87. Le Mystère des Cryptes Oubliées
Une Aube Décisive
La nuit avait été longue et mouvementée pour la princesse Sylvie et sa fidèle servante Margot. Après les découvertes troublantes dans les cryptes oubliées, la princesse Sylvie avait passé des heures à feuilleter d’anciens manuscrits dans la bibliothèque royale, cherchant des indices sur l’histoire mystérieuse du palais. Margot, quant à elle, avait veillé à ce que sa maîtresse ne manque de rien, apportant des tisanes réconfortantes et des couvertures chaudes, tout en jetant des regards inquiets vers les ombres des couloirs.
Mais pour la pauvre Damoiselle Sibylle, cette nuit avait été un véritable cauchemar. Convaincue que les morts allaient venir l’emporter à chaque fois qu’elle fermait les yeux, elle avait fait venir ses servantes plus de cinquante fois dans la nuit, les appelant d’une voix tremblante pour qu’elles allument les bougies, vérifient sous le lit, ou simplement lui tiennent compagnie en lui tenant la main. Ses cris perçants avaient résonné dans tout l’étage de son aile des appartements du palais, et même les gardes en faction avaient échangé des regards compatissants.
Le prince Olivier, lui, n’avait pas fermé l’œil. Entre l’audience extraordinaire en début de soirée avec le roi, l’arrivée des renforts et du matériel lourd durant la nuit en provenance du commandement central de Valoria, et l’évacuation et la création d’un périmètre de haute sécurité dans toute la zone des cuisines inférieures, il avait à peine eu le temps de respirer. Les cuisines inférieures, une très ancienne partie des profondes caves du palais, n’avaient pas été conçues selon les normes modernes, et encore moins pour y faire descendre des machines et du matériel lourd. Chaque déplacement était un défi, et chaque heure apportait son lot de complications.
Le roi, après avoir longuement réfléchi, avait finalement donné son accord pour l’ouverture de l’ancienne crypte. Les spécialistes avaient dû retirer tout le matériel des antiques cuisines et les bouteilles des celliers avant de commencer leurs recherches. Mais malgré leurs efforts, ils n’avaient pas réussi à trouver l’emplacement exact de la porte ni son mécanisme d’ouverture.
La décision avait été prise peu avant l’aube : il fallait forer. De grosses découpeuses laser s’étaient attaquées à la paroi, dont les relevés indiquaient une épaisseur de 5 à 6 mètres. Au lever du soleil, l’ouverture était enfin faite, les gravats en cours de déblaiement, et les machines retirées. Une ventilation spéciale depuis la surface avait dû être mise en place pour assurer la sécurité des équipes.
Plusieurs groupes d’intervention spécialisés en combinaisons protectrices (Nucléaire, Bactériologique, Chimique) et lourdement armés avaient pénétré dans la crypte. Ils avaient réalisé toutes sortes de prélèvements et d’analyses, sécurisé l’intégralité des lieux, et des membres de la police scientifique s’étaient occupés du corps. Les lieux étaient désormais sûrs. Les militaires s’étaient retirés et assuraient simplement un contrôle des accès.
En fin de matinée, la princesse Sylvie et Margot arrivèrent devant l’entrée des cuisines inférieures, mais furent arrêtées par des gardes en armes. La chaleur dégagée par les découpeuses laser ne s’était pas encore évacuée, et la température ainsi que la moiteur de l’air étaient épouvantables, en total contraste avec la fraîcheur habituelle de ces caves. Sylvie, habituée aux soldats de Sylvaria avec leurs armures traditionnelles en métal brillant et leurs épées, resta bouche bée en voyant ces hommes équipés d’armes modernes. Leurs fusils, leurs gilets pare-balles et leurs casques lui semblaient tout droit sortis d’un conte étrange.
Sylvie et Margot voyaient là pour la première fois des armes de guerre, des armes automatiques et aussi des armes à énergie (des lasers de combat) et des armures de combat modernes en céramique équipées de déflecteurs. Sylvaria n'avait jamais connu la guerre sur son territoire durant ses plus de 4000 ans d’histoire, et les gardes ainsi que les armes anciennes du palais étaient surtout là pour les traditions et la parade. Bien sûr Sylvaria possédait des armées et des équipements modernes, mais ce genre de choses était avant tout géré et organisé par les valoriens, peuple à la tradition militaire séculaire.
— « Par les licornes de Sylvaria ! » murmura Margot, les yeux écarquillés. « Ces armes… ces soldats… ils ne ressemblent à rien de ce que nous connaissons ! »
La princesse Sylvie, bien que fascinée, sentit une pointe d’inquiétude.
— « Où est Olivier ? » demanda-t-elle à un garde.
Le garde, impassible, répondit :
— « Le prince Olivier est occupé. Je vais le faire prévenir de votre arrivée. »
Quelques minutes plus tard, Olivier apparut, l’air épuisé mais déterminé. En le voyant, La princesse Sylvie eut de la peine pour lui.
— « Olivier, tu as l’air à bout de forces. Vous ne marquez aucune pause ? »
Olivier secoua la tête.
— « Non, Sylvie. Nous sommes près de la vérité. » Il se tourna vers les gardes. « Laissez-les passer. »
La princesse Sylvie et Margot franchirent le périmètre de sécurité, les yeux grands ouverts devant ce spectacle inédit. Les cuisines inférieures avaient été transformées en un véritable camp militaire, avec des projecteurs, des câbles et des équipements high-tech partout.
— « Par les cornes de la lune ! » s’exclama Margot, impressionnée. — « C’est comme si nous étions dans un autre monde ! »
Olivier demanda
— « Et Damoiselle Sibylle ? Elle a refusé de venir, n’est-ce pas ? »
Sylvie, tirée de sa fascination, hocha la tête.
— « Encore sous le choc de la veille, elle a catégoriquement refusé de nous accompagner, préférant rester dans ses appartements avec une tasse de thé fort et des biscuits pour calmer ses nerfs. Elle lit des transcriptions de poèmes de Cathay parlant des pruniers en fleurs. »
Olivier esquissa un sourire las.
— « Tant mieux. Moins de crises de nerfs à gérer. »
Il se tourna vers Sylvie et Margot.
— « Venez, je vais vous montrer ce que nous avons découvert. »
Et tandis qu’ils s’enfonçaient dans les profondeurs des cuisines inférieures, Sylvie ne pouvait s’empêcher de se demander ce que cette crypte allait leur révéler.
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La Révélation
La princesse Sylvie et Margot emboîtèrent le pas au prince Olivier, quittant les cuisines inférieures pour emprunter le passage fraîchement foré par les découpeuses laser. L’air était encore chaud et chargé de poussière ainsi que d’une odeur âcre de pierre brûlée, mais la curiosité l’emportait sur l’inconfort. En franchissant le seuil de la crypte, elles furent frappées par l’immensité du lieu, éclairé par des projecteurs temporaires qui projetaient des ombres dansantes sur les murs anciens.
Des techniciens de toutes disciplines s’affairaient partout, mesurant, analysant, discutant à voix basse. La princesse Sylvie et Margot avançaient avec précaution, prenant bien garde de ne gêner personne. Olivier, les yeux cernés mais le regard vif, leur fit signe de le suivre.
— « Ne touchez à rien, » leur rappela-t-il, avant de les guider vers la grande pièce centrale.
En entrant, la princesse Sylvie et Margot cherchèrent instinctivement des yeux le lit où le corps avait été découvert. Olivier remarqua leur regard et hocha la tête.
— « Les spécialistes ont fait leur travail. Tout a été emporté. »
Il leur désigna deux chaises pliantes posées près d’une table improvisée, couverte de dossiers et d’écrans portables. La princesse Sylvie et Margot s’assirent, le cœur battant, tandis qu’Olivier sortait un terminal holographique de sa poche.
— « Je vais vous montrer quelque chose, » annonça-t-il, le visage grave. « Une séquence enregistrée par le drone hier soir, après votre départ. »
Il lança la vidéo. Les images montraient Flamme, le jeune dragon, fouillant parmi les fragments de coquille éparpillés dans la boîte brisée au sol. Il reniflait les débris avec une intensité presque désespérée, puis s’asseyait sur sa queue, levant les yeux vers la caméra. Un grognement rauque s’échappa de sa gorge, et l’IA traduisit :
— « Mon… œuf. »
Olivier arrêta la lecture.
Un silence lourd s’installa. La princesse Sylvie sentit ses yeux s’embuer, et Margot porta une main à sa bouche, étouffant un sanglot.
— « Oh… » murmura la princesse Sylvie, la voix brisée. « Olivier… tu veux dire que… Flamme était là ? Dans cet endroit horrible ? Seul ? »
Margot éclata en larmes.
— « Par les étoiles, Princesse ! Ce pauvre petit… il a dû naître ici, tout seul, avec ce… ce cadavre à côté ! Comment a-t-il fait pour survivre ? Comment a-t-il trouvé le chemin jusqu’à la surface ? »
La princesse Sylvie, les mains tremblantes, imagina la scène : un bébé dragon, à peine éclos, perdu dans ce labyrinthe de tunnels obscurs, errant pendant des jours, des semaines, peut-être même des mois, avant de finir par émerger dans les jardins du palais. Douze ans plus tôt. Treize, peut-être. Elle se souvint du jour où elle l’avait trouvé, tremblant derrière un buisson, les yeux emplis de terreur.
— « Pourquoi personne n’a jamais cherché ? » demanda-t-elle, la voix tremblante. « Pourquoi personne n’a jamais su ? »
Olivier baissa les yeux, incapable de répondre. Il ne savait pas comment les réconforter. Alors il resta silencieux, laissant les larmes couler librement sur leurs joues, tandis que le poids de cette découverte s’abattait sur elles comme une vague.
Flamme n’avait pas seulement été un animal perdu.
Il avait été un survivant.
Et maintenant, elles devaient comprendre comment et pourquoi.
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Les Secrets du Passé
Secouant ses larmes, la princesse Sylvie remarqua que les boîtes — celle ouverte au sol et celle posée sur la table — avaient disparu.
— « Où sont-elles passées ? » demanda-t-elle, surprise.
Olivier hocha la tête.
— « Les laboratoires travaillent déjà dessus. La boîte sur la table s’est avérée ouverte : le couvercle était simplement posé dessus. Elle était vide, sans aucun éclat de coquille, mais elle était conçue pour contenir un œuf semblable elle aussi. »
— « Vide ? » s’exclama Margot, les yeux écarquillés. — « Mais alors… où est son contenu ? »
Olivier haussa les épaules. « C’est justement ce que nous voulons découvrir. »
Il les emmena faire le tour des autres pièces. Des spécialistes s’affairaient partout, démontant les anciennes machines avec précaution.
— « Tout sera analysé, » expliqua Olivier. « Nous devons savoir à quoi servaient tous ces appareils. »
Ils entrèrent dans la salle des serveurs, où des techniciens inventoriaient méticuleusement les équipements.
— « Regardez, » dit Olivier en désignant un ordinateur portable posé sur une table. « Celui-ci était sur la table de la pièce centrale. Ces machines sont les éléments les plus précieux que nous ayons récupérés jusqu’ici. Elles vont subir une expertise complète. Elles ne semblent pas endommagées et devraient pouvoir livrer leurs secrets. »
Sylvie, fascinée, se pencha pour observer l’ordinateur. « Et si elles contiennent des données ? Des fichiers ? »
— « Exactement, » répondit Olivier. « C’est ce que nous espérons. »
Ils arrivèrent ensuite dans la dernière pièce, celle du coffre. La porte était immense, occupant tout le mur du fond et faisant peut-être deux fois la hauteur d’une personne.
— « Par les licornes de Sylvaria ! » s’exclama Margot, impressionnée. « Comment ont-ils pu installer une telle porte ici ? »
Olivier fronça les sourcils. « C’est justement le plus gros mystère. Selon nos premières conclusions, cette salle blindée a pour but d’entreposer des spécimens biologiques. »
— « Des spécimens ? » répéta Sylvie, horrifiée. « De quelle nature ? »
— « Mystère, » admit Olivier. « Peut-être que ce qui était dans la boîte placée sur la table de la pièce centrale y a-t-il été placé. C’est la piste la plus plausible. »
Il leur montra les différents matériels de décontamination et les combinaisons de protection trouvées dans les armoires et compartiments de rangement de la pièce.
— « Tout est là pour manipuler des substances dangereuses, » expliqua-t-il. « Cela confirme notre hypothèse. »
Un technicien s’approcha, interrompant leur conversation.
— « Prince Olivier, nous avons terminé les sondages. Les cryptes s’étendent bien au-delà de ces pièces, mais seule cette partie a été aménagée en laboratoire clandestin high-tech. »
— « Intéressant, » murmura Olivier. « Cela signifie que le reste est peut-être encore plus ancien. »
Il les emmena dans une des pièces secondaires, où un mur avait été percé, ouvrant sur une succession de vastes salles sombres et poussiéreuses.
— « Ces cryptes semblent remonter aux premiers temps de la fondation de Sylvaria, » expliqua-t-il. « Elles offrent un intérêt archéologique majeur. »
Des drones survolaient les salles, cartographiant chaque recoin.
— « Par la Sainte Sylvie ! » s’exclama Margot, émerveillée.
Sylvie, les yeux brillants de curiosité, se tourna vers Olivier.
— « Et maintenant, que fait-on ? »
Olivier sourit, malgré la fatigue.
— « Nous continuons à chercher. Il y a encore beaucoup à découvrir. »
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Épilogue Temporaire
Alors qu’ils remontaient vers la sortie de la crypte en direction des cuisines inférieures, Olivier expliqua que tout serait bientôt emporté pour analyse et expertise.
— « Les premiers résultats devraient arriver assez rapidement, » dit-il. « L’analyse du matériel informatique prendra plus de temps, tout dépendra des niveaux de protection des données. »
Sylvie hocha la tête. « Et la porte de la chambre forte ? »
— « Une fois que tout sera dégagé, nous l’ouvrirons, » répondit Olivier. « Soit en la forçant, soit en réussissant à l’ouvrir manuellement. Mais des précautions spéciales seront mises en place. On ignore tout de son contenu. Des experts en magie et en enchantements seront aussi consultés, bien qu’il n’y ait pas grand-chose à en attendre... »
Ils atteignirent enfin les cuisines inférieures, où l’agitation était toujours palpable. Olivier se tourna vers elles avant de les quitter.
— « Et Flamme et Long ? Comment vont-ils ? »
Sylvie sourit.
— « Ils ont dormi jusqu’à tard ce matin, puis se sont levés pour aller jouer à leurs jeux habituels dans les couloirs. »
Olivier pouffa de rire, avant de se reprendre brusquement, comme s’il venait de se souvenir de quelque chose. Sylvie le regarda, intriguée.
— « Qu’y a-t-il ? »
— « Rien, » mentit-il. « Juste la fatigue. »
En réalité, Olivier était parfaitement au courant des concours de pets que Flamme et Long organisaient régulièrement dans les couloirs du palais. Cela lui causait d’ailleurs quelques problèmes, notamment avec les domestiques qui se plaignaient souvent de l’odeur sans comprendre d’où cela pouvait bien venir. Mais il gardait cela pour lui, préférant ne pas gâcher l’insouciance des deux dragons. Il faudra que je m’en occupe un jour, pensa-t-il en soupirant intérieurement.
— « Ensuite, ils sont allés faire la sieste, » poursuivit Sylvie. « Ils sont actuellement dans les jardins. »
Olivier se réjouit de les savoir insouciants. « Tant mieux. J’ai fait obstruer définitivement le soupirail, et les autres conduits repérés par le drone hier sont en train d’être cartographiés. »
Il les salua d’un signe de tête avant de retourner vers la crypte, où son travail l’attendait encore.
Sylvie et Margot regagnèrent l’aile des appartements, déterminées à aider Damoiselle Sibylle à soigner ses nerfs. La pauvre jeune femme était toujours sous le choc, et elles espéraient que leur présence rassurante l’aiderait à retrouver un peu de calme.

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