Chapitre 5(1/4) : L'Arène

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Antique tradition du peuple de Couronne-de-Rocs à l’origine, l’Arène devint une nécessité lorsqu’elle fut introduite dans les mœurs des Septëriens par la reine Lavande, mère d’Ephyraste et première épouse d’Abrhawin Légas. De simples épreuves de force et d’honneur, cette tradition prit une ampleur bien plus importante aux yeux du peuple lorsque la reine mère en fit l’unique moyen de forger la première génération de sa garde personnelle. La tradition, perpétuée jusqu’à présent par symbolisme, est aujourd’hui plus importante que jamais : elle sépare le bon grain du mauvais et permet aux régents de hiérarchiser leur armée. Les survivants de l’Arène sont honorés par la Renaissance.

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Hèros, relativement calme jusque-là, avait échangé son expression neutre contre de l’austérité.


— Votre Altesse, expira-t-il d’un ton plus sec et bourru qu’il ne désirait. Cela ne serait guère équitable : les envoyés à l’Arène sont avantagés par les prémices du rituel. Elle n’y survivrait pas plus d’une minute ! En outre, Valence demande à l’examiner le plus tôt possible. Il m’avait chargé de la lui mener, ainsi que sa Sffærë, Majesté.


Sans se détourner de sa proie, il répliqua d’une voix rauque, méprisante.


— T’a-t-on demandé ton avis, sauvageon ? Son sort t’importe-t-il donc ? Curieux... Je me demande bien pourquoi.


Un rictus carnassier ourlait ses lèvres, soulignant ses iris glaciaux.

— L’intérêt de vos Majestés m’importe ainsi que votre protection. Le Mage m’a assuré de la nécessité d’un tel élément parmi nos rangs. Il ne m’aurait guère envoyé la quérir si elle n’était qu’une recrue ordinaire.


Le prince dressa le menton, en pleine réflexion. Il jeta un regard amusé à l’elfe alors que ce dernier s’était imperceptiblement raidi et d’un ton guindé, il répliqua :


— On ne peut s’attendre à un acte de bienséance de la part de ton peuple, mais vous êtes de fins stratèges, je vous l’accorde.


Hèros esquissa un semblant de sourire et, sans doute censé exprimer sa reconnaissance, il effectua une raide révérence.


— En quelle période sommes-nous ? demanda le prince, non qu’il ignorait la réponse à sa question.

— Priuma approche à grands pas, elle apparaîtra dans les jours prochains, Monseigneur, répondit l’elfe.


— L’Arène l’accueillera exceptionnellement suite à la Dœus de la deuxième future Priuma.


Hèros écarquilla les yeux mais il n’était pas au bout de ses peines.


— Et tu seras son mentor, acheva Lins d’un ton calme avant de se désintéresser d’eux et de prendre congé.


L’arrière-garde avait à peine franchi le seuil de l’infirmerie qu’elle fourmillait à nouveau d’activités. Elise chuta mollement à genoux à bout de force. L’elfe l’avait rejointe et avant même qu’elle ne s’en aperçoive, il la porta à sa couche.


— Pouvez-vous m’expliquer ce qui vient de se produire ? M’éclairer sur ces drôles de gens ne serait pas de refus.

La curiosité et l’appréhension tourbillonnaient dans les iris noirs inquisiteurs de la jeune femme, ses pupilles plus dilatées que la normale.


— Parlez moins fort à l’avenir. Ces trois drôles de gens, comme vous dites, sont les régents au pouvoir. Les prétendants au trône du royaume, murmura Hèros d’un ton sec. Et vous, ma chère, n’êtes qu’un pion à leur disposition. Choisissez vos mots avec soin car même les murs ont des oreilles.


D’une difficulté manifeste, Elise avala sa salive sans jamais quitter son interlocuteur des yeux. Ce dernier soupira avant de porter son attention entière sur ses chausses.


— J’ignore de quel pays lointain vous débarquez mais rassurez-moi, avez-vous une idée de ce qu’est une monarchie ? demanda-t-il sincèrement inquiet.


Troublée par l’infusion qu’elle avait avalée et le regard d’acier qui la sondait, Elise se contenta de hocher la tête et attendit patiemment qu’Hèros s’exprime.


— Eh bien, je ne puis trancher entre l’honneur qui vous a été accordé ou le malheur qui s’abat sur vous pour avoir simplement suscité l’intérêt des trois personnes les plus influentes et puissantes de tout Septërys. Vous avez pu constater leurs traits en commun : il s’agit de triplet de sang bleu, de loin descendants de la famille royale originelle. Lins, Elear et Syclone, dans cet ordre de naissance, ont un pouvoir absolu sur l’Empire Nordien qu’ils ne cessent d’étendre. Ce sont des conquérants dans l’âme et le moindre obstacle qu’ils rencontrent, ils ne rechignent guère à le détruire. Je vous conseille donc de vous faire discrète, d’obéir aveuglément, du moins jusqu’à ce que Valence vous examine et vous déclare, je l’espère, inapte à rejoindre leurs rangs.


La jeune femme avait écarquillé les yeux, surprise par son ton doux et sa sollicitude. Elle garda le silence de peur de l’effaroucher ou de couper court à ses explications.


Il n’est peut-être pas dénué de cœur, cet enfoiré.


— Je suis donc votre mentor, à partir d’aujourd’hui, murmura-t-il davantage à lui-même.


— Et qu’est-ce que cela signifie ?


— Qu’il est de mon devoir de vous former et de vous instruire afin que vous serviez au mieux le royaume, dit-il avec lassitude. Mais il vous reste si peu de temps, ce n’est qu’une mauvaise plaisanterie...


— Prima et Deus, qu’est-ce ? J’ai également entendu parler de Renaissance.


— Chaque chose en son temps, jeune fille, dit l’elfe amusé par l’enthousiasme inattendu d’Elise ainsi que son intérêt.


Elle semblait insouciante du danger qui planait sur elle et qui menaçait sa vie et l’évidence le frappa soudain : l’infusion.


— Lefa n’a pas lésiné sur la dose on dirait...


— Pardon ?


— Priuma et Dœus - corrigea-t-il - sont deux lunes, les plus imposantes des corps astraux ainsi que les plus proches de Trae. À chacune de ses apparitions, Priuma, la plus imposante, marque un cycle de trente jours, d’un mois. Tandis que la seconde, plus modeste, marque la quinzaine. Derrière ses deux noms se cache l’ancienne et tragique histoire d’une mère et son enfant... Deux nymphes maudites par une sorcière très ancienne. La mère, dont l’âme était promise à la créature, se protégea dans une ultime tentative, elle et son enfant en revenant au ciel sous forme de lunes car telle était leur essence. Lorsque l’Éclipse rouge vient, on raconte qu’elles retrouvent leur corps de chair et errent à travers bois afin de se réunir sans jamais y parvenir.


— Quelle tragédie... S’agit-il d’une histoire vraie ? Vos lunes ont un jour été des êtres de chair et de sang ?


— J’en doute, mais ce monde regorge de tant de choses que ça n’est guère impossible, murmura-t-il d’épuisement, mais son ton était amusé.


— Donc, il nous reste deux mois et demi avant l’Arène ? Qu’est-ce, d’ailleurs ?


— Vous le verrez bien assez tôt. Vous devez vous reposer autant que possible : nous avons beaucoup de travail en perspective. Mais avant cela, je dois vous emmener auprès du mage.


Elise, légèrement surexcitée par l’infusion sans doute, s’agitait sur place. L’elfe avait délibérément éludé sa question concernant la Renaissance et cela ne lui échappa pas, mais elle ne pipa mot et le laissa l’embarquer avec lui, son corps entre ses bras aussi pesant qu’un moucheron sur le dos d’un étalon.

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