Harcèlement

11 minutes de lecture

Peter ah… ce brave Peter. Un de mes camarades de classe, un pauvre type sans importance qui c'est jeter du second étage est fini l’hosto.

Je me nomme Jacques et j’ai seize ans. Aujourd’hui, cinq jours après son suicide, je suis tranquille sur mon PC. Un message sur Facebook ? De qui ? Je clique et…. Étrange, pas de noms.

- Tu devrais avoir honte.

Je lui écris.

- Qui es-tu ?

Il répond.

- Tu es un monstre sans cœur. Tu paieras pour ton crime.

OK, un troll il n'y a qu'une solution.

- Je vais t’ignorer, bouffon.

Ce que je fais. Coupure de courant ? Mon PC s’éteint et se rallume. Diagnostic, il semble fonctionner.

Le lendemain, sur mon téléphone portable, dans le bus, je reçois encore un message

- Comment se porte ta conscience ?

Une image subliminale apparaît plusieurs fois, de couleur noir et bleu. Je le mets en ignorer. Mon téléphone s’éteint ; le même jour, il s’allume en plein cours, avec une sonnerie étrange, un rire strident et aigu. Je suis convoqué pour ça. Putain, fait chier, je viens de réaliser que j’ai un virus. Évidemment, le principal ne m’a pas cru.

De retour à la maison, je trouve mon PC allumé, écran bleu. Je m’assois pour voir, l’écran s’éteint.

Ok... Oh… Deux lumières bleues. Un message ?

- Tu es coupable, admets-le.

Je réponds à haute voix.

- Va te faire foutre hacker. Je vais tout éteindre.

J’appuie sur le bouton START, coup de jus ! La vache ! C’est douloureux et flippant ce virus !

Mon PC va en crever. Je le redémarre et il fonctionne à nouveau correctement. Un coup d’antivirus et hop, plus de problème.

En pleine nuit, je suis réveillé par mon phone. Tout ça pour me faire entendre le vent crépiter au bout. Il y en a, je vous jure, ils ont des kiffes bizarres.

On est le week-end et c'est cool. Enfin, si mon PC recommence à planter ! Heureusement, j’ai aussi de vraies amies, pas comme ces no lifes genre Peter. Ah… Ce brave Peter. Il ne mérite pas que je me souvienne de lui.

Cependant, ces derniers mes amis sont comme moi, agacés par mon phone qui ne cesse de sonner et qui m’envoie des notifications. Merde. Je suis obligé de retourner chez moi pour voir ce qui se passe. Des milliers de messages qui se suppriment.

- Putain de…

Mon PC s’allume

- Jacques…

Quoi ? Une femme m’appelle ? J’avance prudemment et m’assois.

- Te voilà, Jacques, comment va ta conscience ? Criminel.

Elle porte un masque de samouraï, souriant, canine pointue et noire. Des cheveux longs et des yeux brillants d'un bleu artificiel. Que c'est laid !

- Ton costume me nique les yeux.

- Si ça pique, mets-toi un sérum physiologique pour les yeux, c'est très efficace afin de voir la vérité en face.

- De quoi tu me parles salope, tu veux que je vienne chez toi et t’exploser la gueule ? Petite geek hackeuse. J’en profiterai pour te niquer toi et ta mère !

L’écran se fissure ?! Oh putain ! C'est quoi ce truc ?! Elle rit ?! Elle se fout de moi ! C’était une simulation d’écran brisé !

- Putain, tu joues à quoi ?!

- À ton jeu. Tu connais les règles, je suppose ? Je vais détruire ta vie.

Je débranche l’ordinateur, pour arrêter cette garce.

Le soir avec mes parents, on se regarde un film tranquille de super-héros américain. On a plein de chaînes grâce aux abonnements. Il y a un truc qui cloche… Un personnage noir en arrière-plan et bleu. Oh non ; putain de merde ! S'est-elle ?! Ce sourire, bordel, c'est elle !

Mon père le premier a relevé l’anomalie.

- Tient, je ne connais pas cette héroïne. Tu sais de qui il s'agit ?

Le héros principal du film l’interpelle, mais c’est possible ça ?!

- Qui êtes-vous ?

Elle répond.

- Une vérité que l’on veut cacher…

La télé saute et brûle ! Ma mère prend l'extincteur de la cuisine et vaporise la mousse sur le feu.

- Plus jamais une marque chinoise !

Dit-elle, furieuse contre l’objet bon marché. Ça sent vraiment mauvais, je suis réellement suivie. À la radio, j’entends une chanson dans le bus.

- Jacques, le criminel sans scrupule. Jacques et ses mots blessant sur la toile qui pullule. Qu’il aille en enfer, de sa couleur rouge, il brûlera avec son pull. Cet idiot est une vraie tête de mule. Regardez-moi cet homme qui est si lâche et nul.

Elle rit encore. Ce serait hilarant comme rap à écouter si elle n’avait pas cette putain de voix glauque ! Elle sort d’où ? D’une tombe ?

Je rentre chez moi à la nuit tombée. Mes parents sont invités chez des amies, sans intérêt, il n‘y a personne de mon âge, donc je reste à la maison. Mon ordinateur débranché est toujours allumé ?! La voix sombre de cette salope m’appelle.

- Viens, petit homme.

Je lui hurle dessus.

- Je ne suis pas petit, Beach !

Je lui fais un doigt d’honneur.

- Bitche ? Plage ? Tu viens de dire plage en anglais ? Tu prononces si mal que j’ai l’impression d’entendre un autre mot.

Oh, qu'elle me casse les couilles !

- Ne fais pas semblant de ne pas comprendre, sale chienne ! Viens te battre au lieu de rester caché derrière ton écran !

- Si tel est ton souhait petit homme...

Elle tape l’écran, une main en sort ! Électrique, pourvue de griffes ! Oh merde ! Elle sort l’autre main et sa tête! Une voix déformée, saccadée, mon PC est hanté !

- J’arrive, cri-criminelle.

C'est un ghost ! Je dois vite sortir, je cours malgré la nuit en pleine rue et hurle ! Très vite et très loin d’elle ! Je cogne quelque chose ! Je tombe à la renverse, je relève la tête. S'est-elle ! Noir, sourire démoniaque et grande !

- Bonsoir jeune homme.

Je fuis, mais toutes les lumières de la ville s’éteignent !

- Où crois-tu aller comme ça ?

Je suis entourée de ténèbres avec pour seule lueur celle de mon phone, il vibre et m’inflige une forte décharge. Ma main est engourdie, la geek me la saisit ainsi que mon appareil.

- On dirait que tu as de gros problèmes avec ton téléphone.

Elle le manipule sans le moindre stresse.

- C'est de votre faute !

Elle ne veut pas me lâcher la main. Ah ! Elle a une poigne de fer, littéralement !

- Un peu, je suis la créatrice de ce virus.

- Et qui me harcèle !

- Non, c'est le virus qui fait tout cela.

- Quoi ?! Tu te fous de moi ! J’ai vu ta sale gueule et entendu ta voix !

- Évidemment, il emprunte mes traits, physiques et psychologiques. Elle est une version virtuelle de moi que j’ai lancé sur Internet, chargé de trouver une seule personne et de la punir. Cela faisait déjà deux mois qu’elle traîne et sans m’en informer elle t’a trouvé. Oh…

Elle rit et c’est bien pire de l'entendre en vrai.

- Je vois pourquoi. Ton ordinateur est vérolé, petit coquin, tu as ramassé des vilains Malwares sur des sites pornographiques. Rhoooo....

Enfin, mon bras est libre, la sienne est devant sa bouche pour étouffer son rire.

- Tu es de ceux qui fantasment sur les furrys, comme c'est amusant.

- Ne me juge pas ! Et puis j'aime les filles normales aussi !

- Je vois ça, tu as une préférence pour les blondes. Embêtant ça, les brunes sont mignonnes aussi, tu sais ?

Mais c’est quoi cette conversation de psycho ?!

- Bon, il est temps de tous nettoyer. Il serait vraiment dommage que j’attrape les mêmes données corrompues sur mon serveur. Mon test est un succès.

Un test ? Attends une minute !

- Je suis ton cobaye !? Salope !

Elle me regarde froidement.

- Tu veux bien tenir pour moi ce téléphone une minute.

Ce que je fais sans attendre.

- C'est le mien d’abord !

Elle me frappe au visage sans aucune putain de raison !

- Je ne suis pas ta mère, petit homme. Quant au fait de te faire du mal, cela me laisse indifférente. Maintenant, tu vas m’obéir, criminel.

- Tu...

Je saigne ?

- Tu m’as cassé le nez !

- Silence, tu vas subir cette situation, comme Peter a subi ton harcèlement sur Internet, dans le lycée et en dehors.

Ses poings serrés, un pas vers moi, c’est l’attitude d’une personne qui a la rage.

- Vous vous y êtes pris à plusieurs, toi et tes copains, vous n’êtes que des lâches. Tu vas les dénoncer, tu vas TE dénoncer et révéler à ton entourage ce que tu as fait. Sinon je m’en chargerai et cette fois si, il n’y aura pas les restrictions que j’ai mises sur mon moi virtuel.

- Mais je croyais que ce n’était pas…

Encore une gifle, toute en griffant ma joue.

- Aie !

- Subie en silence. Je n’ai aucune explication à donner à un imbécile comme toi. En particulier sûr comment fonctionne ma technologie. Ton pauvre esprit qui se satisfait de la souffrance d’un innocent qui a failli se tuer n’a pas la place de traiter ce genre d’information.

- Mais…

- Tu veux mon poing dans ta tête petit homme ?

Ok, elle est vraiment vénère !

- Non !

- Tu me fais pitié. Tout ça parce que Peter était gros et moche. Le pauvre n’a pas de chance, il a des gènes qui le font grossir. Il aura beau faire du sport ou bien manger équilibré, il fera du surpoids, ce n’est déjà pas drôle, mais en plus, tu lui as rendu la vie impossible. Maintenant, on va régler le problème de mon moi virtuel avant qu’elle ne fasse disjoncter toute la ville.

Elle me force à la suivre, sont moi virtuelle la salue dans notre nouveau téléviseur.

- Ombre Bleutée réelle, tout va bien ?

- Bonjour, moi virtuel, je sais ce que tu as fait grâce à ton message dans le téléphone. Tu y es allé un peu fort pour l’ordinateur.

- Tu aurais fait pire. Oh…

Elle me fixe quelques secondes avec un mépris si pesant qu’il écrase toute envie de lui dire quoi se soit.

- Tu l’as déjà marqué, vilaine fille.

- Tu sais pourquoi je suis là.

- Exacte, je purge tous les appareils de ma présence en ce moment. L’hôte est l’ordinateur, à tout à l’heure.

On monte dans ma chambre, mon écran est mort, mon bureau marquer de brûlure, ma tour intacte.

- Ce n’est pas possible, normalement il n’y a pas assez de puissance pour faire ça.

- Bien sûr que si. Tu as été impressionné par quelques arcs électriques.

Zut, j’ai marmonné. Elle insère une clé USB, attend une minute et dit.

- Voilà, maintenant, il n’y a plus de trace de mon passage. Il ne reste plus que toi.

Elle s’approche de moi et me prend de haut avec son regard inquisiteur.

- Que vas-tu faire maintenant ?

- Rien.

- Rien ? Bon, alors je vais tout dévoiler sur la toile. Tu ne pourrais plus t’extirper une fois la chose faite.

Elle me tourne le dos, commence à sortir de ma chambre, je prends mon écran et je frappe la tête. Il finit en morceau, c'est brutal et elle n'a rien vu venir. Elle pousse un grognement ; J'ai peur, sa tête tourne lentement.

- Je vais fracasser ton nez encore une fois.

Mon cou est saisi d’un battement de cils, puis elle me clou au sol pour me frapper avec son poing. Je sens une vive douleur envahir mon nez, l’os craque plus fort. Des coups, encore et encore. Des gifles aux visages puis des attaques avec son pied dans les côtes alors que je suis à terre. Je… Qu’est-ce qui m’arrive ? Je ne comprends pas ! Ça ne devait pas se passer comme ça !

- qu'est-ce que cela fait de se faire battre ?

J’ai si mal que je peux à peine parler.

- Douloureux…

Oh, mes côtes, c'est... Elle me prend par les cheveux !

- Aïe ! C'est injuste !

- Injuste, c’est le bon mot. Alors, pourquoi l’avoir battu si tu savais que cela l’était ? Pourquoi ? Tu n’as pas de problèmes dans ta famille à ce que je sache. Tu as une bonne vie, tu ne manques de rien. Ton père et ta mère t’aiment.

- Comment tu peux savoir tout ça ?!

- Tu crois sérieusement que la vie privée le reste dans un monde comme le nôtre ? Quand on veut savoir des choses, même en étant bloqué dans le virtuel, on peut facilement les obtenir. Il suffit d’avoir un peu de patience et de talent.

Elle nous a observées, mais comment ? Oh ! Je sais !

- Les caméras de surveillance ! Tu as piraté nos caméras de surveillance !

- Elle a piraté.

- Tu es elle.

Oh, cette douleur qui me lance de partout, elle se redresse et me tient fermement le cou.

- Si tu en parles à quelqu'un de ce qui s'est passé, ce sera de ta vie que tu le payeras, je me suis bien fait comprendre ?

J’acquiesce par crainte de représailles.

- Tu prétexteras t’être fait griffer par un chat et d’avoir fait une mauvaise chute dans les escaliers. Nous sommes d’accord ?

- Oui…

- Oui qui ?

- Oui madame…

- L’Ombre Bleutée, répète.

- Oui, Madame l’Ombre Bleutée.

Attends qu’est-ce que…

- Salope ! Tu veux me manipuler !

Elle me frappe encore.

- Oh, pauvre enfant…

Encore.

- Ce que je souhaite.

Elle lâche mon cou et me reprend par les cheveux, me fixant droit dans les yeux.

- C'est de te briser, voir s’il y a quelque chose de bon en toi, une petite lueur qui ne demande qu’à briller. Mais quelle tristesse, je ne vois rien d’autre qu’un cœur noir qui se délecte des méfaits qu’il a commis.

Moqueuse, sadique, elle me saisit la mâchoire de l'autre main.

- Le mien est similaire, il ne demande qu’une excuse, que ma victime soit fondamentalement mauvaise. Merveilleux n'est-ce pas ? J’en ai trouvé une très bonne en ta personne.

Elle caresse mon cou.

- Perverse…

- Oh, ne me dis pas que tu ne comprends pas la sensation de plaisir que j’éprouve. Tout le pouvoir que j’ai sur toi ; tout le pouvoir que tu avais sur Peter.

Je ne suis plus qu'un objet, je ne peux résister. C'est fichu, à l'aide...

- Regarde-moi droit dans les yeux.

Elle m’y oblige, que m’arrive-t-il ?

- Tu connais trop de secrets sur ma technologie, normalement, je devrai te tuer. Mais tu n’as que seize ans. Quelle chance, mais si…

Elle serre.

- Tu oses parler, je te réduirai en un tas de cendre. Alors, sommes-nous bien d’accord pour que je ne sois pas inquiété à propos de…

Elle lâche prise et caresse mon menton du bout de sa griffe.

- Tout ce que je suis ?

J’acquiesce en tremblant.

- Brave petit homme. N’oublie pas, demain, nous sommes lundi. Tu n’auras que vingt-quatre heures pour tous dévoiler.

- Oui Madame l’Ombre Bleutée.

Elle part sans un mot de plus.

Je n’ai rien révélé sur elle ni sur Peter. Elle bluffe pour la dénonciation, j’en suis sûr. Ce serait comme avouer tout ce qu'elle m’a fait. Vingt-quatre heures, pile après notre rencontre. Tous mes contacts m’appellent en me disant de regarder sur Internet ce qu’il se passe.

Regret instantané. Un anonyme dévoile ce qui s'était passé. Il y a le journal personnel de Peter, mes messages que j’avais supprimés entre moi et mes amies. Elle révèle notre bizutage. Convocation du principal, puis au tribunal à cause d’une plainte des parents de Peter.

Et j’ai ce message qui vient tous les jours sur mon portable et se supprime.

- N’oublie pas, il te reste encore ta vie. Alors fait comme d’habitude, reste silencieux, petit homme. Je n’ai pas fini de te briser.

J’ai très peur de ce que je vais devenir. J’angoisse et fais des cauchemars où je la vois se moquer de moi derrière des barreaux répétant toujours les mêmes mots en riant.

- Petit homme.

Annotations

Vous aimez lire Wilfried.c ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0