Journal du Gutuater (Entrée LVI – Dies natalis)

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Bonjour, mes commérodruidous.
Mes chers petits historiens amateurs ou confirmés.

Me voilà de retour.

Ma plèbe va bien.
J’ai une cicatrice.
Je me plains encore un peu.
Mais je me porte à merveille.

L’hiver est passé.
Toujours aussi ennuyeux.

Ponctué des mêmes fêtes, des mêmes braises, des mêmes discussions interminables sur la pluie et les récoltes.

À ma grande surprise, Lucius a souhaité renouveler la tradition du sapin.

Oui.

Le sapin.

Je n’ai pas osé commenter.

Cette année, je n’avais rien prévu.

Pris de court, j’ai improvisé un cadeau utile : une boucle de ceinture un peu plus raffinée que la précédente. Pas extravagante. Juste élégante.

Il n’a rien dit.

Il m’a remercié. À sa manière.

Je soupçonne l’installation du sapin d’être une manière subtile d’annoncer :

« Prévois quelque chose. »

Avec Lucius, tout est flou.

Et pourtant tout est clair.

C’est déroutant.

Et puis, ce matin-là.

Début du printemps.

Mi-avril, je dirais.

Le calendrier me fuit encore parfois.

Nous marchions dans la cour lorsqu’il s’arrêta.

— Aujourd’hui est ton dies natalis.

Je le regardai.

Il avait retenu la date. Même si je n’étais pas sûr que le jour choisi soit exact.

Je n’en avais plus parlé depuis des mois.

Il fit brûler un peu d’encens dans la maison.

Simplement.

Après le repas, il me tendit un petit coffret en bois.

Pas emballé.
Pas théâtral.

Dedans se trouvait un stylus.

Un magnifique stylus.

Bronze finement travaillé.
Pointe parfaitement équilibrée.
L’autre extrémité aplatie pour lisser la cire.

Je restai figé.

Je crois que je n’osais même pas lever les yeux.

— Gratias tibi ago, murmurai-je.

C’était tout.

Plus tard seulement, je compris.

Depuis mon arrivée, Lucius n’a jamais protesté contre mes écrits.

Il les lit toujours.

Parfois il comprend.

Parfois il s’arrête sur un mot comme s’il pesait une énigme.

Mais il envoie toujours une copie à Rome.

Toujours.

Aux archives familiales.

Philétus doit conserver ces rouleaux avec un sérieux que j’imagine presque religieux.

Et soudain, cela me frappa.

Le papyrus a un coût.

Je n’y avais jamais vraiment pensé.

Écrire dessus est simple.
Bien plus pratique que graver du bronze ou noircir des tablettes à l’infini.

Mais ce n’est pas gratuit.

Lucius a une très bonne situation.
Excellente même.

Et pourtant, notre domus à Avaricum reste modeste.

Trop modeste pour un homme de son rang.

Je n’ose lui poser la question.

Peut-être est-ce volontaire.

Discrétion.
Poste avancé.
Stratégie.

Toujours est-il que je réalise aujourd’hui qu’il me finance depuis le début.

Certes, je gagne désormais mon pain.

Je livre, je tiens les registres et les comptes. Et je suis même dédommagé quand je chante.

Mais le papyrus, les copies, les envois vers Rome…

C’est lui.

Peut-être que pour lui ce n’est pas ruineux.

Mais ce n’est pas rien.

Je comprends seulement aujourd’hui combien je suis chanceux.

Malgré tout.

Malgré les peurs.

Malgré les cicatrices.

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