Chapitre 20

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J’arrive à Elementa presque en courant. Je tire Jim de la main. Il trébuche un peu sous le poids de son sac et de ma valise dans son autre main. J’ai trop envie de revoir les filles. Retrouver cette odeur boisée, cette architecture, cette magie dans l’air m’a revigorée. Et il fait beau. En plus de tout ça, mon pouvoir bout à nouveau dans mes veines. La chaleur vrombit dans mon estomac. Du calme, pensai-je.

– Bon on va faire plus vite, dit Jim en soupirant.

Il m’enserre la taille puis nous sommes propulsés dans les airs. Je ravale un cri et m’accroche à son bras. Nous volons à deux mètres de hauteur, ce que je lui suis reconnaissante. Il me dépose dans le terrain qui grouille de monde.

– Ils doivent être par-là, il dit en cherchant ses amis.

Quelqu’un me percute de plein fouet. J’émet un hoquet de surprise. C’est Jessica. Je l’enserre avec un sourire. Georgia et Jenny arrivent à leur tour et nous voilà au complet.

– Tu as pris de la couleur, observe Georgia.

– La Californie, je réponds en haussant les épaules.

Nous avons toutes pleins de choses à nous dire. Scott salue Jim d’une frappe au dos.

– Tu m’as manqué mec, il dit.

– Ouais mais sois pas trop collant, répond Jim en le poussant.

Scott l’ignore et passe un bras autour de ses épaules. Jenny embrasse Ralph brièvement avant de partir avec nous à la cabane.

– Que c’est bon de revenir à la maison, exclame Jenny en ouvrant grand ses bras dans notre chambre.

– Jenny est patriote maintenant, je crie.

– Je t’avais dit qu’elle serait la première, répond Georgia.

Jenny et Georgia se mettent à cuisiner quelque chose tandis que je déballe mes affaires. J’entends Jess enseigner du jargon écossais. Je répète à mi-voix. Jenny me lance un regard en biais. Je m’en vais préparer la table après avoir fini.

– Pourquoi tu souris ? me demande Jess derrière moi.

Je sursaute.

– Mon dieu, tu m’as fait peur. Je ne souris pas.

– Si, je t’ai vu. Dis Georgia, tu ne trouves pas que Raquel a changé ?

Celle-ci fait volte-face et m’observe en plissant excessivement les yeux. Je croise les bras.

– Peut-être, elle finit par dire.

– Il s’est passé quelque chose pendant les vacances ? demande Jess.

– Non, je réponds vite.

Je continue de mettre la table. Je me maudis d’être aussi lisible. Je devrais adopter le visage blasé de Walter.

– J’ai vu mes parents, Ben et mes amies, c’est tout.

– Jim habite aussi à Chino Hills non ? dit Jess.

Je mords ma lèvre inférieure. J’inspire.

– On l’a fait, je lâche.

– Quoi ?

Jenny sort de notre chambre en trombe.

– Tu l’as fait avec Jim ?

Je hoche la tête. Elles me regardent toutes avec des yeux ronds.

– Ne vous inquiétez pas, on l’a fait avant la fin des vacances. J’ai récupéré mes pouvoirs aujourd’hui, j’explique.

Je laisse une petite flamme sortir de ma main gauche puis l’éteins.

– Et c’était comment ? demande Jess.

Je triture mes mains.

– C’était… vraiment bien.

– Vraiment bien ?

– Il était vierge aussi ? demande Jenny.

– Je ne crois pas, il savait ce qu’il faisait.

Je toussote et rougis un peu. Jenny et Jess s’exclament en chœur tandis que Georgia s’esclaffe.

– Je tiens à dire que c’était un peu inconscient de votre part, elle dit.

– Oui je sais.

S’ensuit toute une conversation sur ça. Je ne dévoile pas les détails mais j’alimente un peu les ragots. Jenny est allé à New Jersey voir les siens, Jessica en Ecosse et Georgia en Argentine. Elles ont aussi expérimenté un dépaysement comme moi, surtout Georgia et Jenny. Que nous le voulions ou pas, Ocmundi nous a changé à jamais.

Nous reprenons les cours le lendemain. Cours de magie avec Cholea à première heure. C’est violent. Nous allons près de la Grande Forêt pour la première fois pour nous entrainer et non pas dans la salle de pratique. Une légère brise fait sortir des mèches de ma queue de cheval. Je vois du coin de l’œil Walter avec Will. Il s’est coupé les cheveux. Ils frôlent à peine ses clavicules maintenant. Aujourd’hui, Cholea porte une combinaison souple vert kaki et ses cheveux d’ébène sont lâchés. Toujours aussi belle, pensai-je. Elle attend que nous nous rassemblions devant elle.

– Vous vous demandez surement pourquoi nous sommes dehors et non pas dans notre salle habituelle, elle dit. Quelqu’un a une idée ?

Will lève la main.

– On va essayer un nouveau sortilège ?

– Pas exactement. Vous allez pratiquer un sortilège que vous connaissez déjà. Le mur. Mais je veux que vous donniez votre maximum. Votre mur doit être grand et infranchissable.

Ses yeux s’arrêtent sur moi une seconde avant de revenir aux autres. Mon mur de feu était assez petit dans la salle. C’est difficile de le maintenir. On doit travailler en binôme comme d’habitude. Je m’échauffe avec les filles. Je lance quelques boules de feu, manipule l’intensité de ma flamme. Je triture mes doigts. Ça fait presque deux semaines que je n’ai pas ressenti les fourmillements. Walter s’avance vers moi, les mains dans les poches.

– Salut, comment ce sont passé tes vacances ? je demande.

– Bien, je suis resté ici mais ça tu le sais déjà.

Je hoche la tête.

– Tu es retourné chez toi ? Enfin, dans ta maison familiale ?

Je me demande où il vit à Occidens. Je suis peut-être passée à côté de sa rue sans le savoir.

– Ouais. Mon frère a un emploi du temps assez chargé alors j’ai passé la majorité du temps avec lui, il dit.

Ressemblera-t-il à son frère ? Je masse mes poignets et repense à mes vacances avec un sourire.

– Et toi ? Tu as l’air très heureuse. Tu rayonnes.

Il dit ça avec un demi-sourire.

– Je ne sais pas de quoi tu parles, je réponds. Je suis retournée à Chino Hills.

– Et ?

– Et ça m’a fait bien d’être de retour. Arrête avec tes questions.

Je me souviens soudainement comment j’ai menti à Maddie et à Sue au sujet de Jim. Il est beau, elles ont dit. Dire le contraire serait un mensonge mais je ne pourrais jamais le voir sous cet œil. Cholea nous disperse les uns des autres. Walter et moi nous engouffrons un peu plus dans la forêt.

Les branches épaisses cachent la lumière.

– Je commence ?

Il acquiesce. J’inspire et tend ma main gauche. Elle se teint rapidement d’une lueur rougeâtre. Je réussis à construire un mur de feu assez grand mais les attaques de Walter le faiblissent tout de suite.

– Encore, il dit.

Je m’exécute. Je peux ressentir la chaleur cuisante des flammes près de ma peau. Je grince des dents et ne cède pas. Walter avance et me lance des flèches de feu, des boules de feu, tout, mais le mur reste en place. Je souris, épatée. Je le vois s’approcher de plus en plus du mur puis je vole et m’écrase contre un tronc. Les flammes disparaissent en un rugissement. Aie.

– Walter ! je le réprimande.

Il accourt.

– Désolé, je pensais que tu l’avais. Rien de cassé ?

Je pousse sa main mais il tâte quand même mes membres. J’ai mal aux lombaires.

– Tu veux continuer ou j’appelle un guérisseur ?

– Non, ça ira. On continue. A ton tour, je dis.

Je me lève et m’étire le dos. Je me suis vraiment fait mal. Punaise, je pensais que le mur allait tenir. Walter est très doué et son mur ne cède en aucun cas. Je réessaie aussi et j’améliore seulement de quelques secondes. J’ai vu Cholea nous observer quelques minutes avant de se concentrer sur un autre binôme et ça m’a stressé. Je termine l’entrainement en sueur et avec une douleur incessante dans le dos. Je peine à marcher et on doit rejoindre la classe avant la fin du cours. Walter me soulève dans ses bras. Je ravale un cri de surprise.

– Merci mais je peux marcher, je dis.

– Pas la peine de faire semblant. Je t’ai vu. Il y a cinq bonnes minutes de marche et je n’ai pas envie d’être en retard.

Je ferme ma bouche. Je suis un peu gênée. Je m’accroche à son épaule avec hésitation. Nous arrivons à la clairière et j’ai envie de disparaitre. Plusieurs têtes se retournent dans notre direction. C’est courant de se blesser en cours mais pas d’arriver dans les bras d’un mec. Ça non.

– Pose-moi par terre, je murmure. Je suis sérieuse Walter.

Il m’ignore et me dépose une fois que le guérisseur arrive. Jenny vient, les sourcils froncés.

– Tu vas bien ?

Elle lance un coup d’œil à Walter. Je hoche la tête et ressens un soulagement presque instantané quand le guérisseur pose ses mains sur moi. Cholea conclut le cours en nous encourageant. Nous avons fait tous des petits progrès mais il reste encore du chemin.

Mon entrain pour ce semestre disparait au bout d’une semaine après avoir constaté qu’il va être beaucoup plus exigeant. Je n’ai bientôt presque plus de temps libre. Les profs nous donnent des devoirs sans cesse, que ce soient des présentations à faire, des analyses, des comptes-rendus ou des sortilèges compliqués qui requièrent de l’entrainement en dehors de la salle. Ne pas voir Jim me rend triste. Au début nous étions tous sourires, heureux, collants, quelque chose a bel et bien changé dans notre relation mais plus le mois avançait, moins je le voyais. Son passage en troisième année demande beaucoup d’efforts aussi. Mais ce n’est pas que ça. Les moments que nous passons ensemble sont difficiles. J’ai envie de ressentir cette… intimité avec lui à nouveau mais je ne peux pas. J’essaie de le cacher et je sais que lui aussi mais ça devient de plus en plus évident. La fameuse question recommence à ruminer dans mon esprit. Jusqu’à quand peut-on continuer comme ça ?

J’ai laissé l’uniforme d’hiver bien loin derrière moi et porte désormais l’uniforme d’été. Même jean brun évasé mais nous pouvons opter pour un t-shirt ou débardeur noir avec notre élément brodé à gauche. J’ai enfilé le débardeur noir avec une veste de coton blanche. Nous n’avons exceptionnellement pas cours ce jeudi après-midi, si bein que je décide d’aller à la bibliothèque. Emurio et le Conseil ne se sont plus prononcés sur les Terrans et Rolz mais je moi l’ai toujours en tête. Et je sais que certains élèves également. Je les entends murmurer dans les couloirs. Le silence de Gregorio Rolz ne veut pas dire sa défaite. Au contraire, ils préparent surement leurs prochains pas. Je veux chercher des livres qui parlent de société. L’atmosphère apaisante et les innombrables rangées de la bibliothèque m’accueillent. J’aperçois Walter attelé à une table, des manuels devant lui. Je m’assois à côté de lui. Il lève la tête, surpris.

– Ça te dérange ? je demande.

– Pas du tout.

Il pousse un peu ses livres. Je dépose mes affaires. Je reviens cinq minutes plus tard avec trois volumes. Espérons que je puisse en savoir plus sur la société d’Ocmundi. Je lis silencieusement. Paul Pyrovel le premier gaucher élémentaire n’a jamais affirmé son élément. Il y a de grandes chances qu’il fut un Aria. Les premiers autres gauchers qu’il rencontra furent des Fuocans et des Acquas ce qui lança la structure de la société dès le début. Peu à peu, les Acquas et les Fuocans prirent pouvoir et organisèrent Ocmundi tel qu’il est aujourd’hui. Les Terrans se sont unis un peu plus tardivement. Même si certains se prouvaient avec intelligence et ruse, beaucoup d’entre eux ont occupé des postes de commerçants, travailleurs ou l’équivalent de salariés. Quant aux Arias, ils sont un peu au milieu. Je lis : les Terrans sont les gauchers élémentaires les plus doués pour la construction, l’édification, et la connexion avec la nature. Un autre livre décrit les personnalités influentes dans l’Histoire et seulement deux sur dix sont des Terrans. La plupart d’écrivains, d’artistes ou de dirigeants sont des Fuocans ou des Acquas. C’est un grand paradoxe pour moi puisque la déesse Gaia est la déesse de la nature. Elle est plus proche de la terre que de tout autre élément. Des rires de plus en plus bruyants commencent à m’agacer. Je lève les yeux et vois Jessica et Scott à droite, à quelques tables de nous. Ils ont des cahiers ouverts devant eux mais ne semblent pas réviser. Scott a un bras posé sur la chaise de Jess. Celle-ci glousse à un de ses commentaires. Je fronce les sourcils malgré moi. Je ne veux pas qu’elle se blesse.

– Les personnes s’obstinent à faire ce qui est interdit, chuchote Walter.

Je sursaute face à sa proximité. Je me tourne vers lui et trouve ses yeux verts.

– Être avec quelqu’un d’un élément différent n’est pas interdit, je renchéris.

– C’est fortement déconseillé. La plupart ont des aventures mais de là à avoir une relation, c’est autre chose. C’est beaucoup de sacrifice.

Il me dit vraiment ça à la face ? Il sait que je suis avec Jim. Il me regarde attentivement. J’ai envie de…

– Les sentiments ne peuvent pas se contrôler. Tu ne l’as probablement pas vécu encore, je dis.

– Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

Il penche la tête avec un sourire en coin.

– Rien. Je n’ai pas envie de parler de ça avec toi.

Je retourne à mon livre.

– Tu veux savoir avec qui je couche ?

Je le fusille du regard.

– Je parle de sentiments, crétin, je marmonne entre mes dents.

– Ça fait partie de ça aussi pour moi.

Je ne peux pas le regarder en face. Sa Cologne m’étouffe. Sa présence m’étouffe. Je ramasse mes affaires en hâte.

– Comporte-toi encore comme ça avec moi et notre binôme, c’est fini, je dis en le regardant bien dans les yeux avant de partir.

[…]

Le lendemain, je me réveille tôt pour aller à la cantine à première heure. Je demande un petit-déjeuner à l’emporter. Je prends un peu de tout : deux cafés, un muffin, un sandwich jambon fromage et deux bananes. Puis je me poste devant les dortoirs des garçons. Jim descend l’échelle dix minutes après. Il sourit lorsqu’il me voit. Je lève les deux cafés et mime une petite pose. Ses cheveux sont plus bonds à cause du soleil. Il m’enlace et m’embrasse le cou.

– On va au terrain ? je propose.

On s’assoit sur l’herbe. Une odeur fraiche et légère me parvient. J’inspire. J’adore la rosée du matin. Je choisis le muffin naturellement. Jim s’attaque aux sandwichs. Il me lance un regard sous ses cils et mon cœur rate un battement.

– Tu sais, je vois Soctt et Jessica de plus en plus proches, je dis entre deux bouchées.

– Je l’ai remarqué aussi.

– Ça m’inquiète.

– Tu ne devrais pas. Scott est un mec responsable et il sait ce qu’il fait. Ils sont amis.

Il hausse les épaules. Je me penche vers lui.

– Hier je les ai vu à la bibliothèque. Ils n’arrêtaient pas de rire. Il la taquinait.

– Pourquoi ça te dérange tellement ? Tu ne veux pas qu’ils soient des déchus comme nous c’est ça ?

Ses yeux fuient les miens.

– Non, ce n’est pas ce que je pense, je dis après un temps. Nous ne sommes pas des déchus premièrement. Je sais qu’entamer quelque chose avec un élément opposé au sien peut te blesser. Et je ne veux pas ça pour elle.

Il hoche la tête, les lèvres pincées.

– Hé, tu sais ce que je ressens non ?

J’écarte une mèche de son front. Son regard descend une seconde à mes lèvres. Je me racle la gorge.

– Tu m’accompagnes en cours ?

Il acquiesce. J’entrelace mes doigts aux siens. Nous montons le grand escalier. Le couloir grouille de monde. Je m’arrête devant la deuxième classe.

– On se voit ce weekend ?

Il se masse le cou pensivement.

– Je te redis. J’ai une grande présentation à faire et je dois m’entrainer.

Je cache ma déception. Il m’embrasse le cou puis la joue. J’ai chaud. J’admire son dos en partant. Les filles sont déjà là, sauf Jenny qui arrive avec Ralph. Ils n’hésitent pas à s’embrasser. Ça dure plus d’une minute. Je détourne le regard avec Georgia. Elle se penche et me chuchote à l’oreille.

– Je n’ai plus rien reçu des Terrans.

– Ça n’augure rien de bon, je réponds.

– Je ne suis pas un membre officiel. J’ai juste accepté d’aller à une réunion, c’est peut-être logique que je ne reçoive plus rien. Et s’ils ont été vraiment frappés par la Garde ?

Je médite un instant.

– Je n’ai aucune idée. Je doute. Il n’y a vraiment aucun moyen de les retrouver ?

Georgia pose son doigt sur ses lèvres en jetant un rapide coup d’œil derrière elle. Ce n’est pas le moment de parler de ça. Walter arrive. Je l’ignore et me concentre sur le cours. La sonnerie retentit au bout d’une heure. Je me lève et sillonne le couloir. Une main me retient le poignet. Je fais volte-face. C’est lui.

– Je voulais m’excuser pour hier. Je t’ai incommodé.

– Tu ne m’as pas incommodé, je réponds.

– Alors pourquoi tu es partie ?

Il hausse un sourcil. Je feins de l’indifférence.

– Les rires de Jess et Scott me dérangeaient.

– Non. Je t’ai mis mal à l’aise et je suis désolé.

Il passe une main dans ses cheveux.

– Je suis un peu dramatique, je finis par dire avec un petit sourire. J’accepte tes excuses.

– On garde notre partenariat alors ?

Je hoche la tête.

– Bien.

Son regard intense me déstabilise. Je reprends mon chemin sans dire plus. Ses paroles me reviennent à l’esprit. Tu veux savoir avec qui je couche ? Est-ce qu’il bluffait ? Avec qui coucherait-il ? Je secoue la tête.

[…]

Le mois d’avril s’envole et le jour tant redouté de tous les premières années arrive enfin. Le 10 mai. Le tirage au sort du Tournoi. Il commence officiellement le 20 juin comme tous les ans et laisse donc un peu plus d’un mois aux concurrents de se préparer. Toute l’Ecole est convoquée à deux heures de l’après-midi dans un hall réservé aux évènements les plus importants. Techniquement c’est un amphithéâtre, pensai-je en entrant, suivie des filles. Mes yeux s’émerveillent face à la coupole en verre qui surplombe la salle. D’innombrables rangées en bois lustré se remplissent peu à peu d’élèves. Comment n’ai-je pas remarqué cette salle avant ? C’est un signe que je dois visiter tous les recoins d’Elementa. Je voudrais m’assoir à coté de Jim mais nous devons nous prendre place selon notre année. Georgia nous guide jusqu’à nos rangées. Jessica trouve Will et Walter. Il me salue d’un signe de tête. Il a l’air nerveux, ce qui est inhabituel chez lui. Je commence rapidement à cuire sous l’air chauffé par la coupole. J’enlève ma veste et reste en débardeur. J’ai la boule au ventre depuis ce matin. Les paroles de Cholea ruminent mon esprit sans cesse. Le risque de mourir, de se blesser. Je ne veux pas y participer. Je ne saurai comment. Je ne suis pas préparée ni physiquement ni mentalement. Jim m’adresse un sourire encourageant. Des professeurs se tiennent sur l’estrade. Cholea porte un costume taillé pour elle vert olive. Elle annonce l’entrée d’Emurio avec un micro. Nous nous levons et applaudissons. Certains poussent des cris.

– Le tournoi est un évènement assez attendu des élèves, m’explique Walter.

– Ils sont inconscients, je murmure.

– Tu te trompes.

Je lui lance un regard dubitatif.

– Asseyez-vous je vous prie, dit Emurio avec un grand sourire.

Il porte ce qui semble être une tenue de combat : pantalon et haut sombre et des bottes. Son allure émane de la puissance. Deux autres membres du Conseil se tiennent à ses côtés.

– Bienvenue à tous au tirage au sort du Tournoi de cette année ! Nous utilisons de moins en moins notre Aneique mais le Tournoi est là pour nous rappeler notre deuxième nature. C’est le meilleur moment pour briller, pour montrer votre valeur, votre persévérance et votre courage. Cela fait trois ans que le Tournoi s’est déroulé sans morts, faisons en sorte que cela reste ainsi. Etes-vous prêt ?

Des cris s’élèvent.

– Je ne vous ai pas entendu. Etes-vous prêt ?

Sa voix forte porte jusqu’aux plus hautes rangées. Les élèves hurlent. Un frisson traverse mon échine. Emurio sourit avec satisfaction. Cholea se tient droite, les bras croisés. Une boule en verre contenant ce que je devine être tous nos noms est posée sur une table. Cholea s’avance avec le micro.

– Procédons.

Elle pioche un papier, le sort et le lit.

– Jasper Evans !

Encore des cris. Mon cœur bat fort à mes tempes. Le gars en question lève un bras en signe de victoire. La prof continue à piocher et nommer les désignés.

– C’est combien de concurrents ?

Je dois hausser la voix pour que Walter m’entende.

– Vingt.

C’est beaucoup. Au dixième, un nom fuse.

– Walter Pills !

Will lui fait une accolade en sautant. Des camarades de classe le félicitent également. Les filles sourient poliment. Quant à moi, je suis un peu choquée. Un gars de troisième année un peu plus bas se tourne.

– Le petit frère Pills, il fait du chemin alors ?

Il acquiesce. Son éternel masque est là mais la commissure de ses lèvres est relevée. Cholea continue et je commence à prier. Je n’espère qu’aucune des filles ne sera nommée non plus. C’est presque fini. Plus que deux noms.

– Raquel Davis !

J’ouvre la bouche mais aucun son sort. Georgia et Jessica m’entourent et me serrent dans leurs bras. Jim est levé, ses yeux brillent. Walter me murmure félicitations à l’oreille. Cholea me fixe du regard. J’ai l’impression qu’elle est contente. Ça ne peut pas être vrai. Une fois l’euphorie descendue, nous sommes attendus à une salle adjacente.

– On t’attend avec les garçons au terrain, dit Jenny.

– Ça va bien se passer. Ne t’inquiète pas, dit Georgia.

Elle me serre la main. Je descends les escaliers avec Walter.

– Ressaisis-toi. On dirait que tu as vu un fantôme, il me dit.

– Oui, mon fantôme pour être exacte.

– La dernière mort remonte à trois ans.

– Ce n’est pas rassurant.

Il soupire puis me tire du bras à travers la foule. Nous rejoignons les autres désignés dans une petite salle. Le parquet crisse sous nos pas. Walter et moi sommes les uniques premières années du groupe. La composition du Tournoi varie d’année en année. Parfois, il y a plus de débutants, parfois moins. Je croise certains regards avec hésitation. Un gars a l’air particulièrement motivé. Ils nous expliquent que le Tournoi prendra place à North et que nous serons logés et nourris. Nous commençons l’entrainement dès demain.

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