Chapitre 17

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Le soleil est bien haut en ce jeudi après-midi si bien que j’ai décidé de faire mes devoirs au terrain et de profiter du bon temps. J’étale une petite couverture sur l’herbe et m’installe. Je me concentre sur la chimie qui me casse la tête. La sonnerie de mon téléphone retentit soudainement. J’ouvre ma boite mail et le nom d’Emurio apparait. Mon pouls s’accélère.

Bonjour Raquel,

J’espère que ton apprentissage et tes études à Elementa se passent bien. J’y ai beaucoup réfléchi et je voudrais te passer le nom d’un de nos laboratoires qui sont à la recherche d’un remède pour l’incompatibilité. J’ignore si tu entretiens une relation avec ton messager Jim Clark mais je voulais néanmoins te communiquer ceci. Réfléchis-y. Les informations sont en pièce jointe.

Excellente journée, Emurio.

Je suis stupéfaite. J’ai cru qu’il avait oublié. Presque trois mois sont passés depuis mes examens et notre conversation. Que faire avec ce message? J’ai d’abord pensé que son allusion au Conseil fut très inappropriée de sa part mais maintenant que Jim et moi sommes ensemble, je ne sais pas. J’ai pensé plusieurs fois aux couples qui se prestent cobayes. Je sursaute lorsque deux bras m’encerclent la taille.

— Oh c’est toi, je dis en reconnaissant son odeur.

Son nez frôle mon cou et je frissonne.

— Tu m’as manqué, il dit.

Il s’assoit devant moi.

— Moi aussi. Tu tombes bien, j’ai reçu un mail d’Emurio.

Il fronce les sourcils.

— Des autres tests ?

— Non, il m’a passé les coordonnées d’un laboratoire qui sont à la recherche d’un remède.

— Oh.

Il ne dit rien d’autre et j’angoisse.

— Je m’attendais à une autre réaction, je murmure après quelques minutes.

Il semble sortir de sa transe et prend mes mains dans les siennes.

— Non désolé, j’ai été pris de court. Qu’est-ce que tu en penses ?

— Je ne sais pas. Je me demande pourquoi il est obstiné à penser que nous sommes ensemble. Je l’ai vu pour la dernière fois il y a des mois et je lui ai dit que non. Et maintenant il m’envoie un mail ?

— Je ne pense pas que ce soit anodin. Peut-être il a assigné quelqu’un pour te surveiller, il renchérit.

Je me raidis. Me surveiller ? Cette possibilité me rend extrêmement inconfortable. J’imagine quelqu’un dans l’ombre, qui me scrute. Je soupire.

— Tu voudrais essayer ? je demande. On n’a rien à perdre.

— Okay.

Il n’a même pas hésité. Sa réponse immédiate me touche. J’ai envie de l’embrasser. Il est tellement craquant.

— Merci, je dis.

Il me tient délicatement le menton.

— Tu n’as pas à me remercier Raquel. Je vais le faire parce que je voudrais être avec toi dans tous les sens du terme et si faire le test d’un remède y aide, soit.

J’acquiesce et me perd dans ses yeux. […]

Je communique notre décision aux filles le lendemain en cours. Evidemment, elles ne sont pas très discrètes pour cacher leur étonnement. Je croise le regard en biais de certains de mes camarades et adopte une moue blasée. Georgia se porte volontaire pour nous accompagner. On ne se sait jamais, elle dit. Je lui assure que ça ira mais elle insiste. Jim et moi décidons d’y aller le jour d’après en début d’après-midi. On s’est donné rendez-vous devant les grands arbres à l’entrée d’Elementa. J’ai enfilé un jean foncé, un t-shirt blanc et une veste en daim pour l’occasion. Ma queue de cheval balance au grès de mes pas. Georgia marche à mes côtés, le visage sérieux. C’est la première fois que ses cheveux épais ondulés sont lisses. Ils lui vont bien. Je préfère la Georgia avec ses cheveux naturels cependant. Nous arrivons. Je profite du bon temps et me régale de l’odeur boisée. Je me tourne vers Georgia qui est étrangement silencieuse.

— Tout va bien ? Je ne crains pas le test. Le pire qui puisse arriver est que le remède provoque des effets secondaires, je dis pour la rassurer.

— Je n’aime pas que tu aies à faire ça, ce n’est pas juste.

— Je sais. C’est comme ça, je réponds.

Elle hoche la tête sans grande conviction.

— J’ai l’impression que ce n’est pas tout. Tu me dirais si quelque chose ne vas pas ? Tu sais que je suis là pour toi, j’insiste.

Elle s’apprête à répondre lorsque Jim arrive. Il me dépose un bisou sur la joue et salut Georgia. Nous nous empressons de partir. Le laboratoire se situe de l’autre coté d’Occidens dans une zone que je n’ai jamais vue. Je note dans un coin de ma tête de redemander à Georgia plus tard. La marche prend une bonne vingtaine de minutes. Nous débouchons dans une zone un peu plus industrielle. Des grands bâtiments se dressent devant nous, les rues sont remplacées par des routes. Le laboratoire se situe dans un immeuble en pierre blanche. La réceptionniste remarque nos mains entrelacées une fois entrés.

— Vous êtes ici pour le test du remède ? elle demande.

— Oui, je confirme.

J’ai soudain la boule au ventre. La pièce a cette odeur froide et coupante d’alcool qui colle à la gorge. Jim me serre la main. Son visage ne laisse rien deviner mais je sens son stress aussi.

— Vous allez pouvoir parler avec un médecin chercheur qui va vous expliquer le processus, elle dit avec un sourire crispé.

Pense-t-elle que nous sommes des « déchus » ? Je la suis et nous entrons dans une salle de consultation. Un homme aux cheveux poivre sel nous accueille.

— Bonjour, asseyez-vous je vous prie. Vous êtes une accompagnante ? il demande à Georgia.

Elle acquiesce.

— Le processus est simple. Nous sommes à la recherche depuis près de cinquante ans d’un remède qui puisse donner solution à l’incompatibilité entre éléments. Evidemment nous n’avons pas eu des résultats très satisfaisants jusqu’à présent mais il ne faut jamais arrêter.

— Tout dépend du remède alors ? demande Jim.

— Non. Nous sommes aussi à la recherche d’un couple qui présente peut-être des caractéristiques génétiques ou propres à eux, favorables à la création d’un remède.

Je hoche la tête.

— Vous présentez un retard dans votre transformation mademoiselle, n’est-ce pas ?

Je croise son regard sérieux et acquiesce.

— C’est à prendre en compte.

Il ouvre un tiroir et en sort un petit flacon avec un liquide foncé.

— Ceci est la dernière version de notre recherche. Ce que nous faisons est facile. Nous invitons au couple à aller dans une salle et à s’embrasser. Nous laissons cinq à dix minutes puis il revient et boivent le remède. Les résultats sont normalement immédiats. Soit vous pouvez utiliser votre pouvoir ce qui n’est jamais arrivé, dans quelques cas rares, certains ressentent un peu leur pouvoir, ou dans la plupart vous ne sentez rien.

Je ressens de la gêne. Devoir s’embrasser dans une salle à coté me parait tellement…bizarre. Georgia se racle la gorge.

— Et comment ça se passe pour les cours ? elle demande.

— Vous pouvez dire que vous êtes malades, c’est l’excuse que les couples utilisent ou nous envoyons une notification aux enseignants.

Je préfère dire que je suis malade. Je ne veux pas partager une décision tellement personnelle. Jim est d’accord aussi. Nous signons des papiers attestant notre connaissance du processus puis c’est bon. J’ai l’impression que mon cœur va sortir de ma cage thoracique. Je croise le regard de Georgia. Elle me sourit en guise d’encouragement. Le médecin nous mène à une salle à coté puis la ferme. Il y a une table et un fauteuil. Très sobre. Je lève la tête et vérifie qu’il n’y ait pas de caméras. Je suis un peu parano. Jim s’adosse contre la table. Je vois ses mains tambouriner.

— On a cinq minutes, c’est ça ? il demande.

— Oui.

Je souris nerveusement.

— Cette situation est très bizarre et je n’avais pas en tête de t’embrasser dans un labo mais je vais profiter de cette occasion.

Je vois sa pomme d’Adam descendre tandis qu’il s’avance vers moi. Il prend mon visage et m’embrasse. Je manque de fondre. Mes doigts empoignent son t-shirt. Il approfondit le baiser et je gémis. Il m’a manqué. Ses mains descendent le long de mon dos, ma taille. J’explore son torse, ses épaules, son cou. Je me délecte de la chaleur de son corps, de le sentir sous mes doigts. Il me soulève et me pose sur la table. Je ressens des papillons dans le ventre. Je frisonne en sentant ses doigts serrer doucement mes cuisses. Mon cerveau vrille face à toutes ces émotions. J’oublie ce qui m’entoure et ne pense qu’à Jim. Il rompt le baiser pour m’embrasser le cou.

— J’aimerais pouvoir faire ça à Elementa, il murmure à mon oreille. Chez toi, chez moi, où tu veux.

Je frissonne et le tire à moi. Je croise ses yeux voilés de désir un instant avant qu’il ne m’embrasse à nouveau. J’ai les mains dans ses cheveux lorsqu’un toc à la porte nous arrête brusquement. Jim recule doucement, le souffle erratique.

– Vous pouvez revenir à présent, dit le médecin derrière la porte.

J’arrange ma tenue et commet l’erreur de croiser le regard de Jim. Un sourire en coin étire ses lèvres. Je pouffe et lui donne une tape sur le bras.

– C’est sérieux, je dis.

– Je sais, il répond sans autant perdre son sourire.

J’ouvre la porte et retourne à notre salle de consultation, Jim à mes talons. Georgia se tient droite lorsque nous arrivons. Je vois le flacon d’avant. Le fameux remède. Je crains le résultat. Les effets secondaires. Je pourrais avoir une thrombose, des vomissements, des vertiges, qui sait ? Jim me serre le bras et m’indique de m’asseoir. Je me suis égarée dans mes pensées.

– Maintenant il ne vous reste plus qu’à boire notre remède. Je suis là pour toute réaction de votre part, il dit et je lis de la vérité dans ses yeux.

Néanmoins, je gigote sur ma chaise, incertaine. Georgia à ma gauche, me serre la main. Je prends le flacon avant de constater que Jim l’a bu cul sec. Je grimace, prend mon courage à deux mains et fais de même. C’est une dose relativement petite. Le gout surprenamment sucré passe facilement. Nous attendons dix minutes dans un silence un peu gênant. Je me concentre sur mes sensations. J’ai presque l’impression de voir flou mais c’est mon esprit qui me joue des tours. La voix grave de Jim me fait sursauter.

– Je n’ai pas accès à mon pouvoir, il dit.

Je puise en moi et anticipe le vide de ne rien sentir dans mon estomac mais contre toute attente, je réussis à sentir quelque chose. Je ferme les yeux. De la chaleur. Je peux ressentir de la chaleur ! J’essaie de la tirer à moi, de la ramener à mes mains, de ressentir ces picotements qui me sont désormais tellement familiers. Non. Je rouvre les yeux. Ils me regardent tous avec un mélange d’inquiétude et anticipation. Je secoue la tête.

– J’arrive à ressentir un peu de chaleur dans mon estomac mais rien de plus.

– C’est quelque chose alors, non ? s’exclame Georgia.

– C’est un signe que le remède a un effet sur elle et pas sur Jim, décrète le médecin. Mais il n’a néanmoins pas accompli notre objectif.

Je vois les épaules de Jim s’affaisser et mon cœur se serre. Nous sortons du laboratoire la mine défaite. Je n’avais pas beaucoup d’espoir mais ça fait mal quand même. Jim marche à mes côtés, les mains dans les poches, silencieux pendant tout le trajet. Georgia devine le besoin de nous laisser seuls et s’en va directement aux dortoirs. Jim continue de déambuler autour du terrain. Je le retiens d’une main.

– Ça va ? Je suis désolée que ça n’ait pas marché, je dis d’une petite voix.

– Je suis désolé moi aussi. Je ne m’attendais pas à que ça m’affecte autant.

Il a le visage baissé.

– On a essayé, c’est ce qui compte.

Je souris faiblement.

– Ouais. Tu as eu une petite réaction, c’est positif.

Il lève enfin le regard dans ma direction.

– Jim…

Je ressens une tension étrange entre nous.

– Je ne regrette pas si c’est ce que tu penses. Je ne pourrais jamais le regretter, il dit.

– Mais ?

Ma lèvre inférieure commence à trembler.

– Il n’y a pas de mais. Je suis un peu déçu, c’est tout. Je dois réviser pour un examen. On se voit demain ?

Je lis une once de tristesse dans son regard. J’acquiesce, incapable de parler. Il semble hésiter puis m’embrasse sur la joue avant de partir. Je ressens un froid immense après son départ. J’ai envie de pleurer. Pense-t-il que tout ceci est une erreur ? Que notre relation requiert trop de sacrifice ? Je passe une main dans mes cheveux. Une larme coule le long de ma joue.

Je m’enferme dans ma chambre le reste de l’après-midi, morose. Je n’ose pas lui envoyer de message. Mieux vaut digérer la nouvelle chacun de son côté.

[…]

Il est 19 heures du soir. Je me prépare pour descendre à la cantine avec les filles. Georgia ne vient pas avec nous. Elle se prépare pour aller à une réunion de groupe pour un devoir apparemment. Je dis apparemment parce que je ne la crois pas. Elle a une attitude un peu étrange depuis quelques jours. Je n’ai pas trouvé le bon moment pour lui demander si ça allait. Jenny lit un livre à son bureau tandis que j’enfile un legging lorsque Jessica entre. Ses mains sont remplies de flyers.

– J’ai trouvé ça dans un tiroir du bureau de Georgia, elle dit en s’asseyant sur mon lit.

Il y en a environ cinq. Elle les éparpille. Je fronce les sourcils en lisant le nom Gregorio Rolz et le symbole des Terrans. Jenny se lève et en prend un. Ce sont des publicités, des messages de son discours politique. De la propagande. Le dernier date d’aujourd’hui.

– Ils ont organisé une réunion pour ce soir, dit Jessica.

– C’est pour ça qu’elle s’en va ? je demande, un peu outrée.

– Je ne sais pas.

– Attend, dit Jenny. Tu as fouillé dans ses affaires ?

Jess croise les bras et lui lance un regard condescendant.

– Je cherchais un taille crayon, elle explique.

– Elle est où ? Je chuchote.

Mes yeux se fixent un instant sur notre porte entrouverte.

– Dans la douche, dit Jess.

– Vous croyez qu’elle veut servir leur cause ? demande Jenny.

– Je ne crois pas, je dis.

– Pourquoi elle nous a caché tout ça alors ? elle riposte.

– Je pense qu’on ferait mieux de lui demander directement, dit Jess.

J’acquiesce. J’ai le ventre noué. Il y a une possibilité que Georgia puisse être attirée par le discours de Rolz. Elle est une Terran après tout. Georgia sort de la douche cinq minutes après. Jenny se lève.

– Georgia !

– Jenny ! Attend, elle vient de sortir de la douche, je la réprimande.

Elle m’ignore et entre dans la chambre. Georgia nous fait face, les cheveux enroulés dans une serviette.

– Qu’est-ce qui se passe ?

Elle observe nos visages puis ses yeux trouvent les flyers froissés dans les mains de Jenny.

– Vous avez fouillé dans mes affaires ? C’est personnel, elle dit, la mine sombre.

– Qu’est-ce que c’est ? Tu vas à leurs réunions maintenant ? Pourquoi tu nous l’as caché ? Tu te rallie à leur cause ?

Je pose une main sur l’épaule de Jenny pour la calmer. Georgia arrache les flyers de ses mains et les range à nouveau dans son tiroir.

– Je ne vous ai rien dit parce que je ne voulais pas vous inquiéter. Visiblement ils envoient leurs messages à tous les Terrans d’Occidens. Ils sont de plus en plus nombreux. Ils ont…

Elle s’arrête, le regard perdu.

– Ils ont des armes. J’en ai parlé avec des autres Terrans d’ici. Certains m’ont dit qu’ils sont nombreux et ont des armes. Ils sont dangereux.

Elle commence à faire les cents pas.

– Ce soir j’ai décidé d’aller à leur réunion parce que ça va être majeur. Ils vont parler de stratégie. Je voulais observer. Ça me concerne. Mais je ne me suis pas ralliée à leur cause.

Elle lance un regard appuyé à Jenny. Mes épaules se détendent.

– Laisse-nous aller avec toi, dit Jessica. Tu ne peux pas y aller seule. Je veux y aller.

– Moi aussi, je dis. Mieux vaut s’y rendre en groupe. On ne sait jamais. Tu as dit qu’ils ont des armes.

– Je ne veux pas vous mêler à ça, elle dit.

– C’es trop tard, répond Jenny.

Son ton est décisif. J’enfile notre tenue de combat noire et m’attache les cheveux. Je me sens désarmée sans mes pouvoirs. Je suis rassurée de sentir une petite chaleur au creux de mon estomac et non pas le vide de l’autre fois. Mais je reste impuissante. Nous sortons à huit heures et partons en direction de la Grande Forêt. Quinze bonnes minutes sont nécessaires pour atteindre la lisière. Il fait très sombre. Je trébuche plus qu’une fois. Je me maudis de ne pas avoir pris une lampe de torche. Heureusement, Jenny illumine le chemin avec une petite flamme. Georgia mène le pas. J’adore la Grande Forêt. J’y ressens une sorte de sécurité. Mais je ne la connais pas. Je m’y suis promenée que quelques fois. Je perds tout sens de l’orientation après dix minutes de marche. Tout se ressemble. Tous les recoins, les arbres, les buissons. Des voix me parviennent soudainement. Nous bifurquons à gauche et les arbres s’ouvrent sur une grande clairière. J’aperçois une petite balustrade. Je reconnais Rolz et sa voix puissante avec un frisson. Il doit y avoir presque cent personnes. La majorité sont debout. Les plus proches de Rolz sont assis sur des rondins de bois. Nous nous melons à la foule. Georgia s’apprête à continuer davantage mais je la retiens.

– Restons ici. On écoute bien. C’est assez.

Elle obtempère malgré elle. Jessica me serre le bras gauche. Je grimace.

– Nous ne voulons plus attendre, dit un des acolytes de Rolz. Nous voulons prendre le contrôle de L’Arbre.

Des chuchotements parcourent la foule.

– L’Arbre ? hurle un homme. Ce n’est pas un peu trop risqué ?

– Oui, ajoute un autre. C’est ce que nous prisons le plus. On ne peut pas.

Gregorio lève les bras.

– Du calme. Nous ne voulons pas abattre l’Arbre évidemment. Mais comme vous avez bien noté, l’Arbre est le bien le plus précieux de tout Ocmundi. Et si nous montrons au gouvernement, aux Fuocans, aux Arias, aux Acquas qui commande ici ? Hein ? il hurle.

La foule réagit avec enthousiasme.

– Nous sommes prêts. Nous avons des armes et les meilleurs gauchers avec nous. Qui peut nous arrêter ?

– Personne ! crie une femme à droite.

– On va juste les effrayer un peu. Montrer que les Terrans ne se sont jamais laissé faire. Nous sommes prêts à prendre le rôle qui nous correspond ! Etes-vous avec moi ?

Les gens crient leur approbation. Certains commencent à scander son nom. Le visage de Rolz s’étire avec un sourire satisfait. Il est mesquin. Je me sens tellement inconfortable. Jessica essaie de cacher sa peur mais je sens sa main trembler. Ils veulent prendre contrôle de l’Arbre ? Je n’y crois pas. Je serre les poings. Ils ne peuvent pas faire ça. L’Arbre est de tous. Georgia mort le bout de son pouce nerveusement. Un coup de feu retentit. La pluie s’abat soudainement sur nous. J’entend des cris. On nous bouscule. La foule se disperse. Plus personne ne se tient sur la balustrade. Le premier à partir c’est ça ? pensai-je avec amertume. Je ne comprends pas ce qui se passe. Georgia me prend par le bras.

– On doit partir. Des gardes sont arrivés, elle hure à travers le vacarme.

Des gardes ? Je cherche frénétiquement puis les vois enfin. Une dizaine de personnes vêtues de noir, des fusils à la main courent en direction de la foule. C’est la première fois que je vois la Garde. L’équivalent de la police à Ocmundi. Je suis les filles. Il faut absolument rentrer à Elementa. Je prends mes jambes à mon cou et essaie de trouver un chemin. Quelqu’un tombe devant moi. Un homme me rentre dedans. Je me crispe, une main sur le bras. J’entrevois un grand mec à quelques pas de moi. Il a les cheveux longs, bruns. Est-ce ? Est-ce Walter ? Mon cœur bat à mille à l’heure. Je n’ai pas le temps de voir son visage. Jenny me tire et nous arrivons à sortir du chaos. Je me retourne encore une fois. Il ne pleut plus. Je remarque avec choc un des gardes postés en retrait, la main levée. C’est un Acqua. C’est lui. Nous prenons la fuite. Je perds la notion du temps jusqu’à percevoir la silhouette rassurante de l’Ecole. Je m’adosse à un arbre, à bout de souffle. Je passe une main le long de ma couette. Je suis trempée. Jessica et Jenny arrivent en trottant. Je ne vois pas Georgia.

– Où est Georgia ? je demande.

Jenny se retourne, figée.

– Je croyais qu’elle était avec nous.

– Elle n’est pas là. Où-est-elle ? je répète en haussant le ton.

– Les gardes l’ont pris ? demande Jess, la main à la bouche.

Ça ne peut pas être vrai.

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