Se jeter à l'eau

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-           Allez cousin, fonce !

Il souffla puis lui répondit,

-          Oui, mais si elle n’est pas intéressée, j’aurai l’air d’un con.

-          Elle est intéressée, j’en suis sûre.

-          Tu te bases sur ce que je t’ai raconté ?

-          Oui, attends, elle vient toujours te faire la bise les fois où vous vous croisez, elle t’envoie des mails, professionnels, je te l’accorde, mais elle t’y lance des perches de vingt mètres à chaque fois… Et toi, tu ne vois rien !

-          Non, oui, enfin, je ne sais pas quoi répondre… J’ai peur de lui envoyer une réponse plus suggestive et de me faire remballer, voilà.

-          Non mais attends Christophe, elle t’envoie tous les signes qu’elle peut et toi, tu fais celui qui ne voit rien !

-          Non, mais j’essaye aussi, je trouve des excuses pour aller lui parler…

-          Oui, des excuses professionnelles, des sujets professionnels… Et toujours après qu’elle ait fait le premier pas, c’est ça ?

-          Oui… C’est vrai.

Il soupira.

Madison, sa cousine lui ramenait sous le nez l’info qu’il lui avait rapportée ; celle dont il était secrètement amoureux venait participer à un salon d’information sur les études supérieures dans la ville où il habitait. Il avait vu son nom sur les plannings affichés dans les couloirs de la Haute École.

Madison le poussait à y aller et à tenter une approche avec Clémence, quitte à lui déclarer son amour, tant qu’à faire, mais son cousin était un grand timide, qui se contentait de son célibat et de ses doux rêves.

-          Je ne sais pas Madison…

-          Mais tu le fais exprès ou quoi ?

-          Mais quoi ?

-          Bouge-toi le cul espèce d’imbécile où elle te passera entre les doigts !

-          D’accord, j’irais…

-          Avec plus d’entrain que diable, tu ne vas pas à l’abattoir non plus…

-          Dis, ça te dirait de venir avec moi ?

-          Tu veux que je fasse le chaperon ?

-          Ou la possibilité de repli… Tu vois, si finalement, elle est avec quelqu’un ou un truc comme ça.

-          Ou pour te pousser dans le dos si tu hésites… Là d’accord ! Allez, je file, on se voit demain, devant le hall d’exposition.

Christophe se retrouva seul et se mit à rêvasser, couché sur son lit, en pensant à elle. Il est un fait qu’il aimerait la serrer dans ses bras, l’embrasser, partout sur le corps, la caresser et la pénétrer hardiment.

Dans ses rêves, elle y consentait, qu’en serait-il dans la réalité ? Il était persuadé qu’elle n’était pas intéressée « plus que ça », par lui. Même s’il rêvait du contraire.

Tiraillé par ces questions, il finit par s’endormir.

 

Au petit matin, il se réveilla guilleret et se prépara pour sa journée. Il entendit qu’il avait reçu un message sur son portable. Il le consulta, il provenait de sa cousine.

Alors cousin prêt à tenter d’être heureux ?

Il sourit, Madison ne le lâcherait pas, ça, non !

Il prit le temps avant de lui répondre,

Oui, prêt, enfin s’il le faut, tu me pousseras vers le bonheur, non ? À tantôt !

Une fois prêt, il sortit de chez lui et se rendit vers le lieu où il avait fait rendez-vous avec Madison.

 

Une fois sur place, il se rendit compte qu’il était en avance. Il s’assit sur un rebord de muret et observa les mouvements d’allées et venues provenant du hall d’exposition… Lorsqu’elle apparut.

Il se sentit tout d’un coup engourdi, ne sachant que faire, puis il la vit qui se rapprochait de lui. Elle l’interpella,

-          Hé Christophe, qu’est-ce que tu fais ici ?

Elle se rapprocha de lui pour lui faire la bise, il se leva, lui tendit la joue et déposa ensuite un chaste baiser sur sa joue à elle aussi tout en déposant sa main sur son épaule.

-          J’attends ma cousine, elle va entamer des études supérieures et je l’accompagne pour qu’elle puisse se renseigner.

-          T’es un cousin qui joue les grands frères alors ?

-          Oui, c’est ça, et toi ? Tu viens ici,… Tu viens pour le boulot ?

-          Oui, je tiens un stand, si ta cousine veut devenir infirmière, elle peut passer chez moi.

Elle lui sourit franchement, Christophe chercha rapidement quoi dire.

-          Ah, je ne sais pas trop ce qu’elle veut faire en fait, je lui proposerai en tout cas.

-          Et toi, aussi, n’hésites pas à passer faire un coucou si tu en as l’occasion… Et l’envie. Je serais toute seule de ma section et je ne suis pas contre un peu de compagnie.

Il rebondit de suite,

-          Oh, oui, pas de souci, je pense que je pourrais bien venir te tenir compagnie à un moment… Ma cousine n’aura peut-être pas envie que je la chaperonne toute la journée…

-          Ok, ça me fera plaisir Christophe.

Elle rajusta son sac qu’elle portait en bandoulière et lui dit, avec un petit soupir,

-          Je vais devoir te laisser, Christophe, je  dois y aller, je dois installer le stand.

-          Oui, à tantôt, lui dit-il en lâchant son épaule qu’il tenait encore dans sa main.

Clémence se dirigea vers l’entrée tout en jetant deux fois un regard derrière elle, en direction de Christophe, qui la regardait s’éloigner en souriant.

Il fut sorti de sa bulle par Madison qui lui sauta littéralement dessus pour l’effrayer.

-          Ah, tu as pris de l’avance Cousin !

-          Quoi ? Ne me saisit pas comme ça Madison s’il te plaît !

-          C’était elle, non ?

-          Qui ?

-          Qui est venu te dire bonjour, là de suite et qui vient de partir ?

-          Oui, répondit-il avec un sourire qui lui ensoleillait le visage.

-          Aaah t’as pris de l’avance alors… Raconte !

-          Eh bien, c’est à nouveau elle qui est venue vers moi.

Madison lui fit la tête, il poursuivit,

-          Oui, c’est elle qui est venue, moi, je t’attendais ici et quand je l’ai vue, je n’ai plus su bouger… Je suis sûr que je devais être rouge pivoine, en plus !

-          Et quoi alors ? Moi, de loin, j’ai vu que vous vous êtes fait la bise et que tu la tenais par l’épaule.

-          Ah, mais tu nous regardais en fait !

Madison haussa les sourcils et lui dit,

-          Continue l’histoire…

-          Oui, donc, elle est venue me dire bonjour, elle m’a demandé ce que je faisais là et… Euh, j’ai dit que je t’accompagnais pour que tu puisses choisir tes études supérieures.

-          Ah oui… Tu sais pourtant bien que je suis en deuxième année vétérinaire, non ?

-          Oui, je sais bien, mais je ne savais pas quoi dire… Et je ne voulais pas lui dire « je viens pour te draguer, accompagné par ma cousine qui me poussera dans le dos ».

-          Oui, c’est vrai, mais bon, je vais devoir jouer la rhétoricienne qui ne sait toujours pas ce qu’elle veut faire, c’est ça ?

-          Oui et non…

-          C'est-à-dire ?

-          Bah, je lui ai dit que probablement, à un moment, tu en aurais marre que ton vieux cousin soit tout le temps à côté de toi… Et qu’à ce moment-là, je passerais lui dire bonjour à son stand.

-          Bien Christophe ! Tu t’améliores ! Bon, on fait quoi alors ?

-          Eh bien, je te propose de quand même visiter ce salon étudiant puis de voir comment cela se passe à l’intérieur.

-          Oui, je trouverais peut-être des copains à moi avec qui passer un peu de temps pendant que tu iras draguer.  

-          Hahaha ! Tu sais, elle est ici pour bosser et elle est la seule de sa section, donc toutes les infos à donner, c’est elle qui devra les donner.

-          Ça y est, tu te dégonfles déjà !

-          Mais non, Madison, je suis réaliste, c’est tout.

-          Bon, viens, on y va, sinon je vais finir par te passer un savon… Grr !

Ils entrèrent tous les deux et découvrirent une bonne partie du salon. Il était encore tôt, les étudiants en manque d’idées n’étaient pas trop nombreux.

Madison donna un coup de coude dans le ventre de Christophe.

-          Elle est là.

-          Aie, oui, c’est elle, mais dis, ça ne va pas la tête ? Lui dit-il en se frottant le ventre.

-          Oh ça va, je t’ai à peine effleuré ! Mauviette !

-          Juste effleuré ! Purée, c’est quoi quand tu frappes vraiment ?

-          C’est ce que tu connaîtras si tu ne vas pas lui faire un petit coucou, lui répondit-elle avec un grand sourire.

-          Eh mais c’est bon, tu vois bien qu’elle est occupée, là, non ?

Elle lui fit un signe de tête et un grand sourire en indiquant le stand de Clémence.

Christophe lui faisait de gros yeux lorsqu’il se rendit compte que Clémence regardait dans sa direction. Il saisit l’occasion de lui faire un signe de la main.

Elle lui répondit en faisant le même signe, tout en disant au revoir au groupe qu’elle venait de renseigner.

Christophe s’avança, suivi de Madison qui traînait un peu… « Volontairement », sembla-t-il à Christophe.

-          Je te dérange en plein boulot, ça va ? Apparemment, tu as du monde.

-          Oh oui, il y a du monde… Mais tu ne me déranges pas, ça me fait un petit break !

-          Tout le monde veut devenir infirmier, c’est bien pour toi.

-          Oh, il y en a qui ne font que passer, tu sais, et toi, ça va ? Le reste du salon est bien ? Et ta cousine, elle trouve ce qu’elle veut faire ?

-          Ah oui, que je te présente, Madison, voici Clémence, une collègue et inversement, Clémence, voici ma cousine, Madison.

-          Bonjour Madison.

 Clémence lui tendit la main, Madison s’en saisit et lui répondit,

-          Bonjour Clémence.

-          Vous, tu ?

-          On peut se tutoyer, t’es une amie de mon cousin.

Madison bouscula un peu Christophe qui réagit,

-          Hé ! Mais ça ne va pas toi !

Clémence sourit et demanda,

-          Tu trouves des idées pour tes études ?

-          Ah, mais oui, je veux devenir vétérinaire.

-          Oh, ce choix m’a l’air bien arrêté, puis, regardant Christophe, ton cousin semblait me dire que tu ne savais pas encore ce que tu allais faire.

-          C’est normal, il a toujours un wagon de retard pour certaines choses, hein Christophe !

-          Dois-je répondre à ce genre d’allégations ? Lui dit-il avec un demi-sourire.

-          Si je peux me permettre, au moins ta cousine semble savoir ce qu’elle veut, c’est bien… Enfin, je trouve.

-          Oui, mais elle a un côté buté parfois… Répondit-il à Clémence, tout en regardant Madison.

-          Bon, ben, moi, je vous laisse papoter entre vous, je vais me renseigner chez les vétérinaires et assistants vétérinaires. On se voit, plus tard, cousin ? À plus Clémence !

Madison leur adressa un sourire à tous les deux puis tourna les talons et les laissa en plan.

-          Ah oui, elle a du caractère, mais c’est important, il en faut, elle ne se laissera pas faire.

-          Ça oui, elle en a et quand elle veut quelque chose, elle fait tout pour l’obtenir…

Clémence le regarda, puis, avec un sourire en coin, elle lui demanda,

-          C’est un profil familial ?

Un peu saisi, Christophe ne réussit pas à lui répondre du tac au tac,

-          Euh, et bien, euh… Non, je dirais qu’elle est plus combative que moi par exemple.

-          Ah oui ? Tu ne te bats pas pour ce que tu veux ?

-          Ben… Ça dépend...

-          Ah bon, professionnellement, par exemple, tu n’es pas là où tu voulais être ?

-          Ah oui, professionnellement, oui, pas de souci, là, je sais où je vais et comment j’y vais !

-          C’est ailleurs que tu as plus de mal alors, lui dit-elle, toujours avec un petit sourire en coin. 

Il capta son sourire et se lança,

-          Oui, c’est bien ça, il y a d’autres matières dans lesquelles j’ai plus, comment dire, de difficultés à arriver à ce que je veux.

-          Il y a certaines matières qui ne s’envisagent pas comme un plan de carrière non plus…

-          De fait…

Le temps leur sembla suspendu, chacun se tut, cherchant quoi répondre ; elle avait mis le doigt sur le sujet qui le préoccupait. De son côté, le cœur de Clémence battait trop vite, elle avait peur d’avoir été trop vite, trop loin… Il allait la prendre pour une obsédée à toujours lui faire des sous-entendus… Mais elle voulait savoir. Etait-il, oui ou non, intéressé par elle, autrement qu’en tant que collègue ?

Leur bulle de réflexion éclata suite aux interpellations d’un groupe qui venait demander des renseignements à Clémence, cette dernière regarda Christophe dans les yeux et lui dit,

-          Je dois m’y remettre, à contrecœur… J’aurais préféré continuer à papoter avec toi, on se voit tellement peu à l’école…

Christophe attrapa sa main alors qu’elle retourna vers le stand et lui proposa,

-          Clémence, tu serais d’accord si je te ramène quelque chose à boire ou à grignoter ? On continuera à discuter à ton prochain moment de pause, si tu veux…

-          Oh oui, prend ce que tu veux, mais rien de « light » coté boisson, je ne supporte pas l’aspartame.

Elle lui serra la main puis la lâcha tout en lui souriant et s’éloignant de lui. Son cœur galopait dans sa poitrine… Il allait revenir et lui tenir compagnie. Une bouffée de chaleur l’envahit et lui rendit le pied léger pour rejoindre son stand.

Christophe la regarda s’éloigner et prendre en charge le groupe qui piochait déjà dans ses brochures d’information. Il s’éloigna, un sourire aux lèvres, se dirigeant vers le bar-buffet du salon sans vraiment regarder autour de lui.

Madison le harponna !

-          Et alors, Christophe ! Raconte !

-          Aah Madison ! La prochaine fois, j’aurais une crise cardiaque !

-          Oh, c’est bon, arrête… Et alors ??? T’as l’air sur ton nuage.

-          Je suis sur un petit nuage, je viens lui chercher une boisson et de quoi grignoter.

-          Et vous avez causé de quoi ?

-          De ta combativité !

-          Oh ! Toi, toujours à détourner les conversations pour ne pas arriver au cœur du sujet !

-          Et des matières pour lesquelles il n’y a pas toujours moyen de faire un plan de carrière.

-          Quoi ?

-          On commence à discuter des choses de la vie quoi, Madison.

-          Ah, ok, va, va alors ! Tu as ma bénédiction.

Elle le laissa acheter les victuailles qu’il comptait rapporter à Clémence, après lui avoir glissé un « vas-y, fonce ! » à l’oreille.

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