Polémique complotiste — L'Affaire Pedica me
Depuis quelque temps, un document à l’authenticité plus que discutable circule dans certaines sphères historico-complotistes.
Une entrée aussi douteuse que grotesque, aux accents fantasques, qui tend à monopoliser — et parfois même à éclipser — le journal d’origine.
Par souci de transparence, nous vous la communiquons ci-dessous.
Entrée apocryphe et plus que suspecte – Dans les rues du vieux Rome
Je n’avais jamais vu une ville qui faisait autant de bruit sans crier.
Partout, ça parlait, ça vendait, ça riait, ça discutait, comme si chaque pierre avait quelque chose à dire. Même les murs portaient des mots. Des mots que Lucius pouvait lire sans effort, comme s’ils lui appartenaient.
Je marchais à côté de lui — ou plutôt, j’essayais de suivre son pas. Il avançait droit, sans regarder, comme s’il connaissait déjà tout. Moi, je regardais tout.
— Lucius, ces statues… elles représentent des dieux ou des hommes ?
— Les deux.
— Et ces lettres, là… tu peux vraiment tout comprendre ?
— Oui.
— Et ces hommes en blanc, ils sont tous importants ? Même celui qui—
Il ne répondit pas.
Je crus qu’il n’avait pas entendu, mais je le sentais fatigué. Ou plutôt excédé.
— Et Rome, elle est toujours comme ça ? Toujours aussi… grande ?
Il s’arrêta.
Autour de nous, les gens continuaient de passer, mais différemment. Comme s’ils voyaient quelque chose que je ne voyais pas encore.
Lucius se tourna vers moi.
Sa main monta, calme. Il prit mon menton entre ses doigts et releva ma tête.
Je me tus.
Et il dit :
— Pedicabo te.
Je ne compris pas tout de suite. Enfin, pas vraiment. Mais son ton, lui, était plus sec que d’habitude.
Alors j’ai réfléchi. Trop vite.
Mais là, sous sa main, sous son regard noir mais ardent, et ses beaux cheveux flavum, je sentais mon cœur battre plus fort.
Alors je répondis comme je le pouvais, avec toute la bêtise du monde, inconscient de ce qui se jouait :
— Bene… pedica me… fidelis sum. Si Lucius est, non me pudet.
Je l’ai dit sincèrement.
Mais il est des situations où la sincérité seule ne suffit pas.
Je compris bien assez vite, devant le silence et les visages surpris — voire choqués — de quelques citoyens interloqués.
Il y eut un silence. Mais Lucius ne me lâcha pas tout de suite.
Puis il sourit.
— Si mihi fidelis es… ita te gere.
Cette fois, j’ai compris l’essentiel : si je tiens à lui, je dois me comporter correctement. À la romaine, sans doute.
Il relâcha mon menton.
— Suis-moi. Et regarde sans parler. Nous rentrons.
Quant à ce qu’il se passa à la domus… cela restera dans la domus.
Disons que… qui allume, te Catulle.
Avaricum - Le chant interdit
Gutuater flâne,
Lucius n’est pas fan,
Gutuater tremble,
Car Lucius harangue.
Du latin lointain,
Fort peu anodin,
Une menace frontale,
Quiproquo total.
Lucius fort contrarié,
Gutuater bien benêt,
Se contente d’acquiescer,
Bene, bene, pedica me !
Sous les yeux surpris,
Des passants déconfis,
À la domus ils filent,
Et la nuit défile.
Bene, bene, pedica me !
Fidelis sum, crede me !
Bene, bene, pedica me !
Si Lucius est… va tutto bene !
Note issue du consensus actuel :
Bien que cette entrée, aussi outrancière qu’invérifiable, soit considérée comme fantaisiste au regard du ton habituel du Journal du Gutuater, quelques explications quant à certains termes s’imposent :
« Pedicabo te » (ou forme approchante) est une expression latine attestée (cf. Catulle, Carmina 16). Elle ne relève pas du registre amoureux mais d’une menace de domination sexuelle, inscrite dans les codes sociaux romains où l’acte exprime une hiérarchie plus qu’un désir.

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