64. Le Roi et la Princesse

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Dans les sombres couloirs d’une des plus anciennes ailes du palais de Sylvaria, où les éclairages projetaient des ombres incertaines sur les murs de pierre, la Princesse Sylvie se rendait d’un pas décidé au rendez-vous avec son père. Le roi l’avait convoquée pour une discussion privée, une chose rare et toujours lourde de conséquences.

La Princesse Sylvie, habituellement si insouciante, sentait cette fois un poids inhabituel sur ses épaules. Elle était sur le point de découvrir que les jeux de pouvoir et les secrets d’État n’étaient pas toujours aussi nobles qu’ils en avaient l’air.

***

La Révélation

Le roi était assis sur un trône, le regard grave. Ses yeux, habituellement si perçants, semblaient fatigués, comme s’il portait le poids du monde. La Princesse Sylvie entra, la tête haute, mais son cœur battait la chamade.

— Père, vous m’avez demandée ? dit-elle, essayant de masquer son inquiétude.

Le roi se leva lentement et fit un geste vers un siège à côté de lui.

— Assieds-toi, Sylvie. Ce que j’ai à te dire est difficile, mais nécessaire.

La Princesse Sylvie obéit, sentant une boule se former dans sa gorge. Elle savait que ce moment changerait beaucoup de choses.

— Il y a quelque temps, j’ai commis des actes moralement condamnables envers Mei-Ling, et qui ont eu de profondes répercussions sur elle. Des actes que je n’aurais jamais dû accomplir, et dont je porte désormais la honte. La voix du roi était calme, presque résignée.

La Princesse Sylvie écarquilla les yeux. Mei-Ling ? Sa nouvelle meilleure amie ? La douce et talentueuse actrice cathayenne ? La seule chose qui cadrait avec cela et qui lui venait à l’esprit était bien sûr ce que lui avait fait le Prince Olivier. En lui administrant cette préparation à base de camomille et de lavande additionnée d’une molécule enchantée… Elle sentit tout son corps se crisper.

— Qu… quoi ? balbutia-t-elle, incapable de croire ce qu’elle entendait.

Le roi ferma les yeux un instant, comme s’il revoyait la scène.

— Je ne peux pas te donner toutes les raisons ayant conduit à mon acte, ma chérie, mais sache que j’ai agi par nécessité, ou du moins, c’est ce que je croyais à ce moment-là. Mais ce que j’ai fait soulève des questions éthiques importantes et les conséquence… elles ont été bien pires que ce que j’avais imaginé. Il marqua une pause, son visage se contractant légèrement.

La Princesse Sylvie retint son souffle.

— Que voulez-vous dire ? murmura-t-elle.

Le roi soupira profondément.

— Je suis celui qui a donné l’ordre d’ajouter ce sérum de vérité aux pâtisseries à la fleur de lune qui lui étaient destinées. Tout ce qui s’est produit ensuite ce soir-là en a résulté. La confusion de Mei-Ling, sa perte du sens des réalités et de la notion du temps, cet état de rêve éveillé et de béatitude. Puis plus tard dans la soirée elle cessa d’être elle-même, elle devint totalement désorientée, comme si son esprit avait été brisé en mille morceaux. Son comportement en fut affecté. Elle dit et fit des choses qui dans des circonstances normales auraient été totalement scandaleuses.

L’estomac de la Princesse Sylvie était terriblement noué alors qu’elle restait à écouter silencieusement le roi.

— Et enfin son état évolua jusqu’au malaise, vision brouillée, perte d’équilibre, nausées, hallucinations visuelles et auditives, et elle perdit conscience durant son acheminement à l’infirmerie royale avec toi à ses côtés. Le roi baissa les yeux, honteux.

Sylvie sentit les larmes lui monter aux yeux.

— Comment avez-vous pu faire ça ? murmura-t-elle, la voix brisée.

Le roi hocha lentement la tête, acceptant sa colère.

— Je sais, Sylvie. Je sais. Et c’est pourquoi je te dis tout cela aujourd’hui. Parce que tu seras reine un jour, et tu devras faire face à des choix difficiles. Mais tu dois toujours te souvenir de ce que moi j’ai oublié. Que la fin ne justifie pas les moyens.

***

Les Justifications du Roi

Le roi soupira profondément, comme s’il portait le poids des siècles.

— Je croyais agir pour le bien de Sylvaria. Mei-Ling semblait liée à des affaires qui menaçaient la sécurité de notre royaume. J’ai pensé qu’en agissant ainsi, je pourrais obtenir des informations cruciales pour nous protéger. Mais finalement, elle n’était au courant de rien. Elle était totalement innocente.

La Princesse Sylvie serra les poings. Elle comprenait la logique, mais cela ne rendait pas les actes de son père acceptables.

— Et Olivier ? demanda-t-elle, pensant à son ami, qui avait été manipulé sans le savoir. Il disait qu’il devait la rencontrer, la convaincre…

— Je sais, répondit le roi, la voix empreinte de regret. Il t’a dit la vérité, je l’avais bien chargé personnellement de cette mission. Mais il ne savait rien au sujet de la préparation enchantée. J’ai agi à son insu, il devait simplement, sans le savoir, créer l’occasion pour que Mei-Ling soit exposée aux effets de la préparation. Je n’ai pas été honnête avec lui non plus. Mais je ne voulais pas qu’il soit impliqué dans quelque chose d’aussi… douteux.

La Princesse Sylvie se leva, incapable de rester assise plus longtemps.

— Père, comment avez-vous pu ? Sa voix était ferme, presque accusatrice. Vous êtes le roi. Vous êtes censé montrer l’exemple, pas commettre des actes immoraux aux conséquences graves et injustes !

Le roi hocha la tête.

— Même si cela ne diminue en rien la gravité de ce que j’ai fait, sache qu’il n’avait jamais été question de mettre Mei-Ling dans un tel état ! La préparation a des effets connus, bien documentés, et les dosages avait été parfaitement adaptés pour elle. Elle ne devait que se retrouver plongée dans un état de docilité où elle aurait simplement répondu à toute question, puis au bout de quelques heures les effets se seraient dissipés et elle n’aurait plus eu le souvenir de rien. Mais quelque chose s’est produit. Les spécialistes pensent que c’est lié à la physiologie cathayenne, pas tout à fait identique à la nôtre. C’est la seule explication plausible. Mais qui aurait pu savoir ? Et par-dessus tout, c’est à ce moment-là que tu es arrivée… Ce qui a peut-être été la meilleure chose dans toute la laideur de cette histoire, car tu as pu t’occuper d’elle jusqu’au bout à partir de ce moment.

***

La Réaction de la Princesse Sylvie

La Princesse Sylvie pleurait en silence. Elle aimait son père, mais elle était aussi horrifiée par ce qu’il avait fait.

— Comment puis-je vous faire confiance maintenant ? murmura-t-elle.

Le roi se leva et posa une main sur son épaule.

— Je ne te demande pas de me pardonner. Mais je te demande de comprendre que même les rois commettent des erreurs. Et c’est en apprenant de ces erreurs que nous devenons de meilleurs dirigeants.

La Princesse Sylvie réfléchit un instant. Elle comprenait que son père avait fait une chose horrible, mais elle voyait aussi la sincérité dans ses yeux. Il regrettait vraiment.

— Je ne peux pas excuser ce que vous avez fait. Mais je comprends pourquoi vous l’avez fait. Et je promets de ne jamais répéter vos erreurs, dit-elle finalement.

Le roi sourit faiblement.

— C’est tout ce que je pouvais espérer. Tu seras une grande reine, Sylvie. Meilleure que moi.

***

L’Acquittement d’Olivier

Puis le roi prit une profonde inspiration et se prépara à poursuivre, son regard se faisant plus intense.

— Il y a une autre chose que je dois te dire, Sylvie. Une chose que ta mère et moi avons remarquée depuis longtemps, mais que nous n’avons jamais abordée avec toi… Il hésita un instant, puis continua avec une douceur inattendue. Toi et Olivier…

La Princesse Sylvie sentit son cœur s’arrêter. Elle n’avait jamais parlé de ses sentiments pour Olivier à personne, pas même à lui. Comment son père pouvait-il savoir quoi que ce soit ?

— Je sais ce que tu ressens pour lui. Et je sais qu’il ressent la même chose pour toi, dit le roi, comme s’il lisait dans ses pensées.

— Ce que j’ai fait subir à Mei-Ling ce soir-là… Je veux que tu saches une chose, ma chérie, quitte à me répéter : Olivier n’a rien à voir avec ce qui est arrivé à Mei-Ling. C’était moi. Moi seul. Et je refuse qu’il porte le poids de mes actes. Il n’a pas à le faire. Il n’était absolument pas au courant, je l’ai fait entièrement à son insu par l’intermédiaire d’un agent des services du contre-espionnage, le roi serra les poings, sa voix tremblant légèrement.

La Princesse Sylvie le regarda, stupéfaite mais sentit une vague de soulagement l’envahir. « Olivier… innocent ? » Lors des faits, elle avait naturellement conclu à son implication : il avait trahi sa confiance.

— Je ne veux pas que cet incident gâche votre avenir. Vous êtes faits l’un pour l’autre. Et si je peux faire quelque chose pour vous aider, c’est de m’assurer que rien ne se mettra en travers de votre bonheur. Et surtout pas mes propres erreurs, poursuivit le roi, sa voix plus douce.

La Princesse Sylvie sentit les larmes lui monter aux yeux. Son père, malgré tout, voulait son bonheur. Il voulait qu’elle soit heureuse avec Olivier.

— Père… murmura-t-elle, émue.

— Je vous ai vus ensemble, Sylvie. La façon dont vous vous regardez, dont vous vous soutenez. C’est rare, une telle proximité. Et je ne veux pas que quelque chose comme ça vous soit enlevé à cause moi.

La Princesse Sylvie sentit son cœur se gonfler. Elle n’avait jamais imaginé que son père pourrait approuver une relation avec Olivier. Et pourtant, il le faisait. Il le comprenait.

— Merci, murmura-t-elle, la voix brisée par l’émotion.

Le roi sourit, un vrai sourire cette fois, chaleureux et sincère.

— Maintenant, va le retrouver. Et soyez heureux. Tous les deux.

***

Un Adieu Émouvant

Alors que la Princesse Sylvie se préparait à quitter son père, elle remarqua la profonde tristesse dans son regard. Ses épaules, habituellement si droites, semblaient voûtées, comme si le poids de ses aveux l’avait soudainement écrasé. Elle hésita un instant, puis fit demi-tour et revint vers lui.

— Père… murmura-t-elle, sa voix douce mais ferme.

Le roi leva les yeux vers elle, et dans ce regard, elle vit une vulnérabilité qu’elle ne lui avait jamais connue. Il était le roi, le souverain puissant de Sylvaria, mais en cet instant, il n’était qu’un homme, fatigué et rongé par le remords.

— Je ne veux pas que tu partes avec l’impression que je suis un monstre. Je sais que ce que j’ai fait est impardonnable. Mais je veux que tu saches… que je t’aime. Plus que tout au monde, dit-il enfin, sa voix rauque.

La Princesse Sylvie sentit son cœur se serrer. Elle s’approcha de lui et posa une main sur son bras, un geste simple mais chargé de tendresse.

— Je le sais, Père. Et c’est pour ça que je vous remercie. De m’avoir tout dit. De ne pas avoir caché la vérité, même si elle était douloureuse, répondit-elle, les yeux brillants de larmes.

Le roi baissa la tête, comme s’il luttait contre ses propres émotions.

— Je ne mérite pas une fille comme toi, murmura-t-il.

La Princesse Sylvie sourit à travers ses larmes.

— Si, vous le méritez. Parce que vous êtes mon père. Et vous le serez toujours.

Elle vit une lueur d’espoir traverser son regard.

— Tu… tu ne me détestes pas ?

— Non, répondit-elle fermement. Je ne pourrais jamais vous détester. Vous avez fait des erreurs, mais vous avez aussi eu le courage de les avouer. Et c’est ce qui compte.

Le roi ferma les yeux un instant, comme s’il savourait ces mots.

— Merci, Sylvie, murmura-t-il. Merci de ne pas m’abandonner.

— Je ne vous abandonnerai jamais, promit-elle. Parce que vous êtes ma famille. Et parce que je vous aime.

Elle se pencha et l’embrassa sur la joue, un geste rare entre eux, mais qui en disait long.

— Je serai une bonne reine, Père. Grâce à vous.

Le roi sourit, un vrai sourire cette fois, chaleureux et sincère.

— Je n’en doute pas, ma chérie. Tu seras une reine bien meilleure que moi.

La Princesse Sylvie lui pressa doucement le bras avant de se détourner, laissant derrière elle un roi transformé, un père soulagé, et une promesse d’avenir.

Car être reine, ce n’était pas seulement commander. C’était aussi savoir pardonner, réconforter, et aimer.

Et la Princesse Sylvie venait d’apprendre cette leçon.

***

La Révélation à Elle-Même

Alors que la Princesse Sylvie quittait son père, elle sentit un mélange de colère, de tristesse et de détermination. Elle savait qu’un jour, elle devrait diriger ce royaume, et elle ferait tout pour le protéger avec ses centaines de millions de sujets. Mais elle ferait aussi tout pour ne jamais trahir ses principes.

Et puis, il y avait Olivier.

Son père avait raison. Elle l’aimait. Elle l’avait toujours aimé. Et maintenant, elle savait qu’il l’aimait aussi. Même si lui-même ne lui avait jamais encore dit.

Elle se dirigea vers les jardins du palais, là où Olivier avait l’habitude de se promener, certains soirs, quand il était perdu dans ses pensées. Quand elle le vit, debout près d’une fontaine, le regard tourné vers l’horizon, elle sentit son cœur battre plus vite.

— Olivier, murmura-t-elle en s’approchant.

Il se tourna vers elle, surpris.

— Sylvie ? Tout va bien ?

Elle sourit, les larmes aux yeux.

— Oui. Enfin, je crois.

Elle prit une profonde inspiration.

— Mon père m’a tout raconté. À propos de Mei-Ling. Et… à propos de nous.

Olivier écarquilla les yeux.

— Cela aussi, il sait ?

La Princesse Sylvie hocha la tête.

— Il sait. Et il nous soutient. Il veut que nous soyons heureux.

Olivier sembla soulagé, puis un large sourire illumina son visage.

— Sylvie…

Elle fit un pas vers lui, prenant ses mains dans les siennes.

— Je t’aime, Olivier. Et je veux que nous soyons ensemble. Pour de bon.

Il la regarda, émerveillé, puis l’attira contre lui dans une étreinte tendre.

— Moi aussi, je t’aime, Sylvie. Plus que tout.

Ils restèrent ainsi un long moment, serrés l’un contre l’autre, comme si rien ne pouvait plus les séparer.

Être reine c’était aussi savoir quand dire oui, quand ouvrir son cœur, et quand choisir le bonheur.

Et ceci était encore une leçon que la Princesse Sylvie venait d’apprendre.

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