Rencontre imprévue

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Un gout amer dans la bouche, je mis mon portable sur le mode avion.
J’avais répondu à mon amie, je n’avais plus de raison de parler à personne et si Evan appelait, ce serai sur le fixe d’abord. Pour vérifier que j’étais bien à la maison.
De toute façon où aurais-je pu aller ?

* La pharmacie ! *

Grimaçante, à la vue du ciel lourd chargé de pluie qui ne demandait qu’à tomber, je me forçais à aller revérifier dans la salle de bain ce que je savais déjà. Je n’avais plus aucun antidouleur.


Avec un soupir, je me contraignis à passer des chaussettes et un manteau, et à me coiffer rapidement. Chaque mouvement attirant irrémédiablement son lot de souffrance.

Je remerciais la providence d’avoir fait en sorte que grâce à la Covid, le masque sur mon visage pourrait cacher la coupure à mes lèvres et l’hématome qui commençait à se former. Pour le haut de la tempe un simple béret beige dissimulerait ma tête et la plaie que j’avais nettoyé. Le crâne saigne facilement mais en bonne infirmière je savais comme faire pour réparer.

*Jusqu’à quand ? * Cette pensée me fit frissonner. D’un autre côté, je n’avais pas peur de la mort. Je la voyais plutôt comme une libération.

Fermant la porte, après avoir mis l’alarme, je quittais la maison sans avoir pris mon téléphone.
De toute façon j’en avais pour quinze minutes, un peu plus s’il y avait du monde à la caisse, mais vu l’heure onze heures trente, c’était peu probable.

Nous étions près du centre-ville, je n’avais qu’à longer le trottoir.

Passer devant la fleuriste où Evan venait chercher les roses du pardon après les premières corrections, devant la boulangerie où je venais lui chercher des viennoiseries au début pour lui faire plaisir, puis après pour le mettre de bonne humeur le week end, et enfin traverser la place de la mairie pour atteindre la pharmacie.

Une voiture ayant dérapé vivement me fit sursauter en se garant devant moi.

« Annie ! » La voix d’Elise me tétanisa.

« Ben ça alors ! C’est bien toi ! Je te croyais au fond du lit ! » Avec son enthousiasme habituel, elle avait stationné sa voiture, fermé les fenêtres et la portière et bondit hors du véhicule pour me rejoindre. Ou alors étais-ce moi qui était restée figée, suspendue dans le temps ?

« Je… Je… Je vais à la pharmacie. » Balbutiais-je en regardant mes pieds.

J’avais peur de croiser son regard. Peur qu’elle lise ma douleur. Qu’elle pose trop de questions.

Elle avait toujours su me tirer les vers du nez.

« Je vais t’accompagner ! »

Elle avait, d’autorité, glissé son bras sous mon coude pour me soutenir, comme je l’aurais fait pour une malade, mais le mouvement trop rapide m’avait tiré un gémissement.

« Tu as mal ? »

Je me contractais et tentais de refouler la vague de douleur.

« Courbatures. Grippe. » Marmonnais-je.

Pour quelqu’un d’autre cela aurait pu passer, mais Elise était perspicace et me connaissais trop bien. Pourtant elle ne dit rien. Sur le moment, je pensais avoir réussi à la tromper.

C’était moi que je trompais.

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