31 · Le plan
« Jarim,
Puisses-tu ne jamais lire ces lignes. Si tu trouves cette lettre, cela signifie qu’Eldria et moi ne sommes pas revenues de notre incursion clandestine à temps, et que tu as décidé de partir à notre rencontre. J’avais redouté cette éventualité. N’aie crainte, si cela s’est produit, il est encore possible de sauver Eldria, probablement retenue captive.
Je dois te prévenir, la cité de Solanntor est différente de tout ce que tu as pu imaginer. Avant de t’aventurer à l’extérieur, ôte ta chemise et ne conserve sur toi que ton pantalon, puis suis ces instructions : dirige-toi vers la grande tour blanche au cœur de la capitale, c’est là que se situe le palais. En face de la plus imposante passerelle, dans une ruelle isolée encadrée de deux palmiers, tu trouveras un petit accès marqué d’une croix dorée. Frappe sept fois, puis annonce que tu souhaites "vendre tes charmes". Une fois à l’intérieur, explique la situation. J’ai toute confiance en ces individus, ils sauront quoi faire.
Surtout, n’adresse la parole à personne d’autre.
Lorsqu’Eldria et toi serez en sureté, ne cherchez pas à me retrouver, ni à délivrer votre amie Salini. Ce serait bien trop dangereux. Fuyez, et ne vous retournez jamais.
Eldria aura besoin de toi, Jarim. Je compte sur ta présence auprès d’elle pour lui apporter le réconfort qu’elle mérite. Ne te laisse pas contrarier par son attitude distante après votre accouplement. Elle t’aime et, si tu demeures auprès d’elle, elle t’ouvrira son cœur.
Affectueusement,
Lélia. »
Jarim froissa la lettre – retrouvée sommairement accrochée à la trappe au bout du long tunnel menant à la ville – puis la glissa au plus profond de sa poche, soucieux de ne pas la perdre et risquer qu’elle ne tombe entre de mauvaises mains.
– Une ruelle entre deux palmiers... murmura-t-il, les lèvres à peine mobiles. C’est là.
Il scruta discrètement à droite, à gauche, s’assurant que nul ne l’observait avec suspicion, puis s’engagea dans la travée ombragée, si étroite qu’elle semblait n’avoir été creusée que pour ne laisser passer qu’un homme de profil.
Lélia n’avait pas menti : la capitale de Solanntor ne ressemblait à rien de tout ce qu’il avait connu. D’abord par son gigantisme : jamais il n’aurait imaginé qu’une cité pût s’étendre ainsi, sur une telle surface, même en plein désert. Et puis, bien sûr... du fait plus direct de ses habitants et de ses habitantes. En une heure, il avait aperçu plus de corps nus que tous ceux qu’il se serait attendu à voir au cours d’une existence tout entière.
Seule une partie des hommes, comme lui, avait jugé bon de se couvrir les cuisses. Les autres, apparemment moins frileux, n’éprouvaient guère de pudeur à exhiber fièrement leurs fessiers finement ciselés, autant que leurs sexes ballotant, de tailles et de formes diverses.
Mais ce qui perturba le plus Jarim, clandestin en ces latitudes, ce fut plutôt le déluge de femmes dévêtues, flânant seules ou en groupe, offrant leur nudité sans fard partout où son regard semblait vouloir se poser. Choisissant d’ignorer les réactions incontrôlables que cela provoquait dans son organisme, il ne put s’empêcher d’imaginer Eldria et Lélia arpentant ces larges avenues ensoleillées, probablement nues elles aussi, vulnérables, tandis que certains couples ne se privaient pas de forniquer à même le sable. Il comprenait maintenant mieux pourquoi Lélia avait tant insisté pour qu’il demeure en retrait ! Depuis son entrée dans la tentaculaire cité, un curieux mélange de nausée, d’ivresse et d’émoi l’envahissait.
Pourtant, les circonstances ne se prêtaient guère à l’abandon de ses instincts voyeuristes les plus primaires : la crainte de savoir Eldria en danger, conjuguée à l’adrénaline de l’urgence, dévorait toutes ses pensées. Pour son amie devenue intime, il serait prêt à tout. Quelles qu’aient été les causes qui les avaient conduites, elle et Lélia, à se faire capturer, il devait s’en remettre aux précautions prises par cette dernière, à ces instructions laissées au bout du passage souterrain qu’ils avaient respectivement parcouru, à une vingtaine d’heures d’intervalle ; il s’agissait là de son seul espoir de revoir celle qu’il aimait.
Le cœur battant, le torse suintant de sueur sous l’effet de la chaleur écrasante, il atteignit enfin l’extrémité de la ruelle sinueuse. Là, comme l’avait décrit Lélia, une porte simple, marquée d’une croix dorée, semblait l’attendre, comme une invitation à frapper.
***
– Je n’arrive toujours pas à croire que vous ayez retrouvé Jarim, s’exclama Salini. Eldria et lui devaient être tellement heureux ! Je suppose que le départ précipité de Dan n’est pas étranger à ces retrouvailles.
– Tu supposes parfaitement. Dan s’est mis en tête que sa présence auprès d’Eldria la mettait en danger, malgré l’affection qu’elle lui portait après lui avoir offert sa virginité. Elle a toutefois accepté d’unir son corps à celui de Jarim, une dizaine de jours après le départ de son premier amant.
– Heu... merci pour ces... détails, balbutia Salini, incertaine qu’Eldria ait consenti à ce qu’on livre ainsi sa vie la plus intime, mais ravie d’apprendre que son amie avait enfin pu connaître l’amour véritable. Donc... si je comprends bien, tu avais envisagé que le Shruïn ne nous laisserait pas repartir, Eldria et moi, et tu as laissé ce mot, par précaution ?
Lélia acquiesça.
– Saisie d’un doute de dernière minute, je l’ai rédigé la veille, en secret, pendant leur sommeil à tous les deux. À l’heure qu’il est, Jarim est peut-être déjà en ville. Nous devons nous en remettre entièrement à lui à présent, car, à part la Révérende Mère et les Capes Ocres, nul ne peut s’introduire dans les geôles.
– Et... qu’en est-il de toi ? s’enquit Salini avec espoir. Tu es une Princesse, après tout. Qu’est-ce qui t’empêche de fuir encore une fois, comme tu l’as fait la première fois ?
– Oh, comme toi, mon père m’a placée sous haute surveillance. Depuis que je suis en âge d’enfanter, il insiste pour que je perpétue sa lignée, comme certaines de mes sœurs. Il m’a laissé quelques années de répit, mais maintenant qu’il me tient et qu’il sait que j’ai cherché à échapper à mes obligations, même si ce n’était que pour un temps, il ne me laissera pas repartir tant qu’il n’aura pas obtenu ce qu’il veut.
Elle se leva et contempla, mélancolique, le bourdonnement lointain de la ville, à travers les barreaux de sa fenêtre.
– Selon la tradition, reprit-elle, les Ishalia doivent désigner un homme de la cité, qu’elles jugent apte à les féconder. C’est un tel honneur que l’homme, qui qu’il soit, est tenu d’accepter. Mais moi... je ne désire pas donner naissance à un enfant.
Toute colère définitivement éteinte, Salini la rejoignit dans la contemplation morne de cette immense capitale, si proche et pourtant si distante, qu’elle ne foulerait sans doute jamais du pied, prisonnière entre ces murs.
– En somme, souffla-t-elle, nous partageons toi et moi le même sort. À ceci près que, pour ma part, je n’aurai guère le loisir de choisir mon partenaire, encore moins de lui résister quand... il s’imposera à moi. D’ailleurs, qu’adviendra-t-il si, toi, tu décides de ne désigner aucun homme ? De désobéir aux ordres de ton père ?
– Oh, crois-moi, je n’aurai guère le choix.
Sur ces mots, elle dénoua lentement le châle derrière sa nuque, laissant choir l’étoffe dans un bruissement. Dessous, elle était nue... ou presque. En lieu et place d’une culotte, ses hanches étaient engoncées dans une sorte d’anse de métal blanc, comme forgée à même sa peau, bardée de plaques bombées, plaquées contre son pubis et épousant le sillon de ses courbes. L’étrange dispositif, apparemment inamovible, laissa Salini bouche bée.
– Dans la culture de mon peuple, reprit Lélia, les plaisirs du corps sont sacrés, inaliénables. Chacun est libre d’en bénéficier pleinement, à volonté, préférablement en public, parfois en solitaire. Cette ceinture, qui prive son porteur ou sa porteuse desdits plaisirs, est considérée comme l’une des pires punitions qui puissent être prononcées à l’égard de l’un des nôtres.
La toute première pensée de Salini, l’entrejambe encore convalescent de ses multiples attouchements forcés, fut égoïstement de l’ordre de l’envie. Ainsi protégée, on lui laisserait peut-être enfin la paix ! Elle chassa cependant bien vite cette idée absurde, réalisant l’avilissement qu’un tel attirail pouvait représenter, ne serait-ce que pour des raisons purement naturelles.
Comme si elle lisait dans ses pensées, Lélia expliqua calmement :
– Un garde me l’ôte deux fois par jour, me ligote les poignets, puis ne me quitte pas des yeux tant que je n’ai pas fini mon affaire. Et cela demeurera ainsi, tant que je n’aurai pas accepté mon sort.
– Le Shruïn... commença lentement Salini, cherchant ses mots. Ton père... c’est vraiment un...
– Un incommensurable rustre, pervers, violeur, manipulateur, doublé d’un meurtrier sanguinaire ? Tu aurais raison de le qualifier ainsi. Sache que tu n’es pas la première à faire les frais de son appétit.
Son regard s’attarda sur Salini, et sur les formes que sa toge laissait entrevoir.
– Quoique je comprends pourquoi il t’a choisie : la rumeur de ta beauté n’est pas usurpée.
– Heu... eh bien, merci, je crois.
– Il y en a eu des dizaines, avant toi. Des jeunes filles à la chevelure d’or, censées mettre au monde les princes et princesses les plus robustes. Je m’étonne même, sauf ton respect, que ton âge ne l’ait pas rebuté. D’ordinaire, il les préfère tout juste pubères. Ma mère était l’une d’elles. Et...
Son visage se rembrunit, un voile sombre passant sur ses prunelles.
– ... il l’a tuée, de ses propres mains, lorsqu’il s’est lassé d’elle. Elle te ressemblait, je crois. Je n’étais qu’une enfant lorsque c’est arrivé. Je n’ai gardé que peu de souvenir d’elle.
– Je... je suis désolée.
– Ne le sois pas. Je suis une combattante, je me suis jurée, un jour, de la venger. De venger toutes les autres. De mettre fin à ce cycle de débauche et de haine.
Salini fixa, sans les voir, ses propres genoux. Était-ce là le sort qui l’attendait ? Être sauvagement abusée, donner naissance à un enfant, puis être froidement assassinée sous ses jeunes yeux innocents ? Pourrait-elle seulement se défendre, vendre chèrement sa peau lorsque le jour serait venu de s’offrir au despotique souverain ? La seule fois où elle avait été conduite jusqu’à ses appartements, le jour de son arrivée sur ces terres, c’était nue de la tête aux pieds, sans possibilité d’introduire ne serait-ce qu’un simple coupe-papier. Et même si elle avait pu transporter une arme : pour quoi en faire ? Elle avait déjà tué, mais c’était alors un acte irréfléchi, désespéré, dans le seul but de défendre son amie la plus chère. Pourrait-elle seulement trouver le cran de réitérer cet acte fou ? De le faire de sang-froid ? À mains nues, il était illusoire d’escompter ne serait-ce qu’atteindre le cou de son immense bourreau, encore moins de l’étouffer à la seule force de ses doigts.
Soudain, un simple détail, lui revint à l’esprit. Elle releva la tête, comme sujette à une subite révélation.
– Qu’y a-t-il ? demanda Lélia, la voyant se redresser d’un bond énergique.
– Tu... tu as dit que tu devais choisir un homme de la cité, n’est-ce pas ?
– Oui, c’est ce qui est attendu de moi.
– Et tu as aussi indiqué que tu pouvais choisir n’importe qui ?
– C’est bien cela.
Salini planta son regard étincelant dans celui de Lélia, perplexe.
– Je crois... je crois savoir comment nous allons pouvoir nous échapper de cet endroit !
***
Jarim ne put s’empêcher d’éprouver un soupçon de honte en prononçant ces quelques mots, à haute et intelligible voix, à l’adresse de l’inconnu qui venait de faire coulisser le judas aménagé dans la porte, et dont seuls les yeux suspicieux étaient visibles.
– Tu veux vendre ton corps, l’ami ? lança une voix dans la langue commune du Nord, avec l’accent typique de l’Adaï. Eh bien, entre.
La porte s’ouvrit en grand. Sur ses gardes, Jarim pénétra dans une sorte de salon sombre et encaissé, aux allures de taverne miteuse. L’endroit était désert, à l’exception d’un homme seul, la quarantaine, de maigre stature, qui l’observait approcher avec méfiance, à bonne distance. Jarim crut d’abord qu’il s’agissait de la personne à qui il venait de s’adresser, mais il sentit bientôt la pointe d’une lame froide se presser contre sa nuque, tandis qu’un deuxième larron, qui le menaçait par derrière, refermait l’entrée, les plongeant dans une pénombre qui le priva brièvement de la vue, ses yeux s’étant accommodés au soleil éclatant du dehors.
– Qui es-tu, l’étranger ? siffla l’homme dans son dos, avec le même accent que son acolyte. Et comment as-tu connu cet endroit ?
L’autre s’avança et cracha au sol :
– Tu es un espion de la Main du Sable Noir, c’est ça ? Ils adorent envoyer des bleus comme toi pour nous narguer et nous tester.
La pointe de la lame s’enfonça davantage dans la nuque de Jarim, jusqu’à presque lui percer la peau.
– Pas de chance, cette fois c’est tombé sur toi. Ta tête devrait amplement suffire à leur montrer qu’on ne plaisante pas.
Lentement, Jarim leva les paumes en l’air.
– Je ne suis pas celui que vous croyez, expliqua-t-il en tâchant de garder son calme. Je suis Sélénien, j’ai rejoint la cité ce matin, en suivant les instructions d’une amie commune, que je connais sous le nom de Lélia. Elle m’a indiqué que vous seriez en mesure de m’aider.
– Lélia ? s’impatienta l’homme en face, que Jarim commençait à peine à distinguer, à mesure que ses pupilles s’accoutumaient à l’obscurité. Tu devrais mieux choisir tes mensonges, le bleu. L’Ishalia s’est présentée devant le Shruïn hier, et depuis, son père la retient captive.
Jarim ignorait ce que pouvait bien être une Ishalia, et, sur le moment, il s’en fichait, car son interlocuteur ordonna bientôt à son collègue :
– Entaille-lui le cou, qu’on voie si son sang est aussi bleu que lui.
Jarim sentit aussitôt la pointe de la lame glisser le long de sa nuque. Guidé par son instinct, il ne lui fallut qu’une fraction de seconde pour réagir : d’un geste vif, il plongea sur le côté tandis que son agresseur replaçait l’épée le long de son cou, esquivant ainsi le tranchant. Dans le même mouvement, profitant de ce que son bras était déjà levé, il saisit le poignet de son agresseur et le désarma promptement d’un coup sec. Mettant à profit sa récente expérience martiale, sa force brute, et exploitant la confusion qu’il venait de provoquer, il propulsa énergiquement l’illustre inconnu, guère plus musclé que son complice, contre ce dernier, les projetant tous deux à terre dans un fracas confus.
Saisissant l’épée au vol – une sorte de longue rapière de facture sommaire –, Jarim la brandit vers les deux hommes, qu’il dominait désormais de toute sa hauteur. L’adrénaline était si forte qu’il vociféra d’une voix plus grave qu’à l’accoutumée :
– Quand on tient quelqu’un en respect, il est préférable de planter son arme dans le creux de son dos, sans quoi il lui sera facile de se dérober sans crainte d’être blessé.
Puis, baissant d’un ton et écartant légèrement l’épée :
– Sachez que je ne suis pas qui vous croyez. Je suis ici pour retrouver mon amie, et je ne laisserai personne se mettre en travers de mon chemin. Alors ? Pouvez-vous m’aider ?
Les hommes, à terre, échangèrent un regard désarçonné. Mais bientôt, l’un d’eux jeta un regard furtif sur son flanc et reprit aussitôt contenance :
– Tu crois avoir gagné, étranger ? siffla-t-il dans un sourire.
Jarim haussa un sourcil. Il n’avait aucune intention belliqueuse, mais cet homme n’avait-il pas compris qu’ils étaient à sa merci ? Puis, soudain, un mouvement à sa droite attira son attention. C’était trop tard : une ombre silencieuse, féline, fondait déjà sur lui. Il voulut brandir sa rapière, mais une lame aiguisée, comme surgie du néant, lui cisailla l’avant-bras, lui arrachant un rictus de douleur et le forçant à reculer.
Cela ne suffit pas à le mettre hors de danger : l’ombre le percuta et, à son tour, il bascula lourdement à la renverse. Il vit alors son nouvel agresseur. Ou plutôt... son agresseuse. La jeune femme, d’une vingtaine d’années, munie de deux longues dagues courbes, s’accroupit au-dessus de ses hanches tandis que ses deux acolytes s’étaient précipités pour désarmer Jarim et plaquer ses bras au sol. Les longs cheveux noirs de l’inconnue virevoltèrent autour de son visage narquois, presque rieur, comme si maîtriser quelqu’un de la carrure de Jarim n’était qu’une simple formalité... d’autant plus à moitié nue. Pour toute tenue, elle ne portait en effet qu’une ceinture et un très court jupon de cuir, simple garant de sa pudeur. Comme ses consœurs de la région, exposer sa nudité, même partielle, ne semblait guère l’émouvoir.
– Notre beau visiteur sait se défendre, mais manque encore de vigilance, dit-elle d’une voix tranquille, rangeant nonchalamment les dagues à sa ceinture. Guyl, Dario, comment avez-vous pu vous laisser maîtriser si facilement ?
– Ce chien d’étranger nous a menacés ! s’empressa d’expliquer l’un des deux compères. Il prétend que c’est Lélia qui l’envoie.
– Vraiment ? s’étonna l’inconnue en dévisagea Jarim. Et comment Lélia aurait pu t’envoyer jusqu’à nous, étranger ?
– J’ai une lettre, au fond de ma poche, souffla Jarim, conscient que se jouait peut-être là sa meilleure chance de survie.
La jeune femme, les jambes entourant fermement son bassin, haussa un sourcil, puis se contorsionna et glissa la main dans la poche de son pantalon, extirpant sans peine le morceau de parchemin froissé qui y était dissimulé. Ses pupilles émeraudes balayèrent rapidement le papier.
– Ce garçon dit la vérité, dit-elle finalement en se redressant, offrant brièvement à Jarim la vue en contreplongée de subtils vallonnements, qu’il n’avait jusque-là que trop bien sentis sur son propre bas-ventre exposé. C’est bien la signature de Lélia. Laissez-le.
– Mais... s’insurgea le dénommé Dario. Comment s’en assurer ? Si c’était un espion de la Main du Sable Noir ? Il n’a pas l’apparence d’un Sélénien, comme il le prétend !
Leur apparente cheffe pivota et fit un pas vers l’ouverture dérobée depuis laquelle elle avait surgi une minute plus tôt.
– C’est impossible, trancha-t-elle simplement.
– Comment peux-tu en être si certaine, Yaesia ?
Elle jeta un ultime regard par-dessus son épaule, adressant un sourire discret à Jarim.
– Un homme de la cité n’aurait pas été sujet à une telle érection, si fulgurante, sous la menace de mes lames.

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