Chapitre 61 How do I say goodbye
Hey...
Je ne sais pas par où commencer... Tellement de choses sur le cœur et les larmes qui roulent sur les joues...
J’ai la gorge serrée et j’ai l’impression que je vais me noyer... comme si toutes ces choses que je ne dis pas m’étouffaient...
Je suis partie trop vite... comme... comme si une bourrasque soudaine avait emporté la feuille morte un soir d’automne...
Je n’ai pas eu le temps de dire au revoir... mais en même temps, je n’avais pas envie de dire au revoir... pas envie de partir... pas envie de vous quitter...
Pourtant... je devais partir, n’est-ce pas ?
Partir, c’est mourir un peu. Oui... je comprends enfin vraiment ce vers... comme si un morceau de mon cœur était mort ce jour-là...
J’aurais voulu tourner la page de l’âge adulte en toute paix... j’ai été forcée de l’arracher... du bout de mes doigts tremblants...
Ces doigts que vous voyez maintenant sales alors qu’ils se contentent d’aimer... aimer de tout leur cœur... de ce cœur qui vous aime à souffrir désespérément alors qu’il sait que... jamais plus vous ne l’aimerez pareil...
Parfois, je rêve de revenir au passé, revenir à la place qu’on m’a assignée... peut-être pour mon bien... pour ce qu’on pensait être mon bien... mais qui m’étouffait...
L’Enfer... est-ce qu’il n’est pas sur Terre, finalement ? Réaliser, au bout de 19 années de vie, que toutes ces années de vie commune ne valent rien contre la perspective que je puisse aimer ?
Putain ! Je préférerais vous détester, ce serait tellement plus simple, mais je préférerais m’arracher le cœur que de vous infliger une seconde de la souffrance que vous me faites endurer.
Alors non... je ne viendrai pas à Noël... tout simplement parce que ce n’est pas moi que vous voulez voir... c’est la version de moi idéalisée que vous avez toujours voulue...
Cette version qui cachait une enfant traumatisée, qui se privait de manger pour ne pas subir les remarques... qui préférait se taire plutôt que d’oser sortir du rang... se taire même quand la douleur était assez forte pour qu’elle pense à se couper les veines...
Cette enfant qu’on a rejetée parce qu’elle parlait trop fort, aimait trop fort, pensait trop, cherchait trop l’attention, avait trop d’émotions... trop, trop, trop. Toujours trop.
Est-ce que vous m’avez jamais aimée, finalement ? Ou simplement tenté de me modeler pour que je sois la version que vous étiez prêts à aimer ?
Je ne suis même pas sûre de vous envoyer un jour ces mots... parce que oui, j’ai peur, beaucoup trop peur de vous infliger de la peine. Et je sais qu’à votre place (foutue empathie de merde), je serais détruite si l’un de vous me lançait ces mots à la figure...
Finalement, vous n’en avez sûrement rien à foutre.
Comme ces putains de crises d’angoisse, où j’avais beau être allongée en fœtus dans la pièce principale dans l’espoir que l’un d’entre vous me sorte de cette putain de pièce sombre, personne ne bougeait.
Bah oui. La malade. C’est ce que je suis, hein ? Malade d’avoir des émotions, et malade encore plus d’être “partie”. Malade d’aimer.
Pas sûre que j’arrive un jour à accepter que vous êtes responsables de blessures toujours ouvertes que j’essaie tant bien que mal de panser... mais avec quoi...
Pourtant, malgré tout... tout ça... toute cette putain de douleur à la con... eh bien, je vous aime toujours... et s’il fallait mourir pour vous... eh bien, je mourrais... Je m’en fous.
Et cet amour-là... eh bien, il ne vaut rien ? Il ne vaut même pas un message ? Un putain de texto de quinze putain de secondes ? Un appel de cinq minutes ? Juste un “on t’aime” ou “prends soin de toi” ?
Je ne sais pas pourquoi j’attends encore quelque chose...
On est dans la même situation, que je sache... C’est comme s’il n’y avait que vous qui aviez mal, et que moi... eh bien moi, bien sûr, ça va... J’ai “choisi le mal, et bah tant pis” pour moi ?
C’est quand même ouf... je ne sais même plus ce que je voulais vous dire...
Le pire, c’est que j’ai essayé ! Je me suis dit : “Ok, si ça se trouve, ils ont raison, essaie.”
Pendant un an. C’est long, un an. Même plus que ça : un an et demi. J’ai tout laissé. Tout le peu qui me rendait heureuse. Je ne suis pas compliquée.
Mais j’ai décidé d’aimer plus et de m’oublier... quelle belle connerie...
J’aurais coupé ces poignets rouges d’avoir été frottés que vous vous seriez étonnés ! “Oh bah elle allait à la messe et à la communion, et à la confession... Elle allait bien, on ne comprend pas.”
Je vous rirais bien au nez. Aller bien. Quel concept idiot. Je ne sais pas qui a inventé ça, mais c’est idiot. Qu’importe mes choix, il y a toujours des putains de gens pour m’enfoncer des dagues dans le cœur. Comme si le problème, c’était moi.
“Oh bah ne pense pas. Ne réfléchis pas tant. Tu es trop sensible.”
Je ne sais même plus quoi dire... J’ai plus de mots... Je suis vidée.
Je pense juste à tous ces instants que je vais rater, parce que j’aime, putain ! Et c’est illégal, putain ! Le baptême du bébé d’Anne, le mariage de Barth, le bac et les 18 ans de Gonzague, celui de Vivien, Lulu qui devient une femme, et je ne serai pas là pour le voir.
D’ailleurs, ça me fait penser ! La puberté est déjà assez compliquée sans lui imposer vos putains de comportements grossophobes. Foutez-lui la paix, à cette gamine.
Valentin et le collège. Valentin qui fait du sport. Valentin qui fait 1 m 80 et qui me regarde de haut avec son sourire de travers... Valentin tout court, en fait...
Papa et Maman qui deviennent vieux... et que j’écouterai radoter patiemment... juste parce que je vous aime, putain...
C’est quand même pas compliqué...
Pourquoi c’est à moi de faire tous les efforts ? De délier les traumas intergénérationnels que je n’ai pas demandés ? Gérer votre homophobie ? Gérer mon départ et toute ma vie, balancée sans appui dans l’océan de la vie...
C’est pas juste. Je n’ai pas mérité ça. Je n’ai jamais rien demandé de plus que d’aimer... et de rendre les gens heureux autour de moi... pourtant je ne sais même pas si je suis capable de m’aimer, tout court...
Malgré ça... et ça, c’est lourd quand on a 19 ans... eh bien, je sais ce que je veux. Et même si c’est dur, je ne lâcherai pas. Je refuse de vous donner raison.
Je serai heureuse avec ou sans vous. Et ce n’est pas moi qui suis la plus à mal. C’est vous qui me rejetez, et pas l’inverse !
Aime ton prochain comme toi-même. Ne lance pas la pierre. Quelle blague. Comme si des prières et des exorcismes pouvaient “annuler” l’amour.

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