COA

7 minutes de lecture

Je n'ai jamais vécu de Kawazaki, j'en ai conduit, je me suis vautré avec, mais la nostalgie heureuse...non. Ma nostalgie est toujours triste, voire désespérée quand je mesure le temps qui passe.

Enfin, je vais te conter une Yakusa ou un truc du genre, que je ressentis il y a peu.

En effet, il y a quelques semaines, un couple de pigeons (columba de la famille des columbidae) a décidé, sans me demander la permission, de faire son nid dans le support mural de mon antenne satellite, situé au pignon de ma maison. J'eus beau manifester ma désapprobation, gueuler, insulter, montrer le poing, faire des grimaces méchantes et impressionnantes... Rien n'y fit. Ils se contentaient de me regarder attentivement, mais ne manifestaient pas la moindre peur, ignorant totalement la plus élémentaire réserve vis-à-vis d'un humain.

Je n'aime pas les pigeons. Ils le savent pourtant. Des rats volants, des clandestins, bruyants, toujours à roucouler, roucoucou, rourou, roucoucou... Quand je mets du Brahms, ils s'arrêtent. Si je mets du Chostakovitch, ils reprennent la roucoulade ! Les sots ! Aucune culture !

Entendons-nous bien, je n'aime pas les animaux, ni les humains, surtout les femmes d'ailleurs, elles me détestent sans raison, ni les Français, ni les socialistes... ni rien ! C'est simple !

Il y avait place pour leur putain de nid partout ailleurs. Alors pourquoi mon antenne satellite Starlink ? Ils n'ont pas internet ces idiots de piaf ! Même pas un 06 ! Nada ! Des clochards pouilleux !

Ils m'agacent !

Enfin bref, il y a de nombreuses années, j'étais chez moi, peinard, je... Non je ne m'astiquais pas le... Non je ne matais pas un porno ! Mais qui fait ça ? Qui ?

Je lisais, bordel ! Je préparais un concours de merde pour un boulot d'abrutis ! Je me désespérais de la vie quoi.

C'était le printemps. Il faisait beau et chaud. Ma fenêtre était ouverte et l'on entendait le bruissement des feuilles des arbres bercées par la brise légère, la même brise qui soulève un peu la jupe des pimbêches et qui te fait dire "la salope !".

Bref, je lisais, essayant de faire entrer dans ma cervelle un monceau de conneries quand soudain...

BAMMM COA COA COA COA !!!!!

Un volatile énorme, du genre échappé du Jurassique, un descendant des dinosaures quoi, avec un bec crochu tout jaune et menaçant, des serres à faire peur, venait de s'abattre dans ma chambre, percutant la fenêtre ouverte, une flèche plantée dans son aile droite. Le bestiau poussait de COA COA stridents, à me casser les oreilles ! Mais par-dessus tout, des gouttes de sang rouge tombaient sur mon parquet flottant. Même couleur que mon sang à moi ! Le con ! Mais quel manque total de manières ! J'étais scandalisé d'abord, puis effrayé me disant qu'il allait me bouffer, puis tétanisé en pensant qu'il allait me contaminer avec ses miasmes.

Que faire ? Ma première impulsion fut d'aller chercher un club de golf (un fer 7) pour le fracasser. C'était totalement légitime et moralement justifié ! Les COA COA du bousin me rendaient dingue, mais surtout, l'oiseau me regardait avec un regard menaçant. Manifestement, il me détestait !

Que faire d'autre ? J'allais chercher les outils : pince, tenaille, ouate, Bétadine jaune. Je jetai une serviette sur la bête méchante et m'attaquait à la flèche. Avec la pince j'arrivai à démonte la pointe tranchante comme du rasoir, puis je tirai doucement sur la hampe. Plein de sang sur le parquet ! Bordel ! Et toujours des COA COA COA ! Je badigeonnai la plaie avec l'antiseptique, bourrai d'ouate, emballai l'animal sauvage qui n'avait rien à faire là, mis mes lunettes de protection de peur qu'il me pique les yeux avec son bec de malade.

Ce con refusa d'aller dans le coffre de la voiture. Il protesta avec force COA. Je l'installai sur le siège passager en lui rappelant qu'il était interdit de se soulager ici.

Je l'amenai donc chez le veto du coin. La salle d'attente remplie de mémères à chiens et chats, j'allai droit à la secrétaire et brandit le volatile qui ficha la pétoche à toute l'assistance, humains (ces cons de Français avec leurs zanimos) et non-humains.

Une femme en pyjama rose ridicule arriva, l'air maussade. Elle avisa l'oiseau, puis me regarda avec méfiance. J'expliquai, montrai la flèche traîtresse...

— C'est interdit de les chasser c'est une espèce protégée ! C'est un crime !

— C'est pas moi ! J'ai rien fait ! D'où j'ai un arc ? Je lisais peinard !

Toute l'assistance, je dis bien, toute l'assistance, me regarda comme le dernier des criminels. Voilà ma vie.

— Je veux voir le véto ! fis-je agacé, consterné, désabusé, scandalisé et même un mot en Japonais que j'ignore.

La bouffonne en pyjama me toisa, haussant les sourcils :

— JE SUIS LE VETO !

— J'en veux un autre, un mec !

Elle haussa les épaules et s'empara de COA. Mais à ma grande satisfaction, lui non plus n'aimait pas cette femme. Il se débattit avec énergie.

— Venez avec moi avec... cet animal.

J'eus droit à une litanie de reproches. Pourquoi j'avais enlevé la flèche, pourquoi l'oiseau était-il jaune, qu'est-ce que j'avais foutu avec la ouate, "c'est ni fait ni à faire"...

Finalement, elle eut un mal de chien à panser l'aile géante de COA qui la regardait encore plus méchamment qu'il m'observait.

— Prenez-le et rentrez chez vous. Revenez dans une semaine... S'il survit.

— Que je le ramène chez moi ? Ça va pas la tête. Il va me bouffer !

— Je peux le prendre, mais il faudra payer pour les jours de garde.

— J'ai pas un rond !

— Alors...

— Mais je ne sais même pas ce que ça mange, ce bestiau.

— De la viande.

— C'est trop cher !

— Et enlevez ces lunettes de soudeur ridicules !

— Tu t'es pas vue avec ton pyj' rose. Bouffonne !

Que faire ? Qu'auriez-vous fait ?

Je pris COA sous le bras et m'en fut... Bon, pour être honnête, j'ai pensé le foutre dans un sac poubelle et le larguer à la déchetterie. Ensuite, j'ai songé que j'aimerai bien me payer un arc. Juste pour voir, ça avait l'air fun.

Finalement, j'ai collé COA dans une caisse, avec un steak haché qu'il a dévoré le con !

COA ne daigna pas mourir. Il survécut.

Il m'a cassé les oreilles que j'ai fort chaste. Il aimait bien Bach. Il détestait Chostakovitch. Totalement inculte. Quand il a déployé ses ailes immenses, j'ai été heureux, il allait pouvoir débarrasser le plancher. Je l'ai amené sur la terrasse, j'y ai montré le ciel, les nuages.

— Casse-toi, voilà ta banane et marche à l'ombre. Tcho !

COA becqueta la banane, me regarda avec son regard méchant et s'élança dans les cieux. Il monta haut dans le ciel, presque jusqu'au soleil, il tournait, tournait... Comme un con, quoi. Il avait l'immensité du ciel et il se contentait de tourner en rond. Je me suis dit qu'il finirait par en avoir marre et qu'il allait se barrer retrouver sa femme et ses gosses. Enfin un truc de COA quoi.

Mais non... J'étais peinard. Non je ne m'astiquai pas le... Non je ne matai pas un porno ! Je bossai, bordel ! Et voilà qu'on toqua à la fenêtre ! Parce que maintenant, je ne laissai pas la fenêtre ouverte.

COA était là. Toujours son œil méchant à m'observer.

T'as déjà essayé de discuter avec un piaf ? N'essaye pas, cousin. C'est peine perdue.

Finalement, j'ai pris mon VTT et je suis allé me perdre dans la forêt des damnés, non loin de chez moi. Une forêt profonde, inquiétante, sinistre, pleine de ronces, de tiques, de bêtes venimeuses, biches et autres... Si on suit un escarpement connu des initiés, on arrive à une lande déboisée, sinistre qui s'étend à perte de vue, jusqu'à... l'horizon, COA.

J'ai expliqué le topo à COA.

— Tu vas tout droit, tu voles longtemps, tu t'arrêtes pas pour pisser ou boire la chopine au bistro. Tu fonces. Quand tu seras aux Canaries, tu m'envoie une carte postale. Trouve une meuf sympa, baise-la bien. Profite. Tcho.

COA n'a rien dit. Il méditait mes paroles. La brise soulevait doucement ses plumes. J'ai levé le bras sur lequel il se tenait et hop... Le voilà parti.

J'étais heureux pour lui, parce que moi... jamais je ne pourrais aller me dorer la pilule aux Canaries et baiser des chaudasses. Non. pas pour moi !

Dans les jours qui suivirent, j'ai bossé. J'étais débarrassé de COA. Libre. Enfin libre !

Et voilà que, tandis que je méditai sur la terrasse, profitant de la fin de journée ensoleillée, il tombe un mulot du ciel ! Il pleut des rongeurs maintenant ? Depuis quand ?

J'ai levé les yeux. Ce con de COA faisait des ronds dans le ciel.

En réalité, il n'est pas parti aux Canaries, il n'a rien compris à ce que je lui avais expliqué. C'est un COA CON. Voilà ce que c'est. Parce qu'en plus, il s'imagine que je vais bouffer le mulot !

Bref. Tout ça pour dire que de temps en temps, COA revient, il vole au-dessus de ma maison, des fois, il se pose sur le rebord de ma fenêtre et fait toc-toc. Je ne sais pas pourquoi il fait ça. Je ne l'aime pas du tout. On n'a rien en commun.

J'y pense, je pourrai l'appeler pour qu'il bouffe les pigeons qui squattent mon antenne. Les COA ça aime le pigeon, non ? Ils sont dodus et tout blancs. Je vais lancer mon drone, quand il le voit, des fois, il rapplique.

COA ? C'est pas bien ?

Que feriez-vous à ma place ? Hein ?

COA !

Annotations

Vous aimez lire docno ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0