43. Margot et le Séducteur Cathayen

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Le tournage avançait à un rythme effréné, et les jours se transformaient en semaines puis en mois. La Princesse Sylvie, bien que toujours aussi enthousiaste, avait appris à maîtriser ses excès de mélodrame, et même Flamme, le dragon nain, semblait s’être habitué à la présence des caméras. La Damoiselle Sibylle, quant à elle, continuait de veiller sur la princesse avec une patience infinie ainsi qu’à travailler en secret son mandarin, tandis que le Prince Olivier observait tout cela avec un certain amusement.

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L’Entrée en Scène

Un matin, alors que l’équipe s’affairait pour préparer une nouvelle scène, un murmure parcourut les couloirs du palais. Un nouvel acteur venait d’arriver, un véritable séducteur cathayen, célèbre pour ses rôles de méchants retors et sa réputation de séducteur invétéré. Son nom était Zhao Ming, et son charisme était tel qu’il semblait illuminer chaque pièce dans laquelle il entrait.

Margot, qui était toujours discrète et timide, se trouvait près de l’entrée du hall principal lorsqu’elle l’aperçut pour la première fois. Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Zhao Ming portait une tunique de soie noire brodée de fils d’or, qui épousait parfaitement sa silhouette athlétique. Ses yeux, d’un noir profond, semblaient capter toute la lumière de la pièce.

Ce qui attira immédiatement l’attention de Margot fut sa longue et impressionnante chevelure. Noire comme l’ébène, elle cascadait jusqu’à ses hanches en vagues soyeuses, soigneusement coiffée en une queue-de-cheval haute qui accentuait la ligne anguleuse de son visage. Selon les critères cathayens classiques, une chevelure aussi luxuriante et bien entretenue était un signe de masculinité et de virilité, et Zhao Ming en tirait une grande partie de sa réputation. Chaque mouvement de sa tête faisait danser ses mèches, ajoutant une touche de grâce et de puissance à chacun de ses gestes.

Mais ce qui captivait vraiment les regards féminins était la physionomie de son visage. Ses traits étaient à la fois doux et fermes, avec des pommettes hautes et bien définies, un nez aquilin qui donnait à son profil une noblesse aristocratique, et des lèvres pleines et sensuelles qui semblaient toujours esquisser un sourire mystérieux. Ses sourcils, épais et bien dessinés, ajoutaient une touche de mystère à son regard, tandis que ses yeux, d’un noir profond et brillant, semblaient capables de lire les pensées les plus intimes de ceux qui croisaient son regard. Lorsqu’il souriait, une fossette se creusait légèrement sur sa joue gauche, ajoutant une touche de charme enfantin à son allure autrement sophistiquée.

— Par les licornes de Sylvaria…, murmura Margot, les joues en feu.

Elle n’avait jamais ressenti une telle attraction auparavant. C’était comme si une force invisible la poussait vers lui, malgré sa timidité naturelle. Elle se surprit à imaginer des scénarios où il la remarquait, où il lui adressait la parole, où il la regardait avec la même intensité qu’il réservait à ses partenaires de scène.

***

La Nouvelle Margot

Les jours suivants, Margot se transforma de manière spectaculaire. Ses tenues habituelles, simples et pratiques, furent remplacées par des robes plus élaborées, inspirées du style cathayen. Elle choisit une robe de soie bleu pâle, légèrement transparente, avec des manches larges et une ceinture dorée qui mettait en valeur sa taille fine. Ses cheveux blonds, habituellement attachés en un chignon strict, furent coiffés en boucles soyeuses qui encadraient son visage. Un matin, alors qu’elle se préparait dans sa chambre, elle se regarda dans le miroir et fut surprise par son reflet.

« Est-ce vraiment moi ? » se demanda-t-elle, touchant du bout des doigts la soie de sa robe. Elle se sentait à la fois excitée et terrifiée par ce changement.

Lorsqu’elle apparut dans le hall du palais, les regards se tournèrent vers elle. La Princesse Sylvie, qui était en train de répéter une scène, s’arrêta net et éclata de rire.

— Margot, ma chère, on dirait que tu as été frappée par la foudre !

— Oh, Sylvie, tais-toi ! répondit Margot en rougissant violemment.

La Damoiselle Sibylle, toujours protocolaire, sourit avec bienveillance.

— Il semble que notre Margot ait trouvé un nouvel intérêt.

Le Prince Olivier, amusé, ne put s’empêcher de taquiner Margot.

— Alors, ma chère, vas-tu enfin nous révéler ton secret ?

Margot, gênée, baissa les yeux.

— Je… je ne sais pas de quoi vous parlez.

Flamme, caché sous une table, émit un petit grrr… (Traduction approximative : « Oh non, pas encore une histoire d’amour ! »)

Zhao Ming, quant à lui, semblait prendre plaisir à flirter avec les jeunes femmes du palais, tout spécialement les plus jolies des servantes Silvariennes travaillant sous la supervision de Margot. C’était un maître dans l’art de la séduction.

Léonie, une toute jeune fille élégante et raffinée, au tempérament calme et posé fut une de ses premières cibles. Zhao Ming avec son regard profond avait le don de regarder une femme droit dans les yeux, avec une intensité qui semblait percer son âme d’autant plus qu’étant grand de taille il la dominait de toute sa hauteur. Ce regard profond et pénétrant donnait à la pauvre Léonie l’impression qu’il voyait au-delà des apparences, créant un sentiment d’intimité immédiate.

Ou bien cette autre fois avec la douce et simple Marjolaine, aussi délicate que son nom floral l’évoquait, qui passait la moitié de ses nuits sans dormir en pensant au sourire mystérieux de Zhao Ming : à la fois charmeur et énigmatique, ce sourire était capable de faire fondre les cœurs les plus résistants. Il savait exactement quand l’esquisser pour créer un effet maximal, laissant ses victimes se demander ce qu’il pensait vraiment.

Margot, désespérée de ne pas attirer son attention, totalement aveugle à ce que cela révélait de la personnalité de Zhao Ming, se mit à imaginer des moyens de se faire remarquer. Elle envisagea même de lui offrir un thé spécial, mais la Damoiselle Sibylle l’en dissuada gentiment.

— Margot, ma chère, un peu de dignité, je vous prie.

Un jour, alors que Zhao Ming passait près d’elle, Margot rassembla tout son courage et lui adressa un sourire timide.

— Bonjour, monsieur Zhao.

Zhao Ming lui rendit son sourire avec une élégance naturelle.

— Bonjour, mademoiselle. Vous êtes nouvelle ici ?

Margot, le cœur battant, répondit avec enthousiasme.

— Oh non, je travaille ici depuis longtemps ! Je suis la servante personnelle de la Princesse Sylvie.

Zhao Ming hocha la tête avec un sourire charmeur.

— Ah, je vois. Eh bien, c’est un plaisir de faire votre connaissance.

Margot, ravie, crut que son rêve se réalisait. Mais cela ne dura pas bien longtemps, car Zhao Ming avait entrepris avec la pauvre Margot le vieux tour du jeu de la rareté : il savait qu’en se faisant désirer, il augmentait son attrait. Il alternait avec elle entre moments d’attention intense et périodes de distance calculée, laissant Margot, sa pauvre victime, se demander ce qu’elle avait fait pour mériter son indifférence soudaine.

***

La Cruelle Désillusion

Mais c’est aussi ce qui la sauva en lui permettant d’ouvrir finalement les yeux grâce à son pragmatisme solide dans un de ces moment où il jouait les indifférents avec elle. Margot découvrit rapidement que Zhao Ming répétait le même jeu avec d’autres encore parmi les plus jolies servantes qu’elle supervisait.

Ainsi la malheureuse Clémentine, au sourire si radieux et au nom lumineux et joyeux avec qui Zhao Ming employait une tactique de contacts physiques subtils : un effleurement léger de la main, un toucher presque imperceptible de l’épaule, Zhao Ming savait comment utiliser le contact physique pour créer une connexion électrique. Ces petits gestes semblaient innocents, mais ils avaient un effet puissant sur Clémentine, sa jolie victime.

Et Aurore, cette jeune fille pleine de vitalité au nom qui évoquait la lumière du matin. Margot se rendit compte combien avec son talent pour l’écoute attentive, Zhao Ming avait le don de faire croire à une femme qu’elle était la seule personne qui comptait pour lui. Il écoutait attentivement, posait des questions pertinentes et semblait sincèrement intéressé par ce qu’elle disait, même si c’était souvent pour mieux la manipuler.

Elle le vit flirter ainsi avec tellement de servantes, et même avec certaines actrices.

Son cœur se brisa.

***

Le Désespoir de Margot

Margot, assise seule dans sa chambre, fixait le mur sans le voir. Les larmes coulaient silencieusement sur ses joues, traçant des sillons humides sur sa peau pâle. Elle se sentait stupide, naïve, trahie. Comment avait-elle pu se laisser berner aussi facilement ? Elle avait cru en ses sourires, en ses mots doux, en ses regards qui semblaient si sincères. Mais tout cela n’était qu’une illusion, un jeu cruel destiné à la manipuler.

Elle repensa à tous les efforts qu’elle avait faits pour se faire remarquer, aux robes qu’elle avait portées, aux coiffures qu’elle avait essayées, aux moments où elle avait cru qu’il la voyait enfin. Tout cela n’avait été qu’un rêve éphémère, une chimère qui s’était envolée dès qu’elle avait réalisé la vérité.

— Je suis tellement idiote…, murmura-t-elle, sa voix brisée par les sanglots.

Elle se sentait sale, souillée par ses propres sentiments, par sa propre naïveté. Elle avait perdu sa dignité, sa fierté, tout cela pour un homme qui n’en valait pas la peine.

La Princesse Sylvie et la Damoiselle Sibylle entrèrent doucement dans sa chambre, leurs visages marqués par l’inquiétude. Elles s’assirent autour d’elle, prêts à la réconforter. Le Prince Olivier, venu lui aussi, resta en retrait à l’entrée de la pièce.

— Margot, ma chère, ne te blâme pas. Tu n’es pas la seule à avoir été trompée par ses manières. Il est un maître dans l’art de la manipulation, dit la Damoiselle Sibylle d’une voix douce.

— Je me sens si stupide… J’ai cru en lui, j’ai cru en ses mots. Comment ai-je pu être aussi naïve ? murmura Margot, les yeux pleins de larmes.

— Tu n’es pas naïve, Margot. Tu es simplement quelqu’un de bon, de pur. Et c’est précisément pour cela que tu as été prise pour cible. Les hommes comme Zhao Ming cherchent toujours les cœurs les plus purs à briser. répondit le Prince Olivier avec un sourire réconfortant et en lui offrant un thé.

— Je ne sais pas si je pourrai un jour me pardonner…, murmura Margot, sa voix tremblante.

— Il n’y a rien à pardonner, Margot. Tu as été victime d’un séducteur, rien de plus. Et maintenant, tu es plus clairvoyante, plus sage. Tu as appris une leçon précieuse, et cela te rendra plus forte à l’avenir, dit la Princesse Sylvie en lui prenant la main.

Flamme, toujours discret, émit un petit grrr… (Traduction approximative : « Oui, Margot, tu vaux mieux que ça. »)

Margot regarda ses amis, leurs visages remplis de compassion et de soutien. Elle sentit une vague de gratitude l’envahir. Elle n’était pas seule, elle avait des amis qui l’aimaient et la soutenaient, qui croyaient en elle, même quand elle ne croyait plus en elle-même.

— Merci… Merci de m’avoir soutenue, de m’avoir aidée à voir la vérité, murmura-t-elle, un faible sourire se dessinant sur ses lèvres.

— C’est ce que font les amis, Margot, dit la Damoiselle Sibylle en lui serrant la main. Nous sommes là pour toi, toujours.

Margot prit une profonde inspiration, sentant une nouvelle détermination l’envahir. Elle ne laisserait pas Zhao Ming lui voler sa joie de vivre, sa dignité. Elle était plus forte que cela, et elle le prouverait. Elle décida de se concentrer sur son travail et de laisser Zhao Ming à ses jeux de séduction.

Et ainsi, le tournage continua, avec ses hauts et ses bas, ses drames et ses rires. La Princesse Sylvie, toujours aussi enthousiaste, continua à approfondir sa connaissance de l’art du thé, et avec le soutien de ses amis, Margot commença à guérir, à retrouver sa confiance en elle et sa joie de vivre. Elle savait que le chemin serait long, mais elle était prête à le parcourir, pas à pas, avec ceux qu’elle aimait à ses côtés.

Moralité

Même les séducteurs les plus charmants ne valent pas une once de dignité perdue.

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