FRAGMENTS
Je n'ai jamais répondu à ton message.
Pas parce que je n'avais rien à dire, mais parce que tout ce que j'aurais écrit aurait eu l'air trop petit, ou trop grand.
Ta phrase, je la connais par cœur.
« J'ai eu beaucoup de chances de t'avoir dans mon adolescence pour conserver la part d'enfance que j'ai failli laisser mourir, mais pour être adulte je peux pas te garder dans ma vie, je suis désolée. »
Tu ne t'en doutes sûrement pas, mais je l'ai relue cent fois. Je l'ai laissée me traverser, m'écorcher doucement. Parce que je crois que je savais déjà, au fond, que c'était vrai. Tu m'as offert une place que je n'avais jamais eue ailleurs.
On a ri à en pleurer, on s'est confié nos fantômes, on s'est aimées comme seuls les cœurs cabossés savent le faire.
Mais il y a des liens qu'on n'apprend pas à faire grandir. Il y a des amitiés qui brillent fort dans le noir, mais qui ne supportent pas la lumière crue de l'âge adulte.
Et toi, tu as choisi d'avancer sans moi.
Je t'en ai voulu, c'est vrai.
Et j'ai eu peur qu'en t'éloignant de moi, tu t'éloignes aussi de celle que tu étais.
Mais aujourd'hui, je comprends. Tu voulais vivre, et pour ça, tu devais poser des bagages. Peut-être que j'en faisais partie.
Je ne t'ai jamais répondu.
Mais si un jour tu repasses ici : sache que tu as sauvé quelque chose en moi, même en partant.
Et que moi aussi, j'ai eu de la chance de t'avoir.

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