Rien n'est gratuit ici

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Il ne sait pas combien de temps il est resté à moisir dans l'eau chaude puis tiède. Il sort, s'essuie mal, avant de se regarder un instant dans le miroir embué. Serviette à la taille il arrive dans la chambre. Elle est assise sur le rebord du lit, la tête basse, il l'entend sangloter. Il se frotte les yeux. Il sait qu'il a été trop loin. Il avance lentement et s'assoit à sa perpendiculaire. Il souffle un peu.

— ... J'm'excuse Lexou... j'ai déconné... encore...

Elle ne répond pas. Il pose avec délicatesse une main sur son dos, elle échappe un léger sursaut :

— J'ferais tout pour te voir sourire. Tu l'sais bébé...

Il regarde ses pieds, puis la moquette tachée de substances diverses et arrive au pied du bureau. Puis le bureau, éclairé par la petite lampe de chevet à la lueur ambrée. Le flacon d'oxy s'est ouvert et son contenu s'est répandu sur le meuble. Alexandra murmure :

— Sourire ? Alors crève...

Il se fige. Le couteau n'est plus à côté du flacon. Plus sur le bureau. Elle se tourne en furie et se jette sur lui. Elle lui enfonce la lame dans le ventre. Deux fois. Puis trois fois dans le thorax, un des coups lui brise une côte. Il gémit de douleur, elle continue.

— Connard !

Elle le frappe au cou, la jugulaire est tranchée. Le sang gicle en un puissant jet rouge foncé qui souille son visage, son cou sa poitrine. Lui râle, essaie vaguement de boucher ses plaies avec des gestes maladroits. Son regard est terrorisé, il n'a pas compris... Il ne comprend jamais. Il meurt sur ce matelas fatigué.

Elle se relève, lui arrache la serviette et s'essuie le visage avant de la jeter sur le lit. Elle attrape le flacon, remet tous les comprimés qu'elle peut dedans et le balance dans son sac. Le referme, le jette sur son dos et se dirige vers la porte en répétant :

— Connard...

Elle ouvre la porte, fait deux pas dans l'atmosphère apaisée de l'Oklahoma avant que de puissants spots l'aveuglent.

Tout arrive d'un coup, les cris :

— Police ! Bouge plus !

Les ordres :

— On veut voir tes mains ! Lève tes mains !

Puis les sirènes, les gyrophares rouge et bleu,tout lui arrive dans la gueule d'un coup. La rage la saisit, la haine aussi. La haine de s'être fait capturer aussi vite, aussi facilement. La rage de n'avoir rien vu venir. Elle hurle avant de crier aux flics :

— Butez-moi bande d'enculés !

— Bouge pas ! Lance l'un d'entre eux au haut-parleur !

— BUTEZ-MOI !! insiste t elle furieuse.

Deux policiers la saisissent, aveuglée elle ne les a pas vus arriver. On lui tord le bras et la plaque au sol. Dans sa tête c'est le chaos, elle veut exploser de colère, fondre en larmes, hurler jusqu'à en perdre connaissance. Elle ne sait pas. Tout est confus, brutal. Pendant qu'on lui passe les menottes deux agents pénètrent dans la chambre, et un autre lui dit :

— Vous êtes en état d'arrestation pour le meurtre de Karl et Paula Lynn...

Il la redresse sechement, sa lourde poitrine ensanglantée rebondie. Ses yeux sont rouges de colère, elle cherche un repère, quelque chose qui l'aiderait à comprendre, à remettre ses idées au clair. L'agent continue :

— Vous avez le droit de garder le silence. Tout ce que vous direz pourra et sera utilisé contre vous. Vous avez le droit à un avocat, si vous n'en avez pas les moyens, un vous sera commis d'office.

Les agents sortent de la chambre et s'adressent à leurs collègues :

— Elle a buté l'autre ! C'est une boucherie là-dedans !

L'agent qui la tient à sa gauche lui lance alors :

— J'espère que t'aimes respirer l'azote sale garce !

— C'est de sa faute... tente-t-elle pour se défendre vainement.

— C'est ça ouais ! Lui répond-on

— J’veux rentrer chez moi… murmure t elle.

Un agent ouvre la portière et le deuxième lui baisse la tête pour l'aider à rentrer. Avant de fermer la porte, le flic lui lance :

— Rien n'est gratuit ici.

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