92. Le Conseil du Roi :  Un Complot Oublié

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Le Préambule Solennel

La princesse Sylvie sent son cœur battre plus vite lorsque son père, le roi Lothair Théodoric Armandor, se lève lentement de son trône. Le silence dans la salle est si profond qu’on pourrait entendre une plume tomber. Tous les regards sont rivés sur lui, et même les plus puissants seigneurs et généraux semblent retenir leur souffle.

Le roi porte une main à sa poitrine, puis la tend vers l’assemblée, paume ouverte, comme pour offrir ses mots au Conseil tout entier.

« Nobles seigneurs, fidèles serviteurs de Sylvaria, et vous, envoyés de Valoria, » commença-t-il d’une voix grave et mesurée, « nous sommes réunis aujourd’hui en ce lieu pour faire face à une vérité qui met à mal les fondements mêmes des royaumes de Sylvaria et de Valoria. »

Il marque une pause, laissant ses paroles résonner dans la salle avant de poursuivre :

« Un laboratoire secret, dissimulé depuis près de 25 ans dans les cryptes oubliées de ce palais, a été découvert. Ces cryptes, que beaucoup croyaient disparues, renfermaient des machines et des appareils d’une grande sophistication. »

La princesse Sylvie observe les réactions autour d’elle. Le Duc Aldric de Montclair serre légèrement les poings, tandis que la Duchesse Éléonore de Valombre incline imperceptiblement la tête, comme si elle écoutait avec une attention particulière. La Grande Duchesse Isolde, quant à elle, garde une expression impassible, mais ses doigts effleurent imperceptiblement le pommeau de son trident.

« Ce laboratoire, abandonné depuis treize ans a été découvert il y a un peu moins de deux mois. Nos experts ont passé ces dernières semaines à examiner chaque artefact, chaque document, chaque trace laissée par ceux qui ont occupé cet endroit. » Le roi fait un geste vers le centre de la table, où un parchemin scellé est posé. « Et ce que nous avons découvert est plus grave que tout ce que nous aurions pu imaginer. »

Il se tourne vers les envoyés de Valoria, dont les visages restent indéchiffrables.

« Un ordinateur portable, retrouvé sur place, contient des preuves accablantes de la responsabilité du royaume de Valoria dans cette affaire. »

Un brouhaha parcourt l’assemblée. La princesse Sylvie voit le Prince Olivier, assis parmi les dignitaires, ne pas broncher, mais son regard semble s’assombrir.

« Ces preuves montrent clairement cependant que ce complot ne visait pas à porter atteinte au royaume de Sylvaria ni à ses intérêts. Il avait pour but l’acquisition de connaissances scientifiques d’une façon contraire à l’éthique scientifique et a été fomenté à l’insu des souverains et du gouvernement de Valoria. Il n’impliqua que son précédent ministre de la Guerre, l’instigateur, et une poignée de fonctionnaires civils et militaires. Depuis ces dernières semaines, ils ont tous, tout au moins pour ceux encore vivants aujourd’hui, été arrêtés pour haute trahison et un grand nombre de perquisitions sont en cours. Enfin, l’activité de ce groupe subversif avait totalement cessé il y a treize ans, à la mort de la scientifique renégate qui en était le cœur. »

Le roi marque une nouvelle pause, son regard balayant l’assemblée avec une gravité solennelle.

« En outre, nous tenons à remercier le royaume de Valoria d’avoir dépêché trois envoyés extraordinaires, munis de pouvoirs plénipotentiaires, dans le cadre de la gestion et de la résolution de cette affaire. Leur présence ici aujourd’hui témoigne de l’engagement commun de nos deux royaumes à rétablir la vérité et à préserver la paix. »

La princesse Sylvie sent comme un frisson. Trahison. Expériences interdites. Un laboratoire secret. Tout cela semble trop énorme pour être vrai. Cependant, elle hoche légèrement la tête, appréciant la diplomatie de son père.

« Mais ce n’est pas tout. » La voix du roi devient plus grave. « Nous avons également découvert des preuves de l’implication d’une autre puissance étrangère, hostile. Ces prolongements inattendus menacent désormais notre sécurité. »

Un silence lourd s’installe. La princesse Sylvie jette de biais un coup d’œil à sa mère, la reine Sylvie, dont le visage restait serein.

« Ces révélations sont graves, et elles exigent des mesures tout aussi graves. » Le roi se redresse, sa voix prenant une tonalité plus ferme. « Je demand au Prince Olivier de Valoria, Héritier du trône de Valoria et Directeur des Services Conjoints de Contre-Espionnage, de nous présenter les éléments que les enquêtes en cours ont permis d’obtenir à ce jour. »

Il fait un geste en direction du prince Olivier, qui se lève lentement, son armure noire brillant sous la lumière des éclairages.

« Prince Olivier, la parole est à vous. »

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L’histoire d’une Vie Gâchée

La princesse Sylvie sent son cœur battre plus vite. Qu’allait-il révéler ? Elle se redresse légèrement sur son siège, déterminée à ne rien manquer de ce qui allait suivre.

Le Prince Olivier se lève lentement, son armure noire brillant sous la lumière. Son regard balaye l’assemblée avant de se poser sur le roi, puis sur la reine. La princesse Sylvie retient son souffle, sentant l’intensité du moment.

« Très nobles seigneurs, illustres dames, et vous, éminents représentants de Valoria, » commença-t-il d’une voix calme mais ferme, « permettez-moi de vous exposer les conclusions de nos investigations à ce jour. »

Il fait un geste vers un parchemin déroulé sur la table, couvert de notes et de schémas complexes.

« Le corps retrouvé dans le laboratoire secret appartenait à la Doctrix Seraphina, qui fut plus connue sous le nom de Seraphina la Harmonicienne, membre de la Guilde des Physiciens. »

Un murmure parcourt l’assemblée. La princesse Sylvie reconnait ce nom – elle avait entendu parler de cette scientifique controversée lors de ses études. Seraphina la Harmonicienne, disparue sans laisser de traces il y a environ 13 ans en laissant derrière elle des recherches inachevées et des rumeurs persistantes. L’expérimentation sur les licornes… Des fragments de ses notes circulent toujours parmi les mythobiologistes peu scrupuleux, tentés de relancer ses expériences interdites.

« Prodige scientifique, spécialiste en physique ondulatoire, la Doctrix Seraphina obtint son doctorat à l’âge de vingt-cinq ans. Ses travaux révolutionnaires portaient sur l’effet de certains champs électromagnétiques pulsés sur Equus mythicus unicornis – les licornes. »

La princesse Sylvie sent son estomac se nouer. Des expériences sur les licornes ? C’est interdit par la Guilde des Physiciens ! Et la législation sylvarienne reconnaît explicitement que les licornes ne peuvent exister que dans un état de liberté totale.

Le Duc Aldric de Montclair fronçe les sourcils, tandis que la Comtesse Éléonore de Valombre échange un regard inquiet avec la Vicomtesse Isolde.

« Ses recherches démontraient que ces champs pouvaient perturber, voire bloquer, et selon toute vraisemblance contrôler la maîtrise par les licornes de leurs capacités surnaturelles défensives et de téléportation. »

La princesse Sylvie sent un frisson lui parcourir l’échine. Bloquer les pouvoirs des licornes ? Les contrôler ? Cela signifiait que les licornes, ces créatures sacrées et protectrices, pouvaient être manipulées…

« Cependant, ses méthodologies expérimentales non respectueuses de la volonté des licornes et ses positions éthiques condamnables lui valurent d’être écartée par sa Guilde, bien que non renvoyée. Reléguée à des postes peu prestigieux, elle fut un jour contactée en secret par une division occulte du ministère de la Guerre de Valoria qui lui proposa de financer la reprise de ses travaux. »

Sylvie sent une vague de colère monter en elle. Même si ces individus agissaient à l’insu de l’autorité royale, comment des valoriens ont-ils pu soutenir de telles expériences ? Et pourquoi ?

Le Prince Olivier marque une pause, laissant ses mots faire leur effet.

« Pour des raisons que nous ne comprenons pas encore, le laboratoire secret fut installé dans les cryptes oubliées du palais de Sylvaria. Opération techniquement complexe et risquée, mais faisable pour les services valoriens, qui ont toujours eu accès à l’ensemble du royaume de Sylvaria. »

Le Duc Gauvain des Grandes Plaines serre les poings, son visage devenant pâle. Encore ces Valoriens envahissants !

« Ce travail a duré presque douze ans. »

Un cri étouffé s’échappe de l’assemblée. Douze ans ? Comment une telle opération avait-elle pu rester secrète si longtemps ?

« Pendant toutes ces années, en dehors de toute déontologie scientifique, Seraphina la Harmonicienne obtint d’importants résultats. Ces résultats, qu’elle transmettait à la division occulte du ministère de la Guerre de Valoria, nous les avons récupérés -un volume considérable- et ils sont toujours en cours d’étude. Ils visaient à permettre la mise au point de nouveaux types d’armes dévastatrices basées sur les capacités défensives des licornes. »

Un silence lourd s’installe. Sylvie sentit son cœur battre à tout rompre. Des armes dévastatrices ? Cela dépassait tout ce qu’elle avait pu imaginer. Comment avons-nous pu laisser cela arriver ?

Le roi et la reine restent impassibles, leurs regards scrutant les assistants. Sylvie observe les réactions autour d’elle : le Duc Aldric semblait prêt à exploser, la Duchesse Éléonore avait pâli, et même le Grand Chambellan Théodore le Sage semblait troublé.

Le Prince Olivier poursuit, sa voix devenant plus grave :

« Tout cela a pu être connu grâce aux informations récupérées dans son ordinateur personnel ainsi que les serveurs de données récupérés. Tout comme les circonstances de sa mort. »

Il marque une pause, laissant le poids de ses mots s’installer.

« Alors que ses travaux progressaient depuis plus de dix ans, Seraphina la Harmonicienne avait été contactée moins d'un an avant sa mort par une nation ayant eu connaissance de certains de ses résultats. Au terme de nombreux échanges ils définirent les termes d’une collaboration pour un travail du même genre, mais cette fois sur des spécimens de dragons nains exfiltrés illégalement du royaume de Cathay, auxquels ils avaient accès. »

La princesse Sylvie se fige. C’est donc ainsi que son pauvre Flamme était arrivé chez eux. Elle sent une tristesse infinie l’envahir, les larmes lui montent aux yeux. Elle fait un immense effort pour se reprendre.

Un frisson parcourt l’assemblée. Plusieurs membres du Conseil se lèvent à moitié, des murmures de stupeur s’élevant de toutes parts. Des dragons nains ? Du royaume de Cathay ?

« Ses dernières notes indiquent qu'un rendez-vous avait été convenu pour qu'ils puissent lui remettre deux spécimens d'œufs de dragons nains, un mâle et une femelle. On suppose qu'elle s'est rendue au rendez-vous, a pu récupérer les spécimens, dont les caisses servant à leur transport ont été retrouvées dans son laboratoire, mais que quelque chose s'est mal passé. Elle a été grièvement blessée mais malgré tout a pu revenir à son laboratoire, pour cependant y décéder de ses blessures. »

La princesse Sylvie se surprend à penser : Que de talents, de vies gâchées ! Cette femme aurait pu accomplir de belles et grandes choses si elle n’avait pas basculé. Finir ainsi… Mais qui a pu l’attaquer ? Et pourquoi ?

Le Prince Olivier fait un signe de tête au roi, indiquant qu’il avait terminé. Le roi se lève alors, son regard balayant l’assemblée avec une gravité solennelle.

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Les Décisions du Roi

« Nous voilà face à une trahison d’une ampleur inédite. Mais nous ne sommes pas sans ressources. »

Le roi marque une pause, laissant ses mots imprégner l’assemblée avant de poursuivre :

« Puisque le lointain royaume de Cathay a été notoirement impliqué dans cette affaire, des dispositions ont déjà été prises pour leur transmettre toutes les informations les concernant et mettre en place une collaboration conjointe entre nos royaumes. »

Un murmure parcoure la salle. Le roi continue, d’une voix ferme et mesurée :

« A cette fin, les autorités cathayennes ont déjà informé le Royaume de Sylvaria de la nomination d'une ambassadrice extraordinaire auprès du Royaume de Sylvaria, Dame Mei-Ling, qui était jusqu'ici responsable de la coordination artistique avec le Ministère des Affaires Culturelles de Sylvaria. Elle prendra officiellement ses fonctions dans quelques jours. »

Sylvie sent son cœur bondir dans sa poitrine. Mei-Ling ? Sa chère amie, celle qui avait sauvé Flamme, son dragon nain ? Elle allait revenir ? C’était donc cela la merveilleuse nouvelle qu’Olivier lui avait évoquée.

Un sourire éclaire son visage, et elle sent une chaleur réconfortante l’envahir malgré les sombres révélations qui venaient d’être faites. Mei-Ling va revenir ! Elle imagine déjà leurs retrouvailles, les histoires qu’elles pourraient partager, et la joie de Flamme en revoyant son amie.

« Le Prince Olivier de Valoria, Directeur des Services Conjoints de contre-espionnage, coordonnera la poursuite des investigations relatives au laboratoire de la crypte ainsi que celles concernant l'ancienne division occulte du Ministère de la Guerre de Valoria. »

Le Prince Olivier incline légèrement la tête en signe d’acquiescement, son regard impassible balayant l’assemblée avec une détermination inébranlable.

« Enfin, aucune tentative d'ouverture de la vaste chambre forte du laboratoire de la crypte ne sera faite avant que toutes les données présentes dans les systèmes informatiques récupérés n'aient été analysées. »

Sylvie sent une pointe de curiosité. La vaste chambre forte du laboratoire. Il n’en avait pas été question jusqu’ici. Que pouvait-elle bien contenir ?

Le roi marque une nouvelle pause, son regard balayant l’assemblée avec une gravité solennelle.

« Ces mesures sont nécessaires pour garantir la sécurité de nos royaumes et la transparence de nos actions. Nous ne tolérerons aucune ombre sur nos alliances ni sur nos engagements envers la vérité et la justice. »

Avec ces mots, le roi se rassoit, et la salle du conseil résonne d’un murmure approbateur.

La Reine Sylvie se lève alors avec grâce. Un silence solennel tombe sur l’assemblée, qui tel un seul homme se lève, les courtisans, les conseillers et le roi lui-même. Tous écoutent, la tête respectueusement baissée, avec la plus grande attention.

La reine, d’une voix claire et mélodieuse, prononce alors les mots sacrés, gravés dans la mémoire de Sylvaria depuis des millénaires : — "Par la grâce des esprits anciens et le serment de nos aïeules, la séance est ajournée. Que les montagnes veillent, et l’océan se tienne calme. Le conseil reprendra dès cet après-midi à la cinquième heure, uni par la sagesse et la loyauté."

La reine Sylvie tourne lentement sur elle-même, son regard balayant l’assemblée avec bienveillance. Puis, d’un mouvement fluide, elle quitte la salle, suivie par les regards émerveillés de tous. La séance est bel et bien ajournée, mais l’écho de ses paroles résonne encore, rappelant à chacun le poids sacré de leur devoir.

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La Fin de la Réunion : Une Leçon d'Ombre et de Pouvoir

La salle de Jade, jusqu’ici solennelle, s’est transformée en un chaos de murmures et de chuchotements. Des groupes se forment spontanément, les courtisans échangeant des regards complices ou inquiets, les mains agitant des parchemins, des notes, ou des assistants personnels. Les envoyés valoriens, reconnaissables à leurs tuniques noires brodées d’argent, discutent avec animation, tandis que les émissaires du roi, visages fermés, semblent peser chaque mot avec prudence.

Au centre de ce tourbillon, la princesse Sylvie se sent soudain minuscule, presque invisible. Sa mère, la reine, a disparu dans un bruissement de soie, emportant avec elle l’autorité tranquille qui maintenait l’ordre. Le roi, quant à lui, est entouré d’une nuée d’hommes graves, leurs voix basses trahissant des négociations tendues. Les mots "Valoria", "crypte", et "armes" lui parviennent par bribes, mais rien n’est assez clair pour apaiser son esprit troublé.

"Pourquoi personne ne me parle ? Pourquoi suis-je mise à l’écart ?"

Elle serre les poings, sentant une frustration familière monter en elle. Elle n’est pas une enfant qu’on peut écarter d’un revers de main. Pourtant, ici, dans cette cour où chaque mot est pesé, chaque regard calculé, elle se sent comme un pion dont on décide du sort sans même daigner l’informer.

C’est alors que l’émissaire du prince Olivier réapparaît à ses côtés, son expression indéchiffrable. — "Veuillez me suivre, Votre Altesse." Sa voix est douce, mais ferme, laissant peu de place à la discussion. Sylvie hésite une seconde, puis hoche la tête. Elle n’a pas vraiment le choix.

Ils quittent la salle par une porte latérale, si discrète qu’elle aurait pu passer inaperçue. Les couloirs qu’ils empruntent ensuite sont étroits, sinueux, à peine éclairés par des lumières trop faibles. L’air y est chargé d’une odeur de pierre ancienne et de cire. Sylvie se demande combien de secrets ces murs ont entendus, combien de complots ont été ourdis dans l’ombre.

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Les Réflexions de Sylvie : La Prise de Conscience d’une Future Reine

Alors qu’elle marche en silence, les paroles de sa mère lui reviennent en mémoire. "Une reine n’est pas celle qui commande, mais celle qui inspire. Une reine n’est pas celle qui règne, mais celle qui préserve."

Elle comprend soudain que sa mère n’a jamais été absente des décisions. Bien au contraire. Chaque fois que le roi a pris la parole, chaque fois que le Prince Olivier a annoncé une décision, c’est parce que la reine avait déjà orienté les choses dans la bonne direction. Assise avec une dignité tranquille, elle observait tout sans intervenir. Pas un mot n’a franchi ses lèvres, pas un geste n’a trahi ses pensées. "Elle dirigeait tout, sans même avoir besoin de parler." Elle observait simplement les événements se dérouler comme elle l’avait prévu.

Cette idée frappe la princesse avec une force inattendue. Toute sa vie, elle a vu sa mère agir avec une calme assurance, comme si elle savait toujours exactement ce qui allait se passer. Aujourd’hui, elle comprend enfin pourquoi.

La reine ne gouverne pas par la force ou les déclarations spectaculaires. Elle est celle qui inspire, en guidant les décisions, sans jamais imposer sa volonté. C’est une danse subtile, un jeu d’influences où chaque mot, chaque silence, chaque regard compte.

Et c’est cela, la vraie puissance de la reine de Sylvaria.

"C’est cela, le vrai pouvoir."

La princesse Sylvie sent une détermination nouvelle l’envahir. Elle ne veut plus être la princesse impulsive, celle qu’on écarte parce qu’elle ne comprend pas les règles du jeu. Elle veut être une reine. Une reine comme sa mère.

Et pour cela, elle doit grandir. Pour cela, elle doit apprendre à voir au-delà des apparences. Le vrai pouvoir ne se manifeste pas par des discours enflammés ou des actes éclatants. Le vrai pouvoir écrit ces discours et prépare ces actes. Il dirige sans que personne ne sache vraiment qu’on dirige.

Elle comprend maintenant pourquoi on l’a convoquée. C’est parce qu’elle a encore beaucoup à apprendre. Pour voir, entendre et apprendre. Et elle est déterminée à le faire.

Quand ils arrivent enfin devant un mur nu, l’émissaire s’arrête et se tourne vers elle.

"Le prince Olivier vous demande de regagner vos appartements. Vous n’aurez pas à assister à la séance de l’après-midi." Il marque une pause, comme s’il attendait une réaction, puis il ouvre un panneau dissimulé dans le mur, révélant derrière lui le grand hall d’entrée de l’aile des salles de réunion.

"Bon retour, Votre Altesse."

Et il disparaît, la laissant seule, un peu désorientée.

— "Je reviendrai," pense-t-elle. "Et un jour, ce sera moi qui guiderai les événements."

Alors qu’elle s’avance dans le hall, Margot et les trois servantes la repèrent immédiatement et se précipitent vers elle. Leurs visages expriment un mélange d’inquiétude et de curiosité.

— "Votre Altesse ! Nous nous faisions du souci !" s’exclame Margot, posant une main rassurante sur son bras.

Mais Sylvie ne répond pas tout de suite. Son esprit est ailleurs, tourné vers les énigmes de cette cour impénétrable.

Elle serre les dents. Elle veut des réponses. Elle veut comprendre.

Mais pour l’instant, elle n’a qu’une certitude : elle ne se contentera plus d’être une spectatrice passive.

Elle est une princesse.

Elle sera une Reine.

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