Respire
Aimer s’engager sur les chemins de campagne fait aujourd’hui de vous un sauvage. Mais je crois malgré tout préférer aux vacarmes des citadins désagréables et à la musique assourdissante, le chant d’un merle noir. Un paysage est tellement plus propice au voyage dans le temps lorsqu’il est dépourvu de toutes les lubies contemporaines. Aucun parking payant. Aucun panneau administratif. Aucune antenne. Simplement ce qui as toujours été là, en dépit de l’avis des hommes. On pensait l’époque toute puissante. On ignorait qu’échapperai à son emprise ces lieux oubliés. Ces échappés sont là, a quelques heures de chez nous. Mais voilà, à 20 ans, la morale populaire impose d’apprécier les boites de nuits, les métros bondés et le tout numérique. Il faut à l’homme contemporain, vivre à toute vitesse. Alors il court. Il ne sait pas où, ni pourquoi. Mais il court. Et jamais n’empreinte ces routes.
Certains ont choisit ce monde, d’autre préfère le fuir. Je ne sais pas lequel de ces deux états est le plus courageux.
Le bruit perpétuel empêche à l’homme de construire son propre monde. Car Dieu réside dans le silence de sa création. Les 9metres carrés Parisiens et les sirènes des ambulances ne permettront jamais de voyager dans ces pensées, ces souvenirs, son roman personnel. La folie qui s’est emparé de l’être humain fait taire la petite voix qui nourrit sa soif de quête sur lui-même. Mais cette voix, comment l’écouter lorsque sa journée se caractérise par le transport, le boulot et le dodo. Il est bien trop occupé à se battre pour se faire une place dans le métro y parvenir. Alors c’est pour l’entendre, que je reviens ici, dans ces lieux déshabités. Là où l’habitant remplace le consommateur. Ou le sourire du boulanger, remplace le râleur du métro. Ou le chant des oiseaux remplace le crie des militants. Ou le silence remplace l’odieux bruit du malheur des hommes.
Alors voilà. Je n’aime pas la ville. J’aime ces petits villages où est défaite la dictature de la mode. Ceux dans lesquels le maire connait chacun de ces habitants, partage avec eux un verre. Toujours dans le même bistrot, ce réseau social de la ruralité. L’administration ne s’est pas encore substituée au bon sens. Pourquoi recourir aux services froids de l’Etat et de son assistanat lorsque votre voisin est là pour vous aider. Dans ces villages, il y a juste assez de monde pour faire attention à chacun d’entre eux.
Si m’émouvoir face à la digne marche du cerf, ou au vol d’un oiseau m’offre de me sentir au plus prêt de ce que doit être un homme, c’est parce qu’en leur présence, j’ai la sensation d’être eux, l’espace de quelques instants.
Si j’aime cette vielle maison, c’est parce qu’y habite de centaines d’années de récits. Parecque l’époque n’a jamais su faire d’elle sa prisonnière. Elle est restée figés dans des décennies d’histoires.
Si il existe encore un seul endroit ou l’empire sur soi-même est encore possible. S’il subsiste un lieu, une poésie, un chant qui permettent de s’évader de cette prison, c’est bien ce petit chemin de forêts, vaguement recouvert par les feuilles abattues par l’automne.
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