31. La Princesse Sylvie et le Chaos Cathayen

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Le grand jour était enfin arrivé. La prestigieuse société de production cathayenne Étoiles Dorées débarqua à Sylvaria avec un cortège dine d’une procession royale. En provenance de l’aéroport de la capitale, des convois de camions, de conteneurs remplis de costumes somptueux, des caisses d’accessoires scintillants, des caméras sophistiquées et une équipe de techniciens affairés s’arrêtèrent sur la vaste esplanade du palais royal.

Mais ce qui fit le plus battre le cœur de la Princesse Sylvie, ce furent les acteurs, ses idoles absolues, arrivés avec précisément toute la grâce des héros de c-dramas. Et surtout de savoir qu’ils seraient logés au palais, celui-ci devant servir de site de production principal, le reste de la production devant être réparti dans les luxueux grands complexes hôteliers de la capitale.

La Princesse Sylvie, vêtue d’une de ses plus belles robes, se précipita pour les accueillir, manquant de trébucher sur sa traîne.

— Bienvenue à Sylvaria, ô glorieux acteurs de Cathay ! s’exclama-t-elle en faisant une révérence… un peu trop enthousiaste, qui la fit légèrement vaciller.

La Damoiselle Sibylle, vigilante, se plaça discrètement derrière elle pour la rattraper au cas où.

— Nín de diànxià tài qīnqiè le. répondit l’un des acteurs, un sourire poli aux lèvres.

— Votre Altesse est trop aimable, traduisit l’un des interprètes.

— Wǒmen hěn róngxìng néng zài rúcǐ mírén de wángguó pāishè diànyǐng.

— Nous sommes honorés de tourner dans un royaume aussi enchanteur, poursuivit l’interprète.

La Princesse Sylvie, les yeux brillants, ne savait plus où poser son regard.

— Je veux tout voir ! Les costumes, les décors, les scènes… et surtout, je veux auditionner pour un rôle !

La Damoiselle Sibylle, sentant une catastrophe imminente, intervint avec diplomatie.

— Votre Altesse, peut-être pourrions-nous d’abord accompagner nos invités à leurs quartiers de l’aile résidentielle du palais qui leur est réservée, puis les retrouver à la collation ?

— Oui, oui, bien sûr ! s’empressa la Princesse Sylvie, essayant de retrouver un semblant de dignité. Suivez-moi !

Mais alors qu’elle suivait les invités en traversant les vastes halls et les larges couloirs de l’immense palais royal, elle réalisa avec horreur que les interprètes étaient maintenant tous occupés ailleurs. Aucun n’était disponible pour l’aider à communiquer en mandarin. La Princesse Sylvie, déterminée à se faire comprendre, essaya tant bien que mal de se rapprocher de certains acteurs et de les saluer dans leur langue.

— Ni hao ! (« Bonjour ! ») s’exclama-t-elle avec un grand sourire.

— Huanying dao Sylvaria ! (« Bienvenue à Sylvaria ! ») poursuivit-elle.

Les acteurs échangèrent des regards perplexes.

— Votre Altesse, je crois que vous avez mélangé les mots ou ne les avez pas prononcés correctement, murmura la Damoiselle Sibylle, embarrassée.

La Princesse Sylvie, frustrée, essaya à nouveau.

— Wo xiang ni shuo… euh… ni hao ma ? (« Je veux te dire… euh… comment vas‑tu ? »)

L’un des acteurs, visiblement confus, répondit dans un sylvarien hésitant.

— Euh… merci, Votre Altesse ?

La Princesse Sylvie, désespérée, abandonna le mandarin et revint à sa langue maternelle.

— Oh, zut ! Je voulais juste dire que vous êtes les bienvenus !

La Damoiselle Sibylle, toujours prête à sauver la situation, la félicita pour ses efforts. Elles entendirent le personnel protocolaire s’adresser au cortège qui venait d’atteindre une des principales ailes résidentielles, qui avait été apprêtée pour l’occasion.

— Permettez-nous de vous montrer vos chambres. Nous avons tout préparé pour votre confort.

Pendant ce temps, Margot, la fidèle servante, tout en murmurant des prières pour que la journée se passe sans incident majeur, courait dans tous les sens afin de s’assurer que tout était prêt pour la collation organisée sous la supervision de la Princesse Sylvie qui avait absolument tenu à en prendre la responsabilité.

Après avoir rejoint les grands salons de réception privés de la grande aile des réceptions du palais, la Princesse Sylvie se sentit soudain paniquée.

— Margot, où sont les thés spéciaux pour les invités ? Et les biscuits en forme de licorne ? demanda-elle.

— Tout est prêt, Votre Altesse. Mais peut-être devrions-nous commencer par les laisser découvrir les lieux ? répondit Margot, épuisée mais professionnelle.

La Princesse Sylvie hocha la tête, mais son regard fut soudain attiré par un acteur en train de discuter avec le réalisateur.

— Oh ! Lui, c’est un de mes acteurs préférés ! Je dois lui parler ! chuchota-t-elle à la Damoiselle Sibylle.

Avant que la Damoiselle Sibylle ne puisse réagir, la Princesse Sylvie se précipita vers lui, manquant de renverser une table chargée de costumes.

— Vous ! Vous étiez incroyable dans Le Dragon et la Rose ! Je pourrais vous montrer mon dragon, Flamme ? Il est adorable ! s’exclama-t-elle, les joues rouges.

L’acteur, visiblement surpris, sourit poliment.

— Euh… merci, Votre Altesse ? répondit-il dans un Sylvarien balbutiant.

La Princesse Sylvie, réalisant qu’il ne comprenait pas, essaya à nouveau en mandarin.

— Wo de long, Flamme, hen ke ai ! (« Mon dragon, Flamme, est très mignon !  »)

L’acteur cligna des yeux, visiblement perdu.

Flamme, qui avait suivi la scène depuis un coin discret, émit un grrr… (Traduction approximative : « Oh non, pas encore des inconnus ! »). Il se cacha rapidement derrière une tenture, tout en gardant un œil ouvert pour repérer d’éventuels dragons nains cathayens.

Pendant ce temps, la Damoiselle Sibylle tentait désespérément de garder le contrôle.

— Sylvie, ma chère, peut-être devrions-nous laisser nos invités s’installer avant de leur imposer Flamme ?

— Vous avez raison, Sibylle. Mais je dois absolument leur montrer que je sais servir le thé à la perfection ! admit la Princesse Sylvie, essayant de se calmer.

Elle attrapa une théière en porcelaine et se dirigea vers le groupe d’acteurs, déterminée à impressionner.

— Permettez-moi de vous offrir une dégustation de notre meilleur thé sylvarien ! annonça-t-elle avec une fierté mal dissimulée.

Malheureusement, dans son enthousiasme, elle trébucha et quelques gouttes du contenu de la théière se répandit sur le costume d’un scénariste.

— Oh non ! s’exclama la Princesse Sylvie, horrifiée.

La Damoiselle Sibylle, toujours prête à sauver la situation, se précipita avec un torchon.

— Ne vous inquiétez pas, tout va bien ! Votre Altesse, peut-être devrions-nous laisser les professionnels travailler un peu ? assura-t-elle en nettoyant les dégâts.

La Princesse Sylvie, confuse mais docile, acquiesça.

— Vous avez raison. Je vais aller… euh… observer les équipes techniques.

Et elle partit en courant, laissant derrière elle un sillage de chaos et de bonne volonté.

Margot, épuisée, soupira en regardant la Damoiselle Sibylle.

— Comment allons-nous survivre à ça ?

La Damoiselle Sibylle sourit, résignée.

— Un pas à la fois, Margot. Un pas à la fois.

Pendant ce temps, Flamme, toujours en quête de ses semblables, avait décidé de faire une échappée pour rejoindre les grands hangars dans lesquels se trouvaient les véhicules de transport de la production, espérant secrètement trouver un dragon nain cathayen parmi les accessoires.

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