Chapitre 6 Confrontation

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Le soleil se glissa par la fente d'une persienne pour réchauffer la main de Samantha qui s'éveillait. Elle s'étira en baillant, prête à en découdre avec la longue journée qui s'annonçait. La soirée de la veille avait été bien calme. Si Freewood lui avait proposé de remettre au lendemain leur discussion afin qu'elle puisse se reposer de son périple, elle avait néanmoins compris qu'il avait besoin de temps pour se préparer.

Ce matin elle se sentait en pleine forme. Les elfes étaient doués de capacités comme celle de pouvoir se passer de sommeil plus que les humains. Ils étaient plus rapides, leurs sens étaient plus aiguisés et leurs capacités plus développées.

L'elfe avait appris à les différer plutôt qu'à les comparer, car si elle était fille du Roi des Elfes, sa mère était humaine. Cette dernière avait su lui faire apprécier la complexité et la beauté des sentiments humains, réduits à leur plus simple expression chez des êtres aussi rationnels que les elfes. Ainsi se trouvait elle métisse, fruit d'une union de deux races complémentaires, et par là plus apte à les apprécier.

Elle avait hérité de son père ses oreilles en pointe qu'elle dissimulait le plus souvent pour être plus discrète, son corps gracile et ses aptitudes au combat. Tandis que sa mère humaine lui avait légué ses talents de magicienne, et ce teint hâlé des peuples du Sud.

La jeune femme secoua la tête pour se concentrer. Il n'était pas temps de réfléchir sur son sort. Une mission l'attendait et pour vivre dans l'instant présent, il lui fallait quitter cette chambre de princesse qui ne lui ressemblait pas pour agir. Elle l'aimait bien, certes, et elle était redevable à Brorel pour sa prévenance, mais tant de confort ne lui convenait pas.

Sans attendre, elle fit impeccablement son lit, habitude de l'Académie, et rassembla ses affaires. La fenêtre ouverte déversa un courant d'air frais dans la pièce. Elle passa une simple tunique qui lui arrivait au genou sur des pantalons solides. Une cuirasse légère recouvrait son torse. Ses deux dagues et une épée complétaient sa tenue.

Debout devant le miroir, elle arrangeait ses cheveux quand on frappa à la porte. Une voix féminine s'éleva.

  • Damoiselle, puis-je entrer ?
  • Faites donc.

Une soubrette toute en rondeur entra avec un plateau. Son visage exprima l'étonnement quand elle vit que l'appartement était fait et l'hôte de son maître prête.

  • Vous n'avez besoin de rien ?
  • Non, absolument de rien. Ou plutôt si. J'aimerais que vous m'indiquiez la salle d'entraînement.
  • Je peux vous y conduire, si vous le désirez. Je suis à votre service.
  • Je vous en serais reconnaissante.

La servante sembla intimidée et murmura d'une voix gênée :

  • Appelez-moi donc Mariette, damoiselle. Je ne suis pas faite à tant de respect.

Samantha sourit. La déférence était la moindre des choses. Les elfes comme les humains l'oubliaient et préféraient user du mépris en lieu et place. Cette pensée lui rappela ses parents disparus, et elle eut un pincement au cœur. Comme toujours l'action la sauvait de la tristesse. Elle attrapa le plateau de la servante malgré les protestations de cette dernière et la raccompagna en cuisine en devisant gaiement, l'interrogeant sur sa vie, son enfance, son fiancé. Mariette rougissait à chaque question, embarrassée de tant d'intérêt, mais elle s'enhardit bientôt à son tour et la conversation se fit plus animée.

  • Mariette, merci pour ta gentillesse.
  • C'est moi qui devrais vous remercier, car vous m'avez montré grande amabilité et amitié, alors que vous ne me connaissez pas. Je vous souhaite le meilleur !"

Samantha embrassa la joue en fleur de sa nouvelle amie et continua dans la direction de la salle d'armes. La porte était grande ouverte. Un mince couloir surélevé en faisait le tour rejoignant en face une seconde porte qui donnait sur une vaste cour. Quelques soldats combattaient à l'épée. D'autre maintenaient leur forme physique par différents exercices. Quelques-uns tiraient à l'arc.

Discrètement, l'elfe entra. Elle ne souhaitait pas se passer d'entraînement. Elle avait reçu du Duc la permission de se rendre dans cette salle mais ne souhaitait pas déranger les habitués. Elle déposa ses sacoches dans un coin. Après son échauffement habituel, accroupie à un endroit où elle ne gênait pas les mouvements des duellistes, elle protégeait ses mains de minces bandelettes de cuir, en observant attentivement leur technique. Attentive, elle plissa les yeux pour mieux détailler chacune des passes et apprécia leur maîtrise.

Attendant qu'ils aient terminé, elle modifia sa tenue. La chaleur ici était intense et les courants d'air ne parvenaient pas à rafraîchir suffisamment l'atmosphère surchauffée. Elle ne garda qu'un haut léger sans manche et sa cuirasse. À l'aide d'un lacet de cuir, elle attacha sa chevelure. Elle n'avait pas remarqué que toute l'attention s'était focalisée sur elle depuis un moment. Un rapide regard lui fit comprendre qu'elle était la seule femme. De plus, elle avait laissé ses oreilles visibles.

On n'avait pas dit discrétion ? s'injuria-t-elle intérieurement.

Elle respira profondément et esquissa un salut élégant en plaçant son pied droit en arrière et sa main sur le cœur en signe de respect.

  • Bien le bonjour, chevaliers. Puis-je solliciter l'honneur de combattre l'un d'entre vous ?
  • Ce sera avec plaisir, elfe.

L'homme qui s'était avancé était le maître d'armes. Environ la cinquantaine, des cheveux poivre et sel coupés ras et une courte barbe en pointe. Musclé, il avait un visage buriné par le grand air et des yeux presque translucides. Il boitait de la jambe gauche, signe d'une ancienne blessure de guerre. Une longue épée pendait à son côté.

  • Je me présenterais bien comme Samantha, guerrière elfique, mais je doute que cela suffise.

Elle observa une pause.

  • Je suis Samantha Urihanna Aaralei, fille d'Alfaren et d'Yllalfil, seconde princesse de l'Empire Elfique, Dame Guerrière d'Opale du Royaume d'Astror. Votre souverain m'a adoubée et je suis ici pour intégrer vos rangs au titre de sœur d'arme du Duc de Frewood.

Un grand silence accueillit sa déclaration. L'elfe regarda avec assurance chacun des chevaliers.




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