

Son regard terrifiant me glaça le sang. Je sortis aussitôt, blême de terreur, épouvantée par cet horrible spectacle.

Lorsque je fus sortie, le bibliothécaire se calma un peu et murmura ces inquiétantes paroles :

« Remettez ce livre à sa place ou vous paierez… »

Pour essayer d’en savoir plus, je me suis rendu dans la bibliothèque de Monsieur Linden, mais il ne restait plus que des plantes bizarres et le fauteuil en bois d’if sur lequel était déposée une corde légèrement rougie. Le bibliothécaire n’était pas là non plus.

En rentrant chez moi, dans ce livre, j’ai retrouvé une feuille trouée et un trèfle à quatre feuilles complètement vert. Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse d’un signe de chance, car, si c’est bien le livre qui a assassiné Sofia comme on pourrait croire, alors je suis en danger.

Dans l'attente d'une réponse rapide...

Shaï Yoon

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