XVIII – Encre
Cela faisait près de cinq heures que la Mustang avalait calmement les miles, perdus dans cette nuit humide et dense. La ventilation soufflait un air tiède réconfortant, tandis que la radio diffusait un flash d’information. Il y avait eu un accident, en ville. Un homme s’était fait rouler dessus par une fourgonnette, au croisement d’une ruelle sombre et d’une avenue. Les témoins racontaient.
‑ Il a déboulé de la ruelle comme un diable sort d’une boîte !
‑ Il a traversé sans regarder, vous pensez, une avenue toujours tellement chargée...
Elle tourna la tête sur sa gauche. Miles était impassible, concentré sur sa conduite. Elle baissa les paupières, sourit du coin des lèvres, redirigea son regard sur la route, puis à travers sa vitre latérale.
‑ Vous m’emmenez où ? demanda-t-elle sans détacher son regard du bas-côté de la route.
‑ Dans un endroit sûr. Il ne quittait pas le bitume des yeux.
‑ Un endroit sûr ?
Alors, il en restait encore… Bien sûr. Le Blue Velvet en était un. C’était la ruelle qui ne l’était pas.
‑ La maison de mes parents, répondit simplement Miles.
Evelyn respirait calmement, elle ne tremblait plus. Il y avait une petite bouteille d’eau, dans le vide-poche. Elle esquissa un mouvement de la main, hésita.
‑ Prenez-la, intervint Miles. Buvez un peu d’eau, ça vous fera du bien.
Elle sourit, prit la bouteille, dévissa le bouchon, avala une gorgée.
La voiture avait quitté l’autoroute, elle entrait dans une petite bourgade de campagne. Un panneau avait déjà indiqué depuis un bon moment qu’ils étaient dans l’état du New Hampshire.
‑ Nous arrivons, annonça Miles.
‑ Et… Ils sont où, vos parents ?
‑ Trente-cinq, Oak street.
‑ C’est un beau quartier ?
‑ Oak street est calme. Finnegan Avenue aussi, mais moins.
‑ Il y a quoi sur Finnegan Avenue ?
‑ La maison de mes parents.
‑ Je ne comprends pas. Ils font quoi, sur Oak street, vos parents, s’ils ne sont pas dans leur maison à cette heure-ci ?
‑ Ils reposent en paix.
C’était une façon étonnante d’évoquer la chose. Il avait probablement plein de secrets. Peut-être était-il juste… discret. Après tout, elle et lui n’avait pas réellement tissé de liens amicaux… Se confierait-elle, elle-même, à un inconnu ?
‑ Je suis désolée.
‑ Ça va, mon père est mort il y a huit ans.
‑ Et votre mère ?
‑ Le même jour que Kennedy.
‑ Bob ?
‑ Jack.
Un silence s’installa alors que la Mustang se gara dans l’allée d’une maison couverte d’un bardage en bois qui avait été blanc. Miles descendit de voiture, en fit le tour, ouvrit la portière d’Evelyn.
Elle regardait la maison, le perron. La fraîcheur de la nuit humide se faisait sentir. Elle frissonna. Miles posa son blouson sur ses épaules, par-dessus son manteau noir, et l’invita à le suivre.
‑ Personne ne viendra vous chercher, ici.
La maison…

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