Dernier ver pour la route
Je lève l'encre de mes derniers mots,
Je lève l'ancre de vouloir, qui retient le navire en cale sèche.
Je lève mon verre aux mots jetés à la mer,
Coincés dans une bouteille sans génie.
Il y a des gouttes de musique qui tombent sur le pont du bateau.
Il y a le glas qui sonne au port, un autre tempo
Il y a ce brouillard de questions que le silence ne peut dissiper.
Je lève l'encre de mes derniers mots.
Je lève l'ancre de mes doutes et de mes certitudes.
Je lève mon verre à la mémoire des vraies peines et des fausses gloires.
Il y a le Ponant qui fait mugir le grand mât dans des murmures sans fond.
Il y a ce sextant qui s'acharne à dire oui, à dire non.
Et cette boussole folle que de curieuses pensées, étiolent.
Je lève l'encre aux océans du vide,
Qui salent le retour au port.
Je lève l'encre aux paroles sourdes
Et aux musiques muettes.
Je lève mes vers, aux chants des morts et des vivants, même si d'aucun, je n'entends le vent.
Je lève l'ancre de la peur, celle qui éteint le cœur.
Je lève mon verre aux disparus dans les flots du temps et qui ne reviendront pas avant cent ans.
Je lève mes vers à la facile navigation,
Quand le cœur reste au port.
Je lève mon verre à moitié plein
Bien qu'il sera bu à moitié vide.
Je lave l'ancre de mes pensées à l'encre d'un dernier ver, pour la route.

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