Demain, tu ne seras plus, je t'aurai tuée
Minuit passé et j’ai rêvé de toi. Ton sourire comme la promesse de morsures, ton regard jurant des brûlures. J’ai rêvé de toi. À mon réveil, tu n’existais pas.
Demain, j’effacerai ton image. Demain, j’oublierai ton essence, nos doigts entrelacés, nos rires entremêlés. Demain, je nierai ta présence, demain, tu n’existeras pas, demain, demain, tu ne seras plus, je t’aurai tuée. Demain, j’enfoncerai ma haine dans ta poitrine et mon sang dans tes poumons. Je te regarderai t’étouffer, t’essouffler, et mon sourire brisera ma mâchoire. Demain, je te tuerai et je le regretterai.
Après-demain, je te réanimerai. Après-demain, je serai Dieu. J’arracherai mon cœur pour remplacer le tien, je porterai mon souffle à tes lèvres et mes larmes à tes veines. Tu ouvriras les yeux, tes yeux de verre fissuré. Et tu me pardonneras. Le lendemain, tu ne seras plus, je t’aurai tuée.
Demain, ta mort détruira ce qu’il reste de moi. Mon corps s’effondrera devant ton cadavre et ta tombe portera mon nom. Mon esprit se dilatera de chagrin face à ta perte, je hurlerai de douleur jusqu’à la rupture de mes cordes vocales. Les souvenirs seront comme des incendies à ma mémoire, des flammes qui lècheront ma peau jusqu’aux cendres. Demain, je t’aimerai d’être morte. Demain, je te haïrai de t’être laissée tuer.
Demain, tu ne seras plus, et aujourd’hui est comme une longue attente où tu me tortures. J’entends ton rire qui lacère mon épiderme. Tes moqueries accompagnent chaque meurtre. Tu exultes, tu jubiles de mon état psychotique. Ma déchéance est un met délicat dont tu te délectes. Les restes de nos combats gisent sur mes bras, des cicatrices dont tu garderas l’exploit. Tu as balancé des bombes dans mes yeux et des ombres sous mes draps. J’ai perdu la guerre, j’ai perdu nos étreintes, tu as détruit ce qu’il restait de moi, mais peut-être n’y avait-il rien à briser, tout à donner, l’offrande de mon cœur ensanglanté abandonné entre tes doigts.
Oh oui, tu as gagné, je rends les armes, je te les donne, voici toutes mes larmes. La guerre n’a jamais cessé, comme l’océan érode les rochers, l’écume de la mer a tout emporté, toutes les cendres et toutes les beautés.
Ton squelette glisse sous mes ongles souillés. Je recolle les morceaux de ton corps écartelé à l’encre de nos lettres enflammées. Je tisse ta peau à l’ombre de nos baisers. Tu te fais poupée pour échapper à ma détresse. Je recouds, je soude, bientôt tu seras aussi parfaite que tu l’as toujours été. Lorsque je t’offrirai mes yeux, tu me regarderas avec amour. Puis, la haine les pourrira jusqu’à la moelle, jusqu’au prochain pardon dû à ta résurrection.
Demain, j’oublierai le son de ta voix, la sensation de ta peau contre la mienne, les boucles à tes cheveux, ô combien je t’ai aimée, demain, tu disparaîtras, tu n’existeras pas, demain, demain, tu ne seras plus, je t’aurai tuée.
J’ai rêvé de toi alors que l’aurore était levée. À mon réveil, nous nous étions entretuées.

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