Celui qui précède
Je ne suis pas celui que l'on attend.
Je suis seulement celui qui précède.
Je suis le semeur, pas le laboureur.
Je ne suis que le tableau délavé, pas le paysage.
Je suis le rêve brûlé aux rayons de l'aube,
Qui ne laisse rien d'autre qu'un étrange écho.
Je dessine un chemin que personne n'emprunte.
Je suis le fol espoir aussi consistant qu'une ombre.
Je suis celui que l’on ne voit que le soleil dans les yeux.
Tourne ton regard et ce soir, tu auras oublié mon visage.
Je ne suis qu'un grain dans le sablier des vies,
Noyé dans le grenier des souvenirs qui s'effritent comme le papier.
J'ai voulu échanger mon bâton de pélerin,
Contre la chaleur de l'âtre.
Mais les cendres étaient froides à mon arrivée,
Et le feu ne vivra qu'après mon départ.
Je ne pleure pas sur ce temps.
J'ai simplement voulu le nier,
Pour mieux y échapper.
J'en veux à mon amnésie,
Cette folie qui me laisse vieux mais pas sage.
Qui me fait oublier quelle est ma place.
Maudite soit-elle.
Ma montre, dès le départ, n'a jamais sonné.
À l'heure juste.
Juste en avance, en retard ou cassée.
Et l'erreur est de croire que le chant écrira une autre histoire :
La main qui écrit "croire" n'est pas celle
Qui tient la plume pour écrire "être".
Un étalage de mots n'a jamais fait une poésie.
La poésie n'a jamais offert un nouveau temps.
Quelle insondable folie de croire que je suis le vent ?
Je ne suis qu'un glacial courant d'air,
Vite chassé par le chaud manteau de la réalité.
Du vent, je ne suis et ne serai que le passager.

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