XXIV – Vert pale

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Les premiers rayons du soleil d’automne l’avait réveillée. Elle n’avait pas si bien dormi depuis longtemps. Mais cette dernière semaine lui faisait l’effet d’une cure. Plus de champagne, plus de fumée, plus de jazz.

Le jogging et le sweat-shirt trop grands n’attendaient que d’être enfilés. Un petit coup d’œil par la fenêtre ; la rue, déserte, le calme, le vent dans les feuilles. Une tasse de café fumant dans la main, Evelyn errait dans cette grande maison vide. Seules des âmes semblaient encore animer la salle de séjour.

Une petite commode avec une vitrine posée dessus exposait toute une collection de trophées qu’elle n’avait pas encore examinée. Ce matin, elle prit le temps de le faire. Des coupes, des concours de tir, à la carabine, au pistolet, de dix à vingt-cinq ans. Des diplômes, des photos. Une photo, un jeune policier. Tout juste entré dans l’institution. Elle esquissa un sourire en lisant. « Miles Taylor ».

« Sacré deuxième amendement », se dit-elle en tournant les talons. Son regard s’arrêta alors sur la photo de Madame Taylor, la mère de Miles. Assassinée le vingt-deux novembre 1963, comme Kennedy, Jack. Le père de Miles devait chérir ce deuxième amendement, finalement. Et il avait conduit son fils à s’entrainer au maniement des flingues. Même lorsqu’il était policier, visiblement, il était le meilleur.

Malgré la vitrine, malgré le vide, cette maison, dans une bourgade où elle était étrangère, le contraste avec le stress de la métropole, Evelyn se sentait bien. Elle trouva un blouson, un peu grand, des chaussures de sport (il en restait un lot de diverses tailles différentes, démodées – avaient-elles appartenu à Miles, à chaque étape de sa croissance, et été conservées par son père ?).

Pour la première fois depuis le début de son séjour, depuis une semaine, elle sortit du jardin. Les mains dans les poches du blouson, le col relevé, elle marchait, lentement, profitant de chaque bouffée d’air frais.

Oak Street. C’était vraiment calme, Miles l’avait annoncé. Le 35. « Ils reposent en paix ». Evelyn longea les allées. Une stèle attira son attention. « Lynn Taylor – 15 Jan. 1940 – 22 Nov. 1963 – John Taylor – 19 Sept. 1938 – 15 Mar. 1987 ». Un pot en céramique, vide, prenait la poussière depuis de nombreuses années. Rien d’autre.

Evelyn resta une minute, en silence, devant cette tombe presque abandonnée. Elle se baissa, ramassa le pot en céramique. Puis continua sa visite de la petite ville. Malgré la fraicheur, quelques oiseaux gazouillaient encore dans les arbres. L’épicerie. Elle en ressortit avec un sachet en papier craft plein.

C’était une autre vie, une autre ville. C’était reposant, inspirant. Une occasion, peut-être… Changer de rythme ? Changer de vie ? Tourner une page ? Revenir à l’essentiel ? En finir avec le jazz ? Les paillettes ? Les puissants ? Le Blue Velvet ?

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