- 14 -

5 minutes de lecture

Sunny ne revient que le soir pour m’apporter le diner. Pendant un instant, nous discutons tous les deux. Il faut dire que, passant mes journées seule, je me découvre presque euphorique lors de ses visites. Lui aussi semble apprécier nos tête-à-tête.

Seulement, lorsqu’il me souhaite bonne nuit, je suis étonnée de le voir s’installer sur le sol, comme la veille. Devant mon air hébété, il m’explique qu’il préfère s’assurer que les quatre autres abrutis ne reviennent pas à la charge. Dans un sens, cela m’arrange, bien que sa proximité booste mon imagination déjà fertile depuis mon arrivée ici.

Finalement, je ne mets pas longtemps à m’assoupir.

* * *

Ce matin comme la veille, il a déjà disparu lorsque j’émerge. Je pense que mon organisme préfère la fuite vers le sommeil plutôt que d’être désœuvré dans cette pièce vide et froide. Hagard, je me rue aux toilettes pour soulager ma vessie. Il pénètre dans la chambre à l’instant où je reviens sur mon lit. À se demander s’il n’y a pas une alarme qui se déclenche à chacun de mes mouvements !

— Bonjour, Meg. Alors, bien dormi ? m’enquiert-il, enjoué, comme si nous étions amis et que je passais mes vacances chez lui. Dis-moi, je n’ai pas trop ronflé, cette nuit ?

— Non, non, vous ne ronflez pas.

Un sourire naît sur ses lèvres.

— C’est votre petite amie qui vous accuse de ronfler ? ne puis-je me retenir d’ajouter.

Son sourire s’élargit davantage. Je suis conne ou quoi ? Mais que me prend-il de lui poser ce genre de question ?

— Je n’ai pas de petite amie, me corrige-t-il avec un naturel désarmant, ses yeux plongés dans les miens.

— Ah… laissé-je échapper.

N’importe quoi ! Je ne pense pas que l’encourager sur cette voie soit l’idée du siècle ! Seulement, c’est plus fort que moi. Dès qu’il est dans les parages, je perds les pédales. Il faut dire que dans ce lieu paumé où le temps semble suspendu, les choses sont différentes de l’ordinaire et je me surprends moi-même. Ses gentillesses, ses regards insistants, toutes ces petites choses me font du bien… Il y a bien longtemps qu’aucun homme ne s’était intéressé à moi, et encore bien plus que je n’ai prêté la moindre attention à la gent masculine ! À bien y réfléchir, je pense que cela remonte à l’abandon du père de ma fille. Elle seule remplit ma vie. Il n’y plus de place pour personne.

Mais aujourd’hui, et ce malgré ma captivité, je me surprends à prendre du plaisir à être un peu chouchoutée. Moi qui dois toujours prendre soin des autres, Sunny me donne l’impression d’exister en tant que femme. Pourtant, autant lui que moi semblons refuser cette évidence qui s’impose à nous. Déjà, il y a cette attraction physique que je ne peux nier. Mais maintenant, autre chose se profile. C’est complètement dingue de rester spectateur de ses propres émotions qui s’emballent. Sentant également le malaise, il coupe court et me sort assez rapidement, rendant la matinée interminable.

Vers midi, il réapparaît pour mon déjeuner. Ce ballet, rythmé par mes repas, devient mon quotidien. Heureusement qu’il y a cela pour que je me repère dans le temps ! À peine est-il entré que je m’aperçois qu’il s’est changé. Il faut dire qu’il est à tomber avec ces cheveux lâchés, ce jean laissant deviner un fessier bien dessiné et ce tee-shirt à la limite de l’indécence si on prend en compte les courbes parfaites qu’il souligne. Pour être franc, il se dégage une telle sensualité de ce type que je ne serais pas humaine s’il me laissait indifférente !

Je dois ressembler à une groupie écervelée face à un chippendale. Aussitôt, je referme la bouche, consciente que j’en étais réduite à baver devant cet Appolon des temps modernes.

— Alors, Meg, prête pour le transfert de ce soir ?

Non ! Faites que je ne me suis pas fait griller en plein crime de reluquage !

— Si on veut. Vous avez trouvé une solution pour m’éviter de…

— Peut-être, me coupe-t-il d’un air suffisant alors qu’il pose le plateau sur le sol. Je suis en train de finaliser.

Le repas paraît simple, mais il sent vraiment très bon. Décidément, je lui trouve de plus en plus de qualités à cet homme. Comme la veille, au lieu de quitter la pièce, il reste avec moi.

— Les gars commencent à jazzer, annonce-t-il, trop détaché pour être honnête, il trouve que je passe beaucoup de temps avec toi.

Tu m’étonnes ! Que veut-il que je réponde à ça ? Qu’ils ont raison ? Que cela me paraît aussi évident ? Ou alors, aimerait-il que je lui confirme que je me languis à longueur de journée, attendant avec empressement l’instant où il va venir me rejoindre ? Je préfère ne rien dire et picore négligemment dans le plat. Assis en tailleur, il cherche à accrocher mon regard qui le fuit.

— Oui, poursuit-il sans faire cas de mon silence, ils s’imaginent que tu essayes de m’embobiner !

Ah ouais ! Carrément ! Ils devraient peut-être arrêter d’aller au ciné, les mecs, ça commence à leur monter à la tête !

— Vous embob… Comme si j’étais capable d’une telle manœuvre ! Surtout avec quelqu’un comme vous…

— Pourtant, m’interrompt-il à nouveau, une expression indéchiffrable animant ses traits à l’instant si doux, ils n’ont peut-être pas tout à fait tort. Il suffirait de peu pour que tu me manipules.

— Vous rigolez ? Vous m’avez bien regardé ? Je n’ai rien d’une fille de ce style…

— Peut-être bien que le style de fille dont tu parles ne me fait aucun effet et qu’ils l’ont compris… rétorque-t-il de la voix la plus sexy qu’il m’ait été donné d’entendre. Alors que toi…

Oh ! Son regard, encore plus ombrageux qu’à l’ordinaire me terrasse. Mon cœur s’emballe. Les mains moites, je me sens défaillir. Ma conscience me dicte que nous allons trop loin. Tant qu’on s’observait en chien de faïence, attirés l’un par l’autre sans le verbaliser passait, seulement, nous devons nous interdire de dépasser la barrière de l’imaginaire.

— Arrêtez de dire n’importe quoi ! grondé-je en laissant brutalement ma fourchette tomber dans l’assiette, ce qui nous fait sursauter tous les deux.

— Je ne dis pas n’importe quoi ! se défend-il, vexé, me scrutant avec une telle intensité qu’il ne doit avoir aucun mal à analyser les tréfonds de mon âme. Tu ne vois donc rien ?

Annotations

Vous aimez lire Alexandra LP ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0