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Lorsque je les rejoins, mes frères ont déjà fini leurs corvées. Cone arrive en criant:
"Mais tu étais où? Miss Cana était si énérvée que j'ai dû faire les paquets à ta place!
-Calme toi je suis allée prendre l'air."
Amos court vers nous:
"J'ai eu peur, j'ai cru que tu étais partie sans nous."
Je souris. Amos à beau avoir le même âge que nous, il se comporte parfois comme un enfant. Cone me rapelle à la raison:
"T'as fait quoi encore?
- J'ai refusé de baisser ma manche parce que je crevais de chaud.
-Miss Cana déteste qu' on montre nos marques et tu le sais.
-Et bien moi je déteste les porter!!! M'emportais-je. Je déteste devoir les cacher. Et je déteste les tarés qui nous les ont infligées!
Je me stoppe. Cone continue de me fixer, impassible. Comment peut-il être aussi calme? Il est toujours sérieux et se comporte clairement comme un grand frère. Amos intervient:
"Miss Cana ne pense pas à mal. Tu es en colère mais pas contre eux, contre toi."
Cone et moi le fixons avec de grands yeux. Il nous connait mieux que nous mêmes. C'est même flippant. Le problème c'est qu'il ne connait pas la notion de discretion. Je soupire en replaçant une mèche rebelle.
"Bon, faites comme vous voulez, moi je rentre. Il va bientot pleuvoir."
La pluie a commencé à crépiter lorsque nous atteignions le perron de l'orphelinat. Dans le couloir, j'entends une voix qui nous appelle:
"Eh! Les triplés!"
Je me retourne pour faire face à Agnès et sa bande de crétins.
"Alors les marqués, vous avez pas voulu obéir à Miss Cana? Personne ne va vouloir vous adopter, vilains comme vous êtes.
-Toi non plus, stupide comme tu es, rétorque Cone.
-Je n'ai pas besoin d'être adopté, moi. Mes parents vienderont me chercher dès la fin de la guerre.
-Si'ils sont encore vivants., remarqué-je. Et il y a peu de chance.
-ESPECE DE...!!!"
Amos s'interpose entre moi et elle. Il la fixe de son regard profondément intrusif. Il commence d'une voix calme:
-Tu n'es pas une méchante personne, Agnès. Tu te sens juste impuissante depuis que ton frère est parti au front. Alors tu veux démontrer ta puissance en t'attaquant à plus faible que toi."
Je lève les yeux au ciel. Comment est il possible d'être aussi sage et stupide à la fois? Evidemment, Agnès fait un petit geste de la main et Arthur, une des brutes à sa solde, s'avance et donne un coup rapide mais violent dans la direction d'Amos qui recule aussitôt en se tenant le bras. Pour une fois, il ne l'a pas volée! Mais ma satisfaction s'envole lorsque je me tourne vers lui et remarque ses larmes. Mes yeux se baissent vers son bras. Un liquide rouge s'en échappe. Du sang. Il est blessé et je ne vais pas laisser passer ça.
Je me retourne brusquement et enfonce mon poing dans la ventre d'Arthur. Sans surprise, il riposte et me plaque contre le mur. Une douleur lancinante se glisse dans mon cou. Une profonde entaille le strie. Cet idiot est armé! En effet dans sa main, un bout de verre luit. Tant mieux, je vais pouvoir égaliser les forces. Je le repousse et sors ma propre arme. Je vise avec précision et mon couteau lui entaille le poignet, juste assez pour lui faire lacher son arme. Emile, le second garde du corps d'Agnès, se précipite vers moi. Il n'a pas le temps de m'atteindre, que je lui lance mon couteau de manière à clouer sa manche au mur. Je reste là, le souffle court, au milieu du couloir, mes adversaires battus.
Miss Cana apparait , elle me foudroie du regard, les mains sur les hanches. Je n'attends pas qu'elle m'appelle, pour la suivre jusqu'à son bureau.

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