Un printemps comme un autre

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Un printemps comme un autre. Une floraison légèrement en avance. Et cet air doux, si typique de la France océanique, qui vous enveloppe de son euphorie, quand il n’est pas trop humide.

La nature, comme chaque année, nous rappelait qu’elle était belle. La vie, immuable, reviendrait, malgré la folie des hommes.

Il n’y a pas si longtemps – quand on disait encore « Avril » -- on eût déjà vu les botanistes amateurs du Luxembourg, épigones de Buffon ou de Linné, relever sur leur croquis les mutations des fleurs de marronniers. Elles lui rappelaient les êtres fantasmagoriques qu’il crayonnait sur son cahier d’écolier, quand le bon abbé de Mazancourt, si ouvert aux idées nouvelles, lui laissait quelque temps libre.

Seulement voilà, il ne faisait plus trop bon sortir de chez soi, même pour dessiner des plantes. Si le bon abbé, épris de renouveau, pouvait suivre, du fond de sa tombe, le fil des événements, il ne risquait pas d’être déçu.

Toutes les lectures ne sont pas fécondes. Ce n’était ni chez Descartes, et encore moins chez les Philosophes, pourtant si à la mode, qu’il s’était forgé des règles de vie, mais bien plutôt avec le scepticisme, l’ironie robuste et détachée, de Montaigne et Rabelais.

Seulement voilà, l’amitié gâche tout. Mourir par amitié. Mourir pour les idées de ses amis…

C’était vers la même époque de l’année, qu’à huit ans, avec Georges, ils vagabondaient dans les prés de Champagne, égrenaient mauvais coups et gamineries, taquinant les taureaux comme de vrais chulos. Les coups et les bosses, Georges, il aimait ça.

Après, il y eut le café du Parnasse, les discussions qui n’en finissaient pas, son énergie si communicative, sa volonté de refaire le monde, masque d’une ambition sans borne.

Alors, par amitié, il tenait sa comptabilité, corrigeait ses discours… car Georges, bien que lettré, n’avait jamais le temps. Il y avait toujours une fille à trousser, une diligence à prendre, une bagarre en vue, une joute oratoire à remporter contre quelque autre avocaillon, du pognon à toucher pour épargner la Cour…

Ce fut ensuite la lassitude, l’affadissement, le dégoût. Dégoût de la débauche des sens, et de l’orgie de sang qu’on voyait partout.

Toutes les nuits, il lui confiait ses doutes, ses peurs, ses haines. L’effroi face à la machine de meurtre que rien n’arrêtait. Le mépris haineux mais admiratif envers Maximilien, le premier des derniers hommes.

Le reste est dans les livres d’Histoire.

Georges aimait trop la vie, et lui aimait trop Georges. Ils en mouraient, tous les deux. En frères, en camarades, comme depuis toujours.

Il tremblait lorsque le bourreau appuya sa tête sur le billot. Et le regard de Georges qui lui disait : « ne t’en fais pas, mon frère… »

16 Germinal an II

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