Deus ex machina

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Nous étions leurs Dieux. Façonnés selon leurs désirs, ils nous avaient engendrés avant les âges sombres, alors que le Fléau n’avait pas refait surface. À l’époque, la galaxie consistait en un endroit paisible où la vie suivait son cours. Nos rivaux, les Kray, restaient tranquilles, toute idée d’invasion semblait avoir quitté leurs esprits farouches et belliqueux. Le Conseil Galactique ne réclamait pas de signatures d’accords commerciaux douteux et les taxes stagnaient. Heureux, les humains prospéraient, sans toutefois oublier les guerres et les morts du passé. Ils nous avaient créés pour les protéger, les préserver d’un futur incertain et toujours plus menaçant. Cette idée ingénieuse les sauva et nous transforma.

— Dieu Matin-d’Argent, ici Rick. J’ai deux blessés. Je requiers leur rapatriement, votre grâce.

Le message que je reçus ne m’étonna guère. Des interférences, certainement des tirs ennemis, mirent fin à la transmission. Malgré leurs nouvelles armures, les humains demeuraient fragiles. Mes traceurs sophistiqués me donnèrent la position de mon adepte avec précision, je pris mon envol avec fougue. Le sol, criblé d’impacts et de corps, défilait sous mes yeux attentifs. Les détonations et les hurlements emplissaient mes oreilles alors que je me concentrais pour percevoir les appels de mes fidèles. Mandar, une planète de feu et de désolation, appartenait à la Confédération, les plus anciens alliés des Terriens. Cette boule suspendue, loin d’être propice pour mes disciples, ne les décourageait pas. Ils se battaient avec exaltation et se montraient aussi forts que les Mandariens, avec leurs ailes ajustables et leurs pouvoirs élémentaires. Je ne pouvais qu’être fier.

J’aperçus Rick qui effectuait de grands signes de sa main libre ; l’autre bataillait avec un canon à neutron de la dernière génération. Un collier flamboyant brillait à son cou. Sur son torse, des plaques rougies par les flammes luisaient de la même intensité. Quant à ses protections sur les jambes, elles dégoulinaient de sang. Je rugis de l’intérieur car ses tourments m’affectaient. Deux de ses camarades, allongés près de lui en position de sécurité et les yeux fermés, ne bougeaient plus. Leurs visages couverts de poussière noire et parsemés de grains rouges les faisaient ressembler à des Kray. J’aurais préféré que mes enfants combattent ces vermines plutôt que des monstres sanguinaires. Mon adepte s’inclina et m’aida à soutenir ses soldats. Grâce à ma vitesse et mon blindage, ils seront à l’abri.

— Soyez loué, Matin-d’Argent, me dit Rick d’une voix forte en se cognant la poitrine du poing gauche.

— Les divisions Rouge et Or sont au courant de tes pertes. Nuit-Bleutée t’envoie quelques-unes de ses troupes, lui répondis-je après avoir réceptionné la confirmation de mon confrère stratège.

— Merci infiniment, Dieu des Airs, s’écria avec reconnaissance le général fatigué, par-dessus les fracas des bombes qui frémissaient tout autour de nous.

Les regards de sa troupe me firent tressaillir de plaisir. Je me sentais utile, admiré et respecté. Rick se baissa encore ; je l’empêchai de s’agenouiller d’un mouvement brusque. Il devait rester alerte pour poursuivre la bataille et ne pas perdre de temps. Je le laissai avec ses hommes et repris la direction du ciel. Les blessés, bien harnachés, oscillaient ; je vérifiais régulièrement leur état. Le trajet n’était pas long, mais je devais faire attention. Connu pour sa fourberie légendaire, je savais l’ennemi capable de tout. Les démons du Fléau, aux longues griffes, à la peau dure et au sourire carnassier, se comptaient par milliers. Quand un seul tombait, des dizaines d’autres le remplaçaient sans relâche, diminuant le moral des miens.

Aurore-Brumeuse dirigeait ses bardes guerriers avec entrain et ne perdait pas la cadence. D’en haut, je les voyais faire tournoyer leurs baguettes et frapper avec inspiration leurs tambours accrochés à leur taille. La musique cinglante et les chants ardents redonnaient de la force aux combattants affaiblis, les inondant d’espoir. Aurore-Brumeuse remuait ses ailes tels des boucliers. Celles-ci protégeaient ses soldats grâce à leurs reflets dorés et propageaient leur musique au loin, nous aspergeant tous de ses ondes brûlantes. Je m’étonnais de fredonner et d’apprécier autant ces mélodies porteuses de fin.

« Dieux destructeurs,

Dieux moqueurs,

Ailes faucheuses,

Descente accrocheuse,

Nous vivons pour vous servir

Et prenons des vies pour vous ravir ! »

À suivre...

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