Chapitre 73 Déréalisation
Ma relation avec le fils aîné de mes parents a toujours été compliquée, aussi loin que je parviens à m’en souvenir. Je pense qu’il n’a jamais vraiment accepté ma naissance.
Il me semble pourtant que nous jouions ensemble quand nous étions petits, et que nous avons eu des moments de complicité.
Des souvenirs sont revenus à ma mémoire le 31 décembre, au cours d’une conversation tardive que j’ai eue avec ma petite amie.
Je me suis rappelée d'événements qui sont arrivés entre nous. Je devais avoir entre huit et dix, et lui deux ans de plus que moi, donc entre dix et douze ans.
C'étaient les vacances d’été, je crois. Il m’a entraînée à jouer ensemble, en secret, dans sa chambre. J’étais heureuse qu’il veuille de moi, partager une intimité qu’il m’avait toujours refusée.
Je n’étais pas vraiment à l’aise, je me souviens avoir eu honte. Je me souviens aussi que ma mère nous à probablement surpris ensemble.
Nos jeux ont duré plusieurs semaines, voire mois. Je ne suis pas sûre, mes souvenirs sont assez flous.
Je sais seulement que le harcèlement, dont je me souviens très bien en revanche, a suivi son entrée en cinquième, après une année scolarisé à la maison.
C’était simple, en un sens : rien de ce que je faisais n’allait jamais. Je m’habillais mal, je parlais mal, je disais n’importe quoi, j’étais moche, grosse, indécente, pute, … Et ainsi de suite.
Pour mes parents et mes frères et sœurs, il s’est toujours agi de dispute d’enfants, d’ados peut-être, mais sûrement pas d’intimidation ou de victimisation.
Quand j’ai osé poser le mot ‘harcèlement’ sur ces années d’adolescence, ma mère a refusé d’entendre ce que j’avais à lui dire. Son fils aîné ne pouvait décemment pas être un putain de bâtard, et sa fille qui se victimise tout le temps se faisait certainement de films.
J’ai abandonné l’idée de lui faire entendre raison. Puis, mon coming out et ses conséquences désastreuses, mon départ précipité de leur maison, la dépression, les discussions, les médicaments, la thérapie. Et les souvenirs sont revenus. Reviennent de plus en plus.
Ma petite amie et moi parlons beaucoup, et je ne me suis jamais étendue sur le sujet de mon harceleur. Je pense que c’était trop dur pour moi.
Mais certains signes ont mis la puce à l’oreille de l’amour de ma vie. Je lui parle aisément de tout, mais pas de lui. Je me fais violer dans mes cauchemars et mes crises d’angoisse. Les hommes me terrifient, - mon géniteur a également une responsabilité -.
Nous avons mis des mots : inceste, agression sexuelle, viol.
J’ai eu du mal, et je suis en période intense de déréalisation. J’ai bloqué toute la partie de la famille dans laquelle je suis née avec laquelle la moindre interaction déclenche crise d'angoisse et cauchemars.
J'en ai parlé aux personnes qui comptent le plus pour moi, parce que j’avais besoin qu’ils me croient pour que ça devienne réel en un sens.
J’ai demandé un rendez-vous d’urgence à ma psychologue et je vais prendre rendez-vous avec mon médecin traitant. Je me sens replonger dans la dépression et l’angoisse et j’ai besoin d’aide, médicamenteuse et psychiatrique.

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