EPILOGUE

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La nuit était tombée sur la montagne. La lune s’élevait dans le ciel, poudrant d’argent la cime des arbres pris dans les tourbillons de neige qui masquaient l'horizon. Depuis une petite pièce, un grondement de murmures s’échappait.

— Maquera, enfin, mais regarde-la, sermonnait une voix frêle. Elle est toute écorchée, ses mains, regarde-les ! Elles sont pleines d'engelures. Elle a des crevasses de partout, elle tremble, elle a de la fièvre. Je te le dis, elle ne tiendra pas la nuit.

— Elle respire, et elle boit de temps à autre. Crois-moi, elle va survivre.

— L'hiver est là, nos réserves de grain et de bétail ne vont pas être suffisantes pour nous, et toi, tu es là à gâcher nos provisions pour une morte. Si Hilda l'apprend…

— Hilda n'a pas à être au courant. Pour l'instant, elle restera ici, et tu tairas ta langue.

— Tu es folle ! Tu ne sais même pas qui elle est. Elle est peut-être dangereuse. Je ne te comprends pas : pourquoi fais-tu ça ?

— A-t-on besoin de connaître quelqu'un pour l'aider ? Ce que je sais, c'est qu'elle a dérivé dans les eaux gelées depuis la rive sud...

— Impossible ! rétorqua l'autre. Personne ne peut survivre à ça.

— Je sais ce que j'ai vu. Je l'ai trouvée aux abords de la rivière, inconsciente, presque morte. Elle devait fuir quelque chose ou quelqu'un, et je l'ai trouvée. C'est un signe.

— Il n'y a pas de signe ailleurs que dans ta tête. Crois-moi, elle va nous attirer des ennuis. C'est dangereux de la garder ici, regarde-la enfin ! Elle n'est pas comme nous, elle est bizarre. Regarde sa peau, elle n'est pas normale.

— C'est vrai, elle n'est pas normale. Une fille normale serait déjà morte. J'ai prié, tellement prié, et tu es venue. Tu es le signe que j'attendais, murmurait-elle.

— Écoute comme elle gémit, elle doit être atteinte.

— Elle a soif, laisse-moi…

— Tu es folle !

Alors des bruits de pas s'éloignèrent et la voix douce reprit :

— Ça y est enfin, on est seules. Je sais comment faire pour te redonner des forces. Je ne voulais pas lui montrer, à elle ni à personne... Je sais que tu m'entends, tu es futée, tu te méfies, je le vois dans tes yeux, et je peux comprendre. Tu n'es pas de cette région, tu dois te douter qu'ici tout le monde méprise les étrangers. Mais pas moi, ne t'inquiète pas. Tiens, j'ai trouvé ça sur toi, je pense que ça doit être important... Ton regard... Ah, j'ai raison alors ? Tu en parlais parfois dans ton sommeil. Tiens, bois.... C'est bien, ne t'inquiète pas, tu vas reprendre des forces. Tu as déjà meilleure mine. Tes plaies... On aurait dit qu'un ours t'avait lacéré le corps, les tendons étaient apparents, ça suintait de partout. Désormais, tu vas mieux... Il m'a parlé, tu sais. C'est complètement fou, cette histoire. Il continue à me parler parfois, il est de plus en plus bavard. C'est lui qui m'a dit comment faire, avec cette fiole. Je pense que tu t'en sortiras. Lui le pense, en tout cas. Allons, rendors-toi. Teyriel, c'est bien ton nom ? Je suis là, je vais veiller sur toi. Je sais ce que tu es, ce que tu es vraiment. Je garderai le secret. C'est un signe du destin, j'en suis sûre. Louée soit Ishtar.

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