Chapitre 67 A celle que j'ai été
Bonjour ma chérie…
C’est moi. Oui, on est toujours là. Je sais que ce n’est pas facile. Tu as l’impression d’être seule au monde, et la seule raison qui te fait rester est la culpabilité du devoir que tu penses avoir envers les autres.
Je sais que ce n’est pas simple de te regarder dans le miroir sans y voir quelqu’un que tu n’aimes pas. Tu n’aimes pas tes joues rondes, ni ton ventre, ni même tes cuisses.
Alors tu t’affames, n’est-ce pas ? Et chaque fois que tu ressens ce pincement au ventre, cette nausée de vide, ces gargouillements de faim, tu es fière d’avoir tenu le coup.
Et quand le besoin devient trop fort, tu te goinfres. Tu avales toujours plus, en essayant d’ignorer la nausée qui monte, jusqu’à en vomir.
Et puis tu lis toujours plus de porno, comme si le sexe pouvait te faire oublier à quel point tu es malheureuse, à quel point tu n’as pas envie de vivre. Et quand les hormones retombent… tu culpabilises, tu pleures, et les idées suicidaires reviennent en foule.
Rassure-toi, ma chérie. Ce n’est pas encore réglé, mais on apprend, petit à petit, à croiser notre image dans le miroir sans paniquer, à manger sainement, et à avoir une relation plus douce, plus apaisée avec notre sexualité.
Oui, je sais que tu as l’impression que rien n’a plus de sens, que personne ne t’aime, et que chacune de tes crises d’angoisse t’entraîne plus loin encore dans le désespoir.
Tu passes tes journées dans ton lit. Te lever est un calvaire. Prendre une douche ou te brosser les dents devient presque au-delà de tes forces.
Ils essaient de prendre soin de toi. Mais tu as tellement peur de leur faire du mal… Comme si le verre brisé de ton âme allait les couper, les déchirer, les tuer. Ou pire : les torturer en les laissant vivants.
Alors… courage. Je sais que tu ne liras probablement jamais ces mots. Mais tu es forte. Plus forte que tu ne le crois. Tu tiens la route. Pour toi-même, et pour les autres.

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