Les mots, pour seul refuge
J’essaie de dormir. Quand Morphée daigne enfin me prendre dans ses bras, c’est sur cette vieille chaise longue qui me sert de lit depuis plusieurs nuits, un plaid recouvrant mes jambes engourdies par l’inaction. Et puisque je ne peux pas parler, te parler, j’écris. Les mots sont devenus mon seul refuge, la seule manière de briser le silence, immense, presque insolent, qui règne dans cette chambre. Nés dans la pénombre, griffonnés à la hâte, ces mots sont ma voix quand ma gorge se tait, et c’est avec eux que j’essaie de raccommoder les lambeaux de ma vie.
Les souvenirs déferlent, incohérents, brutaux, comme des éclats de verre projetés sur le sol. Des visages, un en particulier, me reviennent, des bribes de phrases, des éclats de rires qui s’étaient mués en silences pesants, surgissent en désordre, mais je les accueille, car écrire est la seule manière que j’ai trouvée pour les dompter, pour empêcher qu’ils ne me rongent de l’intérieur. Peut-être qu’en noircissant ces pages, je me sens exister encore, peut-être que ces mots sont des cailloux semés derrière moi pour qu’un jour quelqu’un les retrouve, ou peut-être que j’écris pour tenir encore une nuit. Une de plus

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