Journal du Gutuater (Entrée LIV – La cicatrice et le rire)

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Encore une fois, vous allez subir mes états d’âme.

Mais j’ai besoin de me soulager.

Oui, j’ai mal.

Ça fait un mal de chien.

Le jugement rendu, chacun rentra dans le calme relatif de son foyer, comme si rien ne s’était réellement produit. Comme si le sang versé n’avait été qu’une formalité céleste.

Lucius pensa ma plaie avec précaution.

Il nettoya.
Il banda.
Il ne dit rien pendant un long moment.

Puis simplement :

— Tu t’en es bien sorti.

C’était tout.

Plus tard, il demanda :

— As-tu mal ?

Je répondis que oui.
L’entaille était plus profonde que je ne l’aurais souhaité.

À mon époque, j’aurais peut-être eu quelques points de suture.
Ici, rien de tel.
Et je n’avais aucune envie de voir ma chair cautérisée au fer rouge.

Ma seule consolation ? Mes vaccins étaient à jour.

Alors je pris mon mal en patience.

Personne ne sut jamais ce qui était réellement arrivé.

L’affaire demeure en suspens.
Du moins à ma connaissance.

Quelques jours plus tard, lors d’une sortie hors des murs, je croisai le druide.

Je lui demandai enfin son nom.

Il s’appelait Ategnatos.

À ma grande surprise, il ria.

Un rire franc.
Presque moqueur.

Quand je vous dis que les druides ne sont pas ce que l’on croit.

En façade :
solennels, graves, interprètes des cieux.

Derrière le voile :
beaucoup plus humains.

Il me regardait avec cet air rieur, comme s’il avait toujours su.

Je crois qu’il pensait que je n’étais pas réellement en danger.

Moi, j’avais eu la peur de ma vie.

Je ne l’ai pas dit ce jour-là, mais j’ai bien failli me faire dessus.

Littéralement.

Oui, vous avez bien entendu.

Je me suis retenu par convenance.
Pour ne pas embarrasser Lucius.
Pour ne pas passer pour un faible.

Et pour conserver ma dignité.

Mais c’était terrifiant.

Nous parlâmes longuement.

Il m’expliqua ce que j’avais déjà compris.

L’important n’était pas tant de trouver l’auteur — en l’absence de preuves — que d’empêcher la cité de se déchirer.

— La vérité, dit-il, n’est pas toujours utile.

Il traçait des lignes dans la terre avec un bâton.

— L’équilibre, lui, l’est toujours.

Il ne s’agissait pas de justice parfaite.

Il s’agissait d’éviter la vengeance.

D’éviter que les clans ne s’arment.
Que les rumeurs ne deviennent des lances.
Que le sang appelle le sang.

Parfois, l’arbitrage n’est pas la recherche de la vérité.

C’est empêcher une succession de malheurs.

Je touchai la bande autour de mon bras.

Il sourit encore.

— Tu as appris quelque chose.

Je crois que oui.

Je porte désormais une cicatrice.

Et peut-être un peu moins d’illusions.

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