« Si ce que tu as à dire n'est pas plus beau que le silence, alors tais-toi. »
Le silence n'est pas un vide. Il est une plénitude, un état de grâce où tout est encore possible, où aucune erreur n'a été commise, où aucune blessure n'a été ouverte. Le silence est le canevas blanc sur lequel la parole vient, trop souvent, poser des taches indélébiles.
Nous vivons l’ère du remplissage. Nous parlons pour meubler l'absence, pour éviter le face-à-face avec nos propres peurs. C’est la « parole pour ne rien dire » : ce flux incessant de banalités qui ne sont que du bruit ajouté au monde. Ces mots-matière, sans âme ni but, sont des offenses à la profondeur du silence. Ils n’éclairent rien, ils ne bâtissent rien ; ils se contentent d'occuper l'espace, comme un brouillard sonore qui finit par nous empêcher de nous entendre nous-mêmes.
Plus grave encore que l’inutilité est la blessure. Combien de phrases sont jetées comme des pierres, par simple inadvertance ou par cruauté gratuite ? Le mot qui blesse est une dégradation du monde. Là où le silence offrait une possibilité de paix, la parole malveillante impose une trace indélébile.
Le silence, dans sa neutralité ne trahit jamais. La parole, elle, peut devenir une arme. Choisir de se taire plutôt que de blesser, c'est reconnaître que l'harmonie du néant vaut infiniment mieux que la fêlure d'une insulte ou d'un jugement hâtif.
Dès lors, la "beauté" exigée par le proverbe cesse d'être une simple affaire d'esthétique mais devient une éthique. Un mot est plus précieux que le silence lorsqu'il porte en lui une nécessité : celle de consoler, d'éclairer ou de jeter un pont vers l'autre. La vérité, même ardue, possède une splendeur que le mutisme n'a pas.
Apprendre à se taire, c’est apprendre à respecter la dignité de l’instant. C’est cesser de polluer l'air avec l'insignifiant pour ne laisser passer que l'essentiel. Lorsque nous parvenons à cette économie, notre voix prend un poids sacré : elle ne vient plus briser le silence, elle vient le couronner: alors Si ce que tu as à dire n'est pas plus beau que le silence, tais-toi !

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