112. Comment Flamme et Long Aidèrent la Princesse

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La quinzaine de jours de confinement de la princesse Sylvie dans ses quartiers fut un véritable théâtre d’ombres et de lumières, où chaque pas de Sylvie était accompagné d’un chœur discret mais indéfectible : les deux petits dragons nains, Flamme et Long, venus de la lointaine Cathay, veillaient sur elle comme des gardiens de feu et d’or. Leurs écailles de Flamme luisaient comme des feuilles de jade sous la rosée du matin et celles de Long comme des filaments d’or.

Leur course échevelée à la poursuite de la princesse jusqu’aux lointaines cryptes sous le palais leur avait valu de perdre quelques écailles, qui avaient commencé à repousser. Cela avait tendance à les rendre plus ensommeillés que d’habitude. Mais à tous moments de la journée, il était possible d’entendre le bruissement doux de leurs petites ailes qui s’agitaient dans un recoin ou un autre des appartements de la princesse, et se mêlait au souffle du vent qui traversait les galeries et les couloirs.

Tandis que la princesse Sylvie luttait contre la raideur de ses articulations et le découragement, les deux petites silhouettes écailleuses se glissaient furtivement entre les colonnes de marbre et les rideaux de soie. Flamme et Long, bien qu’ils ne fussent que de petites créatures, occupaient une place immense dans le cœur de la princesse et lui procuraient réconfort et encouragement dès qu’elle les apercevait ou qu’elle les entendait. Quant à eux, leurs yeux pétillants suivaient chaque mouvement de la princesse, et leurs petits grognements ponctuaient le silence des couloirs.

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La Princesse et ses Dragons Nains

Chaque matin, dès que le réveil sonnait, Flamme se glissait silencieusement du rebord du lit où il aimait dormir pour monter sur l’oreiller dans lequel la princesse enfouissait sa tête et se frotter contre ses cheveux.

"Grrrr…", grondait le petit dragon vert, (Traduction approximative : "Je veille sur toi, ne crains rien")

Pendant ce temps, Long, le dragon doré, se lovait sur ses genoux ou contre son dos.

"Grrrr…", faisait-il, (Traduction approximative : "Réveille‑toi, ma princesse ! Le feu est prêt à t’accompagner dans ta quête.").

Ensemble, ils formaient un duo de chaleur et de lumière qui contrastait avec la morosité et les frustrations du quotidien de la princesse et lui donnaient un peu de courage pour se lever.

Leurs petites habitudes devinrent rapidement des rituels.

Après le départ de l’équipe médicale, ils entraînaient la princesse avec eux pour leur faire faire « la promenade » dans les couloirs et en faisant le tour de la rotonde, tout au long de la galerie et de sa colonnade. Ils couraient, gambadaient, sautaient sur ses genoux, et parfois elle faisait la course en fauteuil avec eux.

Là, ils partageaient avec elle en secret les délicieux gâteaux au miel que Margot leur apportait des cuisines du palais et qu’ils apportaient à leur maîtresse. Sylvie, en mâchant le biscuit sucré et tout en appréciant ce plaisir défendu, lançait un regard espiègle à ses compagnons écailleux :

"Vous avez l’air d’un couple de gourmets royaux."

Et les deux dragons, ravis, répondaient :

"Grrrr…", (Traduction approximative : "Nous sommes les critiques gastronomiques les plus exigeants").

Leurs petites pattes griffues s’enroulaient autour de la jambe de la princesse, comme pour la remercier de partager leurs gâteaux avec eux.

Quand le soleil s’attardait sur les jardins suspendus des immenses balcons de la princesse, Flamme et Long s’élançaient dans les allées parfumées, leurs queues frétillant comme des rubans d’argent.

Ils couraient après les papillons aux ailes irisées, les attrapant délicatement avant de les relâcher au vol, leurs petites flammes crépitant à chaque battement d’aile comme un feu d’artifice miniature.

Plusieurs rampes inclinées avaient été installées pour la princesse afin qu’elle puisse franchir en fauteuil roulant les quatre larges marches qui descendaient et donnaient accès aux balcons ainsi que d’autres endroits où le sol n’était pas au même niveau. Et Sylvie, assise sur son fauteuil, les suivait et les observait avec un sourire qui, malgré parfois la douleur, trahissait une affection profonde.

"Vous êtes les seuls à pouvoir transformer une simple brise en spectacle", murmura‑t‑elle, tandis que Long, satisfait, laissait échapper :

"Grrrr…", (Traduction approximative : "Nous faisons danser le vent à notre guise").

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L’activité Subversive Secrète

Mais certaines nuits, lorsque le silence s’étirait doucement sur le palais, et, tandis que la princesse Sylvie s’abandonnait aux rêves, épuisée par sa convalescence, deux petites ombres luisantes — Flamme, écaille verte, et Long, écaille dorée — se préparaient à leur rituel secret.

Leurs ailes créaient un léger bruissement qui se perdait dans le murmure des colonnes et le clair-obscur des couloirs.

Leurs corps, luisants comme du jade et de l’or, se glissaient furtivement dans les couloirs, cherchant l’endroit le plus propice.

Dans les couloirs, la galerie, la rotonde ou sur les balcons, au cœur de la nuit, loin des regards scrutateurs, les deux dragons organisaient leur jeu secret : le concours de pets.

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Sous la Galerie

La galerie, avec son plafond voûté et son acoustique naturelle, était le théâtre idéal. Flamme s’installa près d’une colonne de marbre blanc, tandis que Long prit position à l’autre bout, à l’abri d’un lampadaire de bronze. Le premier PCHHT ! de Flamme, libéré dans la pénombre, produisit un nuage de fumée rose pâle qui s’éleva avant de se dissiper.

Long, en réponse, fit jaillir une gerbe violette qui scintilla brièvement avant de se fondre dans l’air. Leurs petits rires s’accompagnèrent d’un « Grrrr… », (Traduction : « Autant en emporte le vent ! »).

Mais un soir, Damoiselle Sibylle, qui rendait visite à Sylvie en fin de journée, quitta la princesse bien plus tard que d’habitude. Damoiselle Sibylle, le plus souvent d’une rigueur quasi militaire, arpentait les couloirs avec son éventail de dentelle, prête à corriger le moindre faux pas protocolaire.

Les dragons la croyaient déjà partie depuis longtemps. Mais cette nuit-là, ce n’est que très tard qu’elle traversa la galerie pour descendre ensuite par l’escalier de la rotonde, à l’instant où les deux dragons libérèrent un gros POUF ! accompagné d’un petit flash orange et d’une légère odeur de soufre qui se propagea dans l’air immobile de la nuit.

Sibylle s’arrêta, fronça les sourcils et déclara à voix haute :

"Quelque chose brûle… ou… un phénomène étrange ?"

Flamme et Long, sentant le danger, se retirèrent en vitesse, leurs ailes battant frénétiquement dans un souffle. Avant de disparaître, Long lâcha un dernier :

"Grrrr…", (Traduction approximative : "Retraite immédiate !").

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Dans la Rotonde

Une autre fois, conscients que la galerie était trop fréquentée, les deux dragons choisirent la rotonde, espérant que l’acoustique serait aussi bonne.

C’était bien le cas. Et la rotonde, vaste et circulaire, était évidemment déserte la nuit.

Mais un soir, à une heure avancée, Mei‑Ling se dirigeait vers les quartiers privés de la princesse. Elle avait travaillé tard dans un des salons, afin de préparer un traité diplomatique.

L’ambassadrice de Cathay, dont la présence imposait le respect à toute la cour, était redoutée. Sa démarche gracieuse et son regard perçant pouvaient détecter la moindre anomalie. Et les dragons, conscients de leurs origines cathayennes, redoublaient d’efforts pour masquer leurs petites flammes lorsqu’elle était dans les environs.

Flamme, perché sur le rebord d’une fontaine, lança son premier PCHT ! nocturne : un nuage bleu électrique sous la lueur de la lune filtrée par la verrière. Long, à l’opposé, répliqua avec un POF ! vert citron qui créa un flash rose‑fuchsia, accompagné d’une gerbe de petites étincelles.

Les éclairs colorés traversèrent la rotonde. Mei‑Ling, qui sentait le poids de la fatigue peser sur elle, leva les yeux et vit de vagues rémanences lumineuses danser au-dessus du sol poli. Elle s’étonna :

"Qu’est‑ce que… ? Des reflets de projecteurs ? Ou bien… un phénomène surnaturel ?"

L’odeur d’hydrogène sufureux, plus perceptible dans l’air frais de la rotonde, se mêla à la fragrance des fleurs de la verrière, créant une ambiance étrange. Mei‑Ling, intriguée, s’arrêta et regarda alentours, scrutant les ombres sous les rayons de lune.

Flamme, sentant le danger, fit un bref :

"Grrrr…", (Traduction : "Le salut est dans la fuite !") et, avec Long, il se glissa dans une alcôve sombre derrière une statue de marbre.

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Sur les Balcons

Les dragons appréciaient bien sût les balcons, ouverts sur le ciel, et qui semblaient le lieu le plus sûr : leurs flashs lumineux pouvaient passer plus facilement inaperçus et l’air libre dispersait rapidement l’odeur de soufre. Cependant, ils étaient visibles de plus loin : les grandes baies vitrées des appartements de la princesse donnaient sur les balcons, et chaque petit éclair coloré sur les balcons était vaguement perceptible depuis l’intérieur, les chambres privées et même la suite de Mei‑Ling.

Cette nuit-là, Flamme et Long décidèrent de lancer le concours sur le balcon sud, où la vue sur la capitale était la plus spectaculaire.

Flamme, perché sur le rebord, lança un PFFT ! qui créa un flash turquoise sous la lune. Long, à quelques pas, répliqua avec un POUF ! orange‑doré, accompagné d’une gerbe de petites étincelles qui se dispersèrent dans le vent.

Le spectacle lumineux attira immédiatement l’attention. Sibylle, qui venait de passer sur le balcon pour prendre l’air, accompagnée de Mei-Ling, s’arrêta net, les yeux écarquillés.

"Qu’est-ce que c’est ? Un passage de drones ? Ou bien… une manifestation magique ?" s’exclama‑t‑elle.

Le parfum de soufre, bien que plus dilué à l’extérieur, était encore perceptible, surtout près du rebord que les dragons venaient de quitter.

Les deux jeunes femmes, perplexes, commencèrent à échanger des hypothèses.

"Peut‑être une infestation de lucioles ?", proposa Sibylle.

"Ou bien un phénomène alchimique ?", suggéra Mei‑Ling, ne comprenant tout de même pas ce qui pourrait bien en être à l’origine à un endroit pareil.

Flamme et Long, réalisant que leurs éclats lumineux avaient attiré les regards, dans un ultime effort pour ne pas être repérés, se jetèrent simultanément dans l’épaisseur des haies de la pergola, où les vignes argentées les cachèrent momentanément.

Sibylle et Mei‑Ling, très intriguées et légèrement inquiètes, décidèrent durant les trois nuits suivantes de mener une enquête plus approfondie.

Elles examinèrent les alcôves, les conduits d’aération, les haies de la pergola et interrogèrent même les serviteurs. Mais chaque fois, les preuves s’évaporaient comme la brume du matin : aucun fragment de feu, aucune trace de créature, seulement des impressions de lumières étranges et d’odeurs passagères.

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Le soutien à la Princesse

Malgré ces appréhensions, les moments de complicité persistaient.

Lors d’une soirée la princesse, frustrée comme tous les soirs de ne pas avoir eu son souper ni même un simple petit verre de vin chaud, arrêta son fauteuil contre la balustrade en marbre des balcons pour regarder les jardins et la capitale en contrebas.

Flamme, qui aimait les câlins, se blottit contre son genou, tandis que Long, toujours curieux, s’enroula autour de son bras.

Sylvie, en caressant leurs têtes, murmura :

"Vous aurez été mes gardiens de feu, mes éclats d’or. Sans vous, ces jours seraient bien plus sombres."

Les deux dragons, fiers, répondirent :

"Grrrr…", (Traduction approximative : "Nous sommes toujours là, même quand les ombres s’allongent"), leurs petites flammes intérieures scintillaient doucement comme des lucioles dans la nuit.

Ainsi, au fil des jours, alors que la princesse luttait contre la morosité et le découragement, Flamme et Long demeuraient les témoins silencieux de ses moments perdus.

Leurs jeux, leurs gourmandises, leurs courses dans les jardins, et même leurs compétitions secrètes, formaient un fil d’or et de jade qui reliait la princesse à son monde, rappelant que même dans la convalescence la plus longue, la chaleur d’un petit dragon vert et la lueur d’un dragon doré suffisent à illuminer le chemin vers la liberté.

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