Le poison de la trahison 

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Ce mensonge, qui s’avéra quelques années après, qu’elle avait deviné sans en être bien sûre, fut il est vrai pour elle l’une de ces blessures, qui se gravent à jamais dans le corps, dans la mort.

Jusqu’à la révélation de son infidélité, cette certitude dans l’incertitude, que seul sait insuffler un narcissique, l’avait rendue presque folle. Elle avait vécu ce mensonge présumé, tel un poison très lent qui polluait et torturait son cerveau. Tandis qu’il admirait avec joie les effets qu’il savait provoquer et qu’il jonglait avec les suppositions et les doutes, les lui distillant adroitement dans l’esprit.

Le cauchemar de leur vie commune avait commencé dès que le mariage fut prononcé, et qu’elle fut à sa merci, émotionnellement comme financièrement. D’abord il s’amusa à jouer de mystères. Puis vinrent les bousculades, parfois en public, et les gifles. Combien de fois se retrouva-t-elle ainsi, jetée pieds nus à la porte de cette maison qui avait pris des allures de prison, attendant que l’homme veuille bien lui rouvrir, pour qu’elle puisse lui demander pardon sans succès. Mais il soufflait le chaud et le froid avec habileté, aussi restait- elle sous son emprise, voulant y croire encore. Elle se voilait la face, préférant nier qu’elle s’était trompée à ce point.

Le drame eut lieu lors d’un voyage à Prague. La distance et le mépris suspects qu’il lui manifestait étaient si palpables, que la fierté de l’épouse l’affronta, que les disputes se multiplièrent et l’isolèrent souvent, tandis que sûrement il en profitait pour appeler sa maîtresse. En seulement deux jours elle toucha du doigt mille fois, l’indicible douleur de la trahison imaginée et de la solitude forcée, errant en pleurant dans la ville à l’architecture gothique et baroque, parmi les cent clochers.

Puis elle vit le texto et comprit.

Prague ? La ville des amoureux ? Pas pour elle en tous cas. Ce court week-end fut la révélation sans équivoque de l’infidélité de ce faux mari, pour qui elle avait tout abandonné, tout vendu, tout laissé. Qui lui vola sa vie et ses biens sans vergogne.

Ce texto enfin découvert par hasard, engendra la colère de l’homme, lui confirmant ainsi qu’il était bien coupable. Un pervers déteste voir que ses manipulations sont indiscrètes et inintelligemment masquées.

Ce n’était qu’une colère de plus comme à chaque fois qu’elle émettait un soupçon. Pourtant cette fois ci c’était bien différent. Le curseur de l’horreur avait monté d’un cran. Ce n’était plus un soupçon, c’était une vérité, violente comme un coup de poing.

Ce texto fixa en elle pour de bon la méfiance et la suspicion. La réveilla. Elle expliqua alors qu’elle voulait divorcer. Que cette atmosphère délétère entre eux lui était maintenant devenue insupportable, malgré les moments idylliques du début, qui disparurent si vite. Qu’elle avait perdu son temps. Que plus jamais elle ne voulait vivre cela à nouveau, ni plus longtemps.

Ce jour-là sur le pont Charles de Prague, au lever du soleil, la lumière romantique éclairait son visage rouge de coups, et des mains masculines qui enserraient son cou. Il lui dit qu’elle pourrait s’asphyxier comme un poisson à l’air libre, se contorsionnant sur la plage de la vérité et de la justice, qu’il l’y laisserait crever sans lui tendre un seul verre d’eau. Encore moins d’alcool. Inutile de trinquer.

Le divorce semblait pourtant être pour eux la meilleure solution. Mais ce ne fut pas nécessaire. Il devint veuf. Les dernières pensées de la femme furent pour sa fille, issue d’un autre mariage. Elle eut peur pour elle.

A sa sortie de prison, il était assez vieux mais encore bel homme. Il affirmait préférer le célibat. -Ne sommes-nous pas mieux seuls que mal accompagnés ? Répétait-il souvent à ses copines de passage, surtout lorsqu’elles étaient trop perspicaces, et voyaient clair en lui.

Un jour il rencontra une belle biche apeurée, les mains tendues et le cœur ouvert. Une jolie femme avec des blessures. Comme il les aimait. Il savait faire. Il lui fit croire qu’il saurait la protéger et qu’il l’emmènerait partout où elle voudrait, quand elle voudrait. Comme dans cette chanson de Joe Dassin qu’elle aimait. Elle était si naïve, si contrôlable, si prévisible. Si romantique. Il se sentait redevenir puissant. Il contacta alors à nouveau ses anciennes maîtresses.

Lors d’un dîner aux chandelles, l’homme caméléon demanda la biche en mariage, et elle répondit oui des larmes dans les yeux. Elle était si amoureuse. Il lui tendit alors une enveloppe et lui dit

-J’ai pris des billets pour notre lune de miel.

Elle ouvrit fébrilement le cadeau. Un vol pour Prague. La biche était si heureuse même si elle n’avait rien choisi. Il savait.

-Quelle idiote se dit-il, elle est ridicule, c’est presque fatigant.

La biche qu’il n’écoutait pas vraiment était en train de lui parler. Elle le lassait déjà. Elle imaginait avec enthousiasme, le programme du voyage en recherchant des spots à visiter sur son téléphone.

-Regarde mon Louloup, lui montra-t-elle, le pont Saint Charles a l’air magnifique... Mais au fait, y-es-tu déjà allé ?

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