L'héritage d'Aethelgard

de Image de profil de Kelian Grollier-BlugeonKelian Grollier-Blugeon

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Je cours, haletant, dans les couloirs sombres du château. Les murs de pierre froide se dressent autour de moi, étouffants, oppressants. Chaque pas résonne dans le silence glacial, comme un battement de cœur affolé. Je ne sais pas où je vais. Mes pieds semblent avoir pris le contrôle, traçant une route que mon esprit ne parvient plus à suivre. L’obscurité est totale, sauf pour de maigres éclats de lumière provenant des vitraux fissurés. Tout semble vide, abandonné… mais pourtant, j’ai la sensation que quelque chose me poursuit.

Pourquoi est-ce que je cours ? Qui ou quoi me pousse à fuir ainsi ? Ces questions tourbillonnent dans ma tête, mais aucune réponse ne vient. Je ne me souviens plus comment je suis arrivée ici. Le château est immense, ses couloirs interminables, un labyrinthe sans issue. Les ombres bougent autour de moi, me forçant à accélérer. Est-ce réel ou est-ce mon esprit qui me joue des tours ?

Soudain, je trouve une issue, une grande porte de bois usé qui grince lorsque je la pousse. Derrière elle, une ville. Mais cette ville est morte. Les rues sont désertes, les bâtiments en ruine. Un vent froid souffle à travers les avenues abandonnées, soulevant des poussières de temps oublié. Je ne m’arrête pas, je continue de courir. Mes pieds foulent les pavés fissurés, mais le silence m’enveloppe toujours.

Pourquoi est-ce que je fuis ? Où suis-je ? Ces questions résonnent encore plus fort alors que je franchis un pont en pierre qui se désagrège sous mes pas. Le vide m’appelle, je le sens… mais je continue de courir, poussée par une peur inexplicable.

Soudain, le sol se dérobe sous moi. Je chute. Le vent hurle dans mes oreilles tandis que mon corps se précipite vers l’abîme. Je lève les yeux une dernière fois, et je vois la cité. Elle est loin, en hauteur, comme un mirage au-dessus des nuages. C'est de là que je suis tombée. C'est de cette place fantomatique que j'ai fui, mais pourquoi ?

Mon esprit vacille. Pourquoi étais-je là ? Que fuyais-je vraiment ? Était-ce la ville que je craignais, ou quelque chose en moi-même ? Tandis que je plonge dans le vide, une seule pensée me hante : qu’est-ce que je fais ici, dans cet endroit sans vie ni mémoire ? Et pourquoi cette course insensée ?

Le néant m’engloutit, et je ne sais plus si je cours encore, ou si je suis déjà perdue...













1)







Je me réveille en sursaut, le souffle court, comme si je venais de courir des kilomètres. Mon rêve reste collé à moi, encore vif dans mon esprit.
La lumière douce du matin inonde ma chambre, et je reste quelques instants immobile, fixant le plafond de bois. Le silence paisible du village me rassure, bien loin de l’atmosphère oppressante de la cité de mon rêve. Je repousse les draps et me lève lentement. Tout paraît si calme ici, dans cette vallée entourée de montagnes. Le village est petit, niché au cœur de ce cocon naturel. Les toits de chaume des maisons fument encore de la chaleur du feu de la veille, et la rivière qui serpente près de chez nous murmure son flot paisible.
Je sors de ma chambre et descends l’escalier de bois qui craque sous mes pas. Ma mère est déjà debout, préparant le petit-déjeuner. L’odeur du pain grillé et de l’infusion d’herbes emplit la pièce, réconfortante.
"Bien dormi ?" me demande-t-elle en souriant.
Je hoche la tête sans grande conviction. "Oui… enfin, j’ai fait un rêve étrange."
Elle ne semble pas s’inquiéter et me tend une tasse fumante. "Quand on rêve, c'est comme si notre esprit nous parlait dans une autre langue. Tu comprendras peut-être plus tard."
Je prends la tasse et m’assois près de la fenêtre ouverte. Le soleil se lève doucement derrière les montagnes, et la lumière matinale baigne la vallée d’une chaleur dorée. Dehors, je vois les villageois déjà à l’œuvre : certains s’occupent de leurs champs, d’autres discutent près du puits. La vie ici est simple, rythmée par le cycle des saisons, loin du chaos des grandes villes dont j’entends parfois parler.
Après le petit-déjeuner, je sors, cherchant à m’éloigner de ce rêve qui continue de flotter dans ma tête. Le sentier qui mène au sommet de la colline derrière le village est l’endroit où j’aime me retrouver. L’air frais des montagnes me remplit les poumons alors que je monte lentement, le bruit du village s’estompant peu à peu.
Arrivée au sommet, je m’assois sur une pierre plate, surplombant la vallée. De là, la vue est magnifique. Les montagnes s’étendent à perte de vue, leur cime enneigée contrastant avec le vert intense des forêts en contrebas. Le village ,au creux de la vallée semble presque perdu dans l’immensité de cette nature.
Je ferme les yeux, essayant de retrouver un peu de paix. Pourtant, l’image de cette cité sombre plane encore. Pourquoi ce rêve ? Pourquoi cette fuite ? Qu’est-ce que cette ville représentait ?
Assis sur la pierre, les yeux fermés, je tente de chasser les images de la cité qui continuent de tourner dans mon esprit. Mais le souvenir du rêve est tenace, collé à mes pensées comme une ombre. Alors que je soupire, j’entends des bruits de pas derrière moi. Légers, mais suffisamment présents pour me tirer de mes réflexions.

« Toujours ici, hein ? » La voix enjouée de Cyrielle résonne, douce et familière.

Je souris malgré moi, ouvrant les yeux pour la voir s’asseoir à mes côtés. Sa présence, comme toujours, est rassurante. Cyrielle est ma meilleure amie depuis l’enfance. Sa compagnie est comme un baume apaisant, surtout lors des moments où mon esprit semble s’égarer.

« J'avais besoin de prendre l'air », dis-je en fixant l’horizon.

Cyrielle me regarde avec une expression mi-amusée, mi-curieuse. « Encore un de tes rêves bizarres ? Tu as cette tête... celle où on dirait que tu as voyagé loin dans tes songes. »

Je ne peux m’empêcher de rire doucement. « Oui… un rêve étrange, cette nuit. C’était… différent cette fois. »

Elle se penche en avant, ses yeux pétillant d'intérêt. « Raconte. »

Je respire un grand coup, cherchant à ordonner mes pensées avant de parler. « C’était une cité, mais pas comme celles qu’on connaît. Elle était suspendue dans le ciel. C’était immense, avec des tours noires qui semblaient toucher les nuages. Mais tout était… mort. Pas une âme, pas un bruit. Juste moi… et cette sensation d’être suivie, traquée par quelque chose que je ne pouvais pas voir. »

Cyrielle fronce les sourcils, son regard se durcissant légèrement. « Ça a l’air… inquiétant. »

J’acquiesce. « Oui, je courais à travers les rues, sans savoir pourquoi. Je ne savais même pas ce que je fuyais. Tout ce que je ressentais, c’était la peur. Une peur immense. Comme si quelque chose me poursuivait, mais je ne pouvais pas l’identifier. Je fuyais sans but. Puis, je suis tombée… dans le vide. »

Cyrielle reste silencieuse un moment, contemplant la vallée en contrebas. Elle a ce don pour écouter en silence, sans juger, absorbant mes mots. Enfin, elle tourne la tête vers moi. « Tu penses que ça signifie quelque chose ? »

Je hausse les épaules. « Je ne pense pas. C’était si réel… mais reste un rêve . J’ai l’impression que ça me hante, même maintenant. Comme si ce n’était pas juste un rêve, mais… un avertissement ? »

Elle hoche lentement la tête, ses traits sérieux. « Peut-être que ton esprit essaie de te dire quelque chose. Ou alors, tu as simplement mangé trop de pain au miel hier soir, et ton cerveau a décidé de partir en voyage ! »

Je ris, appréciant sa tentative d’alléger l’atmosphère. « Tu as probablement raison », dis-je, même si au fond de moi, une petite voix murmure que ce rêve n’est pas aussi anodin.

Cyrielle se redresse et pose une main amicale sur mon épaule. « Tu sais quoi ? Quoi que ce soit, rêve ou non, tu n’es pas seule. Si une cité suspendue dans le ciel essaie de te faire des trucs bizarres, je serai là pour t’aider à courir plus vite qu’elle. »

Son sourire est large et sincère, et malgré l’angoisse qui me serre encore, je ne peux m’empêcher de sourire à mon tour. « Merci, Cyrielle. Tu rends tout moins effrayant. »

Elle se relève, me tendant la main pour m’aider à me lever. « Allez, viens. Le soleil se couche. On devrait rentrer avant que ta mère nous envoie une équipe de recherche ! »

Nous descendons ensemble le chemin escarpé, l’ombre des montagnes s’étirant à nos pieds. Tandis que nous avançons, un dernier regard en arrière me fait frissonner. Une étrange sensation, comme si le rêve était plus qu’une simple illusion nocturne, me traverse l’esprit. Mais Cyrielle est là, à mes côtés, et pour l’instant, cela me suffit.

Mais au fond de moi, je sens que ce rêve, ou cette cité mystérieuse, n’en a pas fini avec moi.

Nous descendons tranquillement le sentier qui serpente entre les collines, en direction du village. Le soleil disparaît peu à peu derrière les montagnes, teignant le ciel d’un rouge orangé. Cyrielle marche à mes côtés, ses mains dans les poches de sa veste, sifflotant un air que je ne reconnais pas. Je profite du silence, mes pensées encore un peu embrouillées après cette longue journée. Le village est presque en vue, les premières maisons se dessinent au loin.

« Demain, c’est reparti pour la capitale », dit-elle finalement, rompant le silence. « Ça va faire du bien de changer d’air, tu ne crois pas ? »

Je hoche la tête, mais sans grande conviction. « Ouais, j’imagine. Il faut juste se lever tôt pour ne pas rater le train. Et ça… c’est moins agréable. »

Elle rit doucement. « Toujours le même. Tu te plains, mais tu finis toujours par trouver ta place près de la fenêtre pour observer la ville. »

Je souris malgré moi. « C’est vrai. J’aime bien voir la capitale apparaître au loin. Tout ce métal, ces machines à vapeur… c’est fascinant, non ? »

Elle acquiesce en silence, et nous continuons notre descente, les pieds foulant les petits cailloux du sentier. La capitale régionale, c’est un monde à part. Rien à voir avec notre village, niché au cœur des montagnes. Là-bas, tout est immense, en perpétuel mouvement. Les tramway , les passerelles métalliques, les usines gigantesques qui crachent leur fumée épaisse … ça a quelque chose d’hypnotisant.

« Je crois que cette fois, je vais me perdre dans les rues après les cours, » dit-elle en fixant l’horizon. « J’ai envie de découvrir un nouveau coin. Peut-être du côté des vieux ateliers. »

Je la regarde, surpris. « Le quartier des vieux atelier ? Tu n’as pas peur de te perdre pour de bon cette fois ? C’est un véritable labyrinthe là-bas. »

Elle sourit en coin. « C’est ça qui est amusant. Se perdre un peu, découvrir des choses qu’on ne voit pas habituellement. Et puis, c’est tellement différent de notre village… on devrait en profiter tant qu’on peut. »

J’acquiesce. Elle a toujours aimé explorer. Chaque voyage à la capitale est pour elle une nouvelle aventure, tandis que moi, je préfère rester dans les rues principales, à observer les passants ou les machines en action. Peut-être que demain, je la suivrai. Ça pourrait être différent, et puis, la semaine s’annonce déjà assez monotone avec les cours.

Le village est enfin à nos pieds, et nous passons devant les premières maisons. La lumière des lanternes commence à apparaître aux fenêtres, et l’air se refroidit doucement. Cyrielle s’arrête devant chez elle, une petite maison au toit de chaume.

« Bon, je te laisse là », dit-elle en me regardant. « À demain matin, n’oublie pas de te lever à temps. Je ne viendrai pas te chercher si tu rates le train cette fois. »

Je ris doucement. « T’inquiète pas, je serai là. Promis. »

Elle me fait un signe de la main et rentre chez elle, tandis que je continue vers ma maison. La lumière douce des lanternes et les ombres des montagnes surplombant le village créent une atmosphère paisible. Demain, nous quitterons cette tranquillité pour rejoindre la capitale, ce monstre de métal et de vapeur. J’aime bien ce contraste.

Et puis, il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir là-bas, que ce soit dans les rues ou dans le ciel.
Le réveil sonne, mais je ne l’entends pas tout de suite. C’est seulement une bonne vingtaine de minutes plus tard que j’ouvris les yeux. Je me redresse d’un bond, les yeux écarquillés. « Mince, je vais rater le train ! » Je me dépêche d’enfiler mes vêtements, attrape ma valise déjà prête et mon sac à dos, et dévale les escaliers à toute vitesse.
Ma mère m’attend en bas, un sourire amusé sur les lèvres.

« Tu es en retard, encore une fois. »

« Désolé, pas le temps ! »

Je m’empare d’un morceau de pain et d’un fruit qu’elle a laissé sur la table, l’embrasse rapidement sur la joue, puis fais de même avec mon père qui lève à peine les yeux de son journal.

« À dans 2 semaine ! » crie-t-il, mais je suis déjà dehors, courant à toutes jambes sur le sentier menant à la gare du village.
L’air frais du petit matin me mord les joues, la lune caresse encore les collines environnantes de sa douce lumière . Mon cœur bat à toute allure, autant à cause de la course que de la peur de rater le train. En arrivant enfin à la petite gare, le train est déjà là, prêt à partir. Je saute à l'intérieur juste avant que le sifflet ne retentisse.
Je prends une seconde pour reprendre mon souffle, puis je m'avance à travers les wagons jusqu'à ce que j'aperçoive Cyrielle, assise près de la fenêtre. Lorsqu'elle me voit, elle lève les yeux au ciel et croise les bras.

« Tu sais que tu as failli rater le train… encore ? »

Je m’installe à côté d'elle, essoufflé, un sourire d'excuse sur le visage. « Oui, oui, je sais. Mais je suis là, non ? »
Elle soupire, mais je vois bien qu'elle sourit aussi.

« Un jour, tu vas vraiment le rater, et je ne pourrai rien faire pour toi. »

Je me contente de rire, sortant le morceau de pain que j'avais pris à la hâte, et commence à le grignoter.

« Au moins, j’ai pensé à prendre mon petit-déjeuner cette fois. »

Le train démarre, et je sens les vibrations familières sous mes pieds. Les paysages de montagnes défilent lentement au départ, puis de plus en plus vite à mesure que nous prenons de la vitesse. Je me cale confortablement contre le dossier de mon siège, laissant mes yeux se fermer un instant. Cyrielle, elle, sort un livre de son sac et commence à lire, tout en jetant de temps en temps un coup d’œil moqueur dans ma direction.
Nous roulons ainsi pendant un moment, bercés par le bruit régulier des roues sur les rails. Le train s'enfonce finalement dans un long tunnel qui traverse la montagne, plongeant le wagon dans une obscurité totale pendant plusieurs minutes. Je sens Cyrielle frissonner à côté de moi.

« Je n'ai jamais aimé ce tunnel, » murmure-t-elle. « On dirait qu’il dure une éternité. »

« Moi non plus, » j'avoue, les yeux à demi fermés.

« Mais c’est le chemin le plus rapide pour Gearhaven. On n’a pas vraiment le choix. »
Quand la lumière revient enfin, je vois que le paysage a changé. Les montagnes ont laissé place à des collines plus douces, et au loin, on peut déjà apercevoir les premiers bâtiments de la capitale, se dressant comme des géants métalliques.

« C’est fou comme cette ville a l’air immense à chaque fois qu’on y arrive, » dit Cyrielle en rangeant son livre.

« On dirait qu’elle grandit un peu plus chaque semaine. »

J’acquiesce.

« On ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre. »

Nous continuons à discuter, parlant de l’école, de nos projets pour les prochaines vacances, des nouvelles rumeurs qui circulent dans notre petit village, jusqu’à ce que l’annonce du contrôleur résonne dans le wagon : « Prochain arrêt : Gare de Gearhaven . Veuillez vous préparer à descendre. »

Je ramasse ma valise, et Cyrielle fait de même. Le train ralentit, puis s’immobilise dans un grand soupir de vapeur. Par la fenêtre, je vois la gare immense, toute de métal et de verre, les passerelles suspendues entre les quais, et les grandes horloges marquant l’heure d’arrivée des différents trains.

« Prêt pour une nouvelle semaine ? » demande Cyrielle en me donnant un coup de coude.

« Aussi prêt que je peux l’être », dis-je en souriant.

Nous descendons du train, et une nouvelle journée commence, dans cette ville immense

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