Le drame

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Pénélope était si concentrée sur le ramassage de restes de légumes cuits dans l’évier qu’elle ne s’était pas aperçue de l’absence de Sydney.

— J’ai terminé ! » s’exclama-t-elle.

Elle se tourna vers le centre de la cuisine.

— Où en êtes-vous, les autres ?

— On a fini aussi ! répondirent Allan et Dimitri.

— Pas moi, mais bientôt, clama Greg.

— Humch… humch…, articula péniblement Natalie, la bouche pleine. Me dépêhh, scronch… bientôt hhini !

— Nataliiiie ! gronda la mère. Combien de fois t’avons-nous dit de ne pas manger pendant les manœuvres ??? Ça nous fait perdre un temps précieux !!!

Elle gémit. Bon sang, ces adolescents… Puis subitement elle pensa à Sydney.

— Et pour toi, Sydney, tout va bien ? Tu as trouvé quelque chose, mon amour ?

Pas de réponse.

Pénélope jeta un coup d’œil dans le placard : Sydney n’était plus là. La panique la saisit.

— Petit Sydney ! cria-t-elle. Où es-tu ??

Cela affola les autres membres de la famille. Tous se tournèrent immédiatement vers la mère de famille.
Ils se mirent à appeler Sydney tous ensemble.

— Sydney ! Sydney ! SYYYDNEEEY !!!

Une angoisse sourde désormais étreignait Pénélope. Les époux se regardèrent intensément, les yeux exorbités.

— Allons voir dans la pièce à côté ! s’écria Allan.

Tous partirent d’un bond vers la salle à manger.

— SYYYDNEEEY ! SYYYDNEEEY !!!

Pas de réponse. Ils parcoururent toute la pièce dans tous les sens.

— Il ne peut pas être bien loin, déclara Greg. Nous sommes là depuis moins de deux minutes. Et puis vous avez bien vu, cette maison n’est pas armée du piège !

Greg faisait allusion à l’énorme piège électrique qui avait tué Petit Paul. En ces temps difficiles et anarchiques, toutes les familles protégeaient leurs biens comestibles.

Il était d’ailleurs curieux que cette maison soit démunie de cette machine, puisque la fenêtre était ouverte et beaucoup d’aliments comestibles accessibles.

Greg en prit soudain conscience.

— Les habitants ! s’écria-t-il. Ils ne sont pas partis pour longtemps, ils peuvent revenir à tout instant !!!

— Mais où Sydney peut-il être ?? gémit Pénélope de plus belle, complètement effondrée.

Soudain, elle réalisa la terrible réalité. Non, ce n’est pas possible, pas ça

Elle leva les yeux vers le plafond. Et elle vit. La chose y était accrochée, pendante, tenant Petit Sydney prisonnier.

— SYDNEEEEEY !!! NOOOOOON !!!

Sydney ne pouvait pas bouger. Il ne dit rien, se contentant de pleurer les yeux fermés. Il savait que c’en était fini de lui : il l’attendait le même sort que ses semblables autour de lui.

Pénélope tourna autour de la bande meurtrière comme une folle, voulant ardemment tirer son fils de là, tout en sachant qu’elle ne pouvait s’en approcher. Un sentiment mêlé d’impuissance, de désespoir, d’injustice et de haine s’était emparé d’elle.

— PAPAAAA ! hurla Natalie. MAMAAAN ! C’EST QUOI CE BRUIT ??

Un bruit de moteur de voiture parvenait à leurs oreilles de plus en plus fortement depuis l’extérieur.
Greg comprit immédiatement.

— LES HABITANTS, CE SONT LES HABITANTS ! TOUS A LA FENÊTRE ! PARTONS VITE D’ICI !!!

— NOOOON ! hurlait Pénélope, encore et encore. Je ne peux pas laisser mon petit dans cette colle, je ne peux pas perdre encore un enfant !!!

Son mari l’attrapa par la patte pour l’entraîner avec lui.

— Chérie, NOUS DEVONS FUIR MAINTENANT ! Partons vite ensemble, les petits ont besoin de toi ! TU DOIS VENIR AVEC NOUS !!!

Contrainte et forcée, et le cœur à jamais brisé, la douce maman, après un dernier regard en larmes vers son Sydney chéri immobile et prostré sur le scotch, suivit le père de ses enfants.

Qui étaient à présent trois.

Une fois tous réunis sur le bord de la fenêtre, à attendre les ordres, Greg déclara :

— Nous allons rentrer chez nous, nous avons assez à manger pour peut-être une semaine. Allons-y : Allan, Natalie, passez devant. Petit Dimitri, reste près de maman.

Puis, se tournant vers sa douce moitié aux yeux rouges et bouffis de larmes, il dit doucement :

— Chérie, ne t’inquiète pas : sitôt arrivés à la maison, nous ferons d’autres enfants, je te le promets.

Ces paroles firent mouche dans l’esprit de Pénélope. Greg étreignit sa femme, l’embrassa… puis le couple s’envola.

FIN

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