XXII – Vermillon
St John avait bouclé ses recherches. Il en savait long. Sommers et sa mère l’avaient écouté religieusement. Des décisions devaient être prises. Sommers décrocha son téléphone.
‑ Il va falloir vous bouger le cul ! Vous me retrouvez cette salope au plus vite ! Cinq ans que je vous paie à vous branler ! Et vous n’avez même pas été foutu de la localiser ! Je vous fais passer de nouvelles instructions, alors sortez-vous les doigts ! Vu ?
Miranda Johansson Sommers prit le combiné des mains de son fils.
‑ Après Patrick Simmons, elle est revenue, finalement. Mais elle s’est cachée. Nous savons exactement où. Allez la chercher…
Sommers regardait sa mère s’éloigner alors qu’il discutait avec Edward St John.
‑ Ce journaliste, tu avais raison. Un ancien flic, qui n’avait pas perdu ses mauvaises habitudes. Le salaud ! À cause de ce fumier, mon père…
‑ Ton père a commis des erreurs. Ce type a fait ce qu’il avait à faire.
‑ Il aurait pas pu y rester, bordel ?
‑ J’ai cru comprendre que la question était réglée…
‑ Et l’autre, putain, il est devenu quoi ?
Miranda reparut dans le salon chaleureux à l’atmosphère glaciale. Elle posa sa main sur le bras de son fils. Un geste rassurant, une mère calmant son enfant. Un enfant qui n’en était plus un depuis longtemps. Un enfant qui faisait toujours des crises.
‑ Ils vont la trouver, quoi qu’il en coûte. Tout va bien se passer.
‑ Et ensuite, après elle ? Il y aura toujours une menace !
‑ Carver, Ackerman, Abercomby, énuméra St John. Ceux-là ne peuvent plus te faire de l’ombre, là où ils sont.
‑ Ces connards ont volé mon père, sa mémoire, sa fortune ! Ils sont bien, là où ils sont !
‑ Andrews, lui, aurait pu être un problème. Mais la rivière… Simmons, il lui est arrivé ce qui arrive à tous les appâts. Et, tout compte fait, l’appât a marché…
‑ Il a marché, mais les pêcheurs sont tellement nuls qu’ils n’ont même pas été capables de ferrer le poisson !
‑ Et tes flics…
- Un des flics, corrigea Sommers, un seul. L’autre, à moins d’une information contraire, court toujours. Ce fumier, qui a abattu mon père comme un chien, s’il lui prend l’envie de foutre le bordel, il ne va pas se priver, crois-moi.
- Il a disparu des radars, Mike. Il aurait déjà eu maintes occasions de se manifester. Peut-être même qu’il est mort, va savoir…
- Ou peut-être que c’est une putain de diva, qui veut son grand show et qui choisit le meilleur moment pour tout nous faire péter à la gueule !
- Edward, intervint Miranda, cet homme devra être retrouvé avant les élections. Vous avez eu du mal avec la femme, et lui, c’était un professionnel, ce sera sans doute plus difficile encore. Mais nous connaissons tous les enjeux. Aucun risque ne peut être pris à la légère.
- Miranda, j’ai parfaitement conscience de tout ça. Mais souvenez-vous, lorsqu’il avait été libéré, son interview, elle avait fait scandale, mais c’était sa profession de foi.
- Quoi ? explosa Michael. Parce qu’il a dit qu’il ne croyait plus aux institutions, parce qu’il a dit qu’il voulait tourner la page, tu penses qu’il ne va pas saisir une occasion de m’emmerder ?
- Edward, tout ça n’a que trop duré. Il faut y mettre un point final.
- Je sais, Miranda, quoi qu’il en coûte…

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