Chapitre 53 - Nah, nah, nah, nah... Et là Panthère Rose

3 minutes de lecture

Le premier vrai rencard.

Le vrai de vrai.

Pas la plage. Pas le surf. Pas Villa Maria. Pas les burgers. Pas les courses à Auchan. Pas les pique-niques émotionnellement dangereux.

Non.

Le rencard officiel.

Et honnêtement, ni Luna ni Emmanuel ne savaient vraiment comment se comporter. Parce que le problème quand deux personnes deviennent naturellement proches, c’est qu’elles sautent souvent directement les étapes.

Ils arrivèrent dans une petite pizzeria perdue dans une rue calme de Caparica.

L’endroit était ridiculement romantique.

Des fleurs partout. Des petites lumières suspendues. Des bougies. Des roses sur les tables.

Le genre d’endroit où un célibataire entre et ressort immédiatement avec une crise existentielle.

Luna regarda autour d’elle.

— Mon Dieu.

— Quoi ?

— On dirait qu’un fleuriste est tombé amoureux d’un décorateur italien.

Validation immédiate.

Ils s’installèrent. Emmanuel commanda une Diavola. Luna une Caprese. Ils prirent également une bouteille de vin rouge portugais.

Le vin était excellent.

Vraiment excellent.

Luna observa longuement l’étiquette.

— Le vin est incroyable.

— Oui.

— Mais le logo est affreux.

— Luna...

— Non mais sérieusement.

Elle attrapa la bouteille.

— Qui valide ça ?

Emmanuel riait déjà.

— Tu peux pas juste boire le vin ?

— Non. Je suis designer. C’est une maladie professionnelle.

Le serveur passait justement devant leur table.

— Tout va bien ?

— Oui. Le vin est excellent. Le logo est catastrophique.

Le serveur resta silencieux deux secondes avant d’éclater de rire.

Le repas continua tranquillement.

Ils parlèrent de peinture, de surf, de littérature, de leurs enfants, de leurs rêves. De ces choses simples qui deviennent passionnantes lorsqu’on les partage avec la bonne personne.

Et Emmanuel remarqua quelque chose.

Encore.

Cette facilité.

Cette fluidité.

Avec Luna, il n’avait jamais besoin de chercher quoi dire. Jamais besoin d’impressionner. Jamais besoin d’être quelqu’un d’autre.

Et plus la soirée avançait, plus il réalisait à quel point cette sensation était rare.

Très rare.

Puis Luna termina son verre.

— Allez.

— Quoi ?

— Deuxième étape.

Très mauvais signe.

Quinze minutes plus tard, ils arrivaient devant un bar complètement improbable, perdu en retrait de Caparica.

Une enseigne lumineuse fatiguée.

Des motos garées devant.

De la musique qui faisait trembler les murs.

L’intérieur ressemblait à une collision frontale entre Road House, un bar biker et le Titty Twister de Une Nuit en Enfer après plusieurs années de décadence parfaitement assumée.

Le genre d’endroit où même les tabourets semblaient avoir un casier judiciaire.

Emmanuel regarda autour de lui.

— Ah.

— Quoi ?

— Si quelqu’un se transforme en vampire ici, je ne serai absolument pas surpris.

Luna éclata de rire.

Puis la musique monta.

Et là...

elle changea.

Complètement.

La Colombienne poète.

La mère.

L’artiste.

Tout disparut.

Ne resta que l’énergie.

Brute.

Vivante.

Libre.

Elle dansait.

Pas pour séduire.

Pas pour être regardée.

Pour vivre.

Simplement.

Comme si toute la pression du monde quittait enfin son corps.

Et Emmanuel resta là à la regarder.

Longtemps.

Puis une pensée lui traversa l’esprit.

Bordel...

Salma Hayek aurait demandé un autographe.

Parce que Luna dansait exactement comme elle surfait. Exactement comme elle vivait.

Sans retenue.

Sans permission.

Sans demander à personne si elle avait le droit d’être heureuse.

Le groupe sur scène reprenait maintenant un vieux morceau de rock.

Le chanteur était complètement fou.

Entre deux refrains, il criait :

— NAH NAH NAH NAH !

Puis soudain :

— PANTHÈRE ROSE !

Et le groupe enchaînait trois secondes du thème de la Panthère Rose avant de repartir sur du métal.

Toute la salle explosait de rire.

Même les bikers.

Même le barman.

Même la physique quantique semblait avoir abandonné toute logique.

Et pendant ce chaos magnifique, Emmanuel comprit quelque chose.

Une évidence.

Cette connexion avec Luna n’était pas construite.

Elle n’était pas forcée.

Elle n’était pas négociée.

Elle existait simplement.

Naturellement.

Comme une vague.

Comme une respiration.

Comme quelque chose qui avait toujours été là.

Et honnêtement, il n’avait jamais vécu ça avec une femme auparavant.

Jamais.

Pas comme ça.

Plus tard.

Beaucoup plus tard.

Ils quittèrent le bar.

Fatigués.

Légèrement ivres.

Heureux.

Le vrai heureux.

Pas l’euphorie.

La paix.

La marche jusqu’à Villa Maria se fit presque en silence. Le vent soufflait doucement. L’océan roulait dans la nuit.

Puis ils rentrèrent.

La maison dormait déjà.

Alex ronflait sur un canapé.

Tiago avait disparu dans une dimension parallèle.

Joaquim regardait probablement encore une émission portugaise incompréhensible quelque part.

Et eux n’avaient plus l’énergie pour rien.

Absolument rien.

Ils s’allongèrent simplement.

L’un contre l’autre.

Comme deux êtres humains qui avaient beaucoup trop vécu pour confondre l’amour avec l’agitation permanente.

Pas besoin de parler.

Pas besoin de séduire.

Pas besoin de prouver quoi que ce soit.

Juste la chaleur de l’autre.

Le souffle.

Le calme.

Et avant de s’endormir, Emmanuel eut une dernière pensée.

Une pensée simple.

Peut-être que le vrai bonheur n’était pas spectaculaire.

Peut-être qu’il ressemblait simplement à ça :

s’endormir contre quelqu’un qui vous fait vous sentir vivant.

Annotations

Vous aimez lire Olivier Delguey ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0