Chapitre 1 : Le Rêve qui revient
La nuit n’était pas silencieuse, elle retenait son souffle. Dans l’internat endormi, une seule lampe brûlait encore. Une flamme fine, droite, immobile.
Élyna ne dormait pas. Depuis des années, le sommeil venait à elle comme un étranger : il frappait à la porte… puis repartait. Elle était assise au bord du lit, les mains serrées entre les genoux. Son cœur battait trop vite. Sans raison. Ou peut-être depuis toujours.
Un rêve l’avait réveillée. Encore. Un rêve qu’elle ne comprenait pas. Mais qu’elle reconnaissait. Une clairière. Une statue tournée vers les étoiles. Un regard de pierre qui semblait attendre. Et du sang. Toujours. Elle porta la main à sa paume. Une brûlure ancienne s’y réveilla. Comme si quelque chose, autrefois, avait voulu s’y enraciner.
Elle dévisagea un instant les lieux : une chambre simple dans laquelle elles étaient deux. Elle, Élyna et Mira. Cette dernière dormait profondément dans le lit d’à côté. Sa respiration régulière avait quelque chose de rassurant qui apaisa Élyna. Mira avait toujours été quelqu’un de rassurant. C’était sa seule et meilleure amie depuis son arrivée à l’internat. Elle se souvenait très bien de ce jour-là. Elle était assise sur le banc froid. Autour d’elle, les autres enfants jouaient. Ils criaient, riaient, se poursuivaient. Elle les regardait, de loin, comme si elle n’était pas vraiment là.
— Tu t’appelles comment ?
Une voix. Puis une autre. Elle ne répondit pas, fixant ses chaussures.
Elle s’était fait le serment de ne plus parler. Elle était persuadée, du haut de ses sept ans, que parler pouvait tuer et que cela s’était déjà produit. Aussi, le silence était devenu sa meilleure alliée. Les rires arrivèrent après.
— Elle parle pas !
— Elle est bizarre.
Elle ne bougea pas, comme toujours. Puis le banc eut une légère secousse. Elle releva la tête.
Une fille venait de s’asseoir à côté d’elle.
Cheveux roux, trop rouges pour passer inaperçus.
Yeux bleus, trop clairs. Elle souriait.
— Tu ne parles pas, c’est ça ?
Élyna resta immobile.
— C’est pas grave.
La fille haussa les épaules.
— Je parle pour deux.
Les autres enfants s’étaient approchés.
— Tu vas pas rester avec elle quand même !
La fille leva les yeux au ciel.
— Si.
— Elle va t’attirer des problèmes.
— Tant mieux.
Elle se tourna vers Élyna.
— Moi c’est Mira.
Une pensée vint dans l’esprit d’Élyna :
— Pourquoi ? Pourquoi elle reste alors que tous les autres sont partis ?
Tout le monde était parti, le bruit aussi. Il ne restait qu’Élyna et Mira et le silence entre elles. Quand Élyna releva les yeux sur Mira, elle souriait, comme toujours. Quelque chose se desserra, lentement, comme si le monde devenait un peu moins dur.

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