FRAGMENTS
Au début, je ne l'aimais pas.
Pas même un peu. Je détestais ce qu'elle renvoyait, ce qu'elle occupait dans l'espace, cette manière trop franche, trop brute, trop sûre d'elle. Elle me dérangeait. Elle venait appuyer exactement là où je n'étais pas à l'aise.
Et pourtant, je suis restée.
Peut-être par curiosité. Peut-être par habitude. Ou peut-être parce que quelque chose, malgré moi, m'attirait déjà.
Avec le temps, j'ai appris à la connaître. Vraiment. A regarder au-delà de ce qu'elle montrait. Derrière le caractère trempé, il y avait des failles. Derrière la dureté apparente, une loyauté sans faille. Derrière les mots qui claquent, une vérité qui ne savait pas se taire.
Je l'ai apprivoisée lentement. Et sans m'en rendre compte, je l'aimais. Pas malgré ce qu'elle était, mais pour ça précisément.
Elle savait tout de moi. Absolument tout. Mes peurs les plus honteuses, mes blessures les plus anciennes, mes pensées que je n'ai jamais su confier à personne d'autre. Elle m'a connue dans des versions de moi que plus personne ne verra jamais. Et moi, je la connaissais pareillement.
Dans ses lumières comme dans ses ombres.
Il y a des gens qui nous connaissent.
Et puis il y a ceux qui nous savent.
Elle faisait partie de ces rares-là.
Je le sais aujourd'hui : personne ne me connaîtra jamais exactement comme elle m'a connue. Pas parce que les autres n'en sont pas capables, mais parce que cette intimité-là appartient à un temps précis, à une version de moi qui n'existe plus, à une histoire qui ne se reproduira pas.
Je ne l'aimais pas au début.
Et peut-être que c'est pour ça que l'attachement a été si fort. Parce qu'il n'était pas évident. Parce qu'il s'est construit. Parce qu'il a été choisi.
Cette amitié n'était pas parfaite.
Mais elle était vraie.
Et même si elle n'existe plus aujourd'hui, elle restera l'une des seules personnes à avoir tenu mon cœur entre ses mains sans jamais l'ignorer.

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